DEUXIEME PARTIE
A Jésus. — Amoureuse Réponse de la Religieuse Adoratrice du PTéeieux Sang.
C'est plutôt, moi, Seigneur, cher Epoux de mon âme,
C'est moi qui vous bénis :
Quel bonheur de venir, objet de votre flamme.
Ici toutes les nuits !
J'étais sur le grabat: mais, je dormais à peine,
O Divin Roi des rois !
J'étais lasse d'attendre, et l'heure était prochaine :
J'épiais votre voix.
Ah! que j'ai tressailli quand votre voix si douce
Tout à coup m'appela I Eloignant le sommeil comme un mal qu'on repousse,
J'ai crié: Me voilà !
Oui. me voilà, Seigneur: voilà votre servante.
Au pied de votre Autel :
Me voilà devant vous, ardente et tressaillante,
Heureuse comme au Ciel.
Vous me l'avez bien dit, Seigneur, que l'allégresse
Inonderait mon coeur :
Dans votre amour si doux, et si plein de tendresse.
Quel suprême bonheur !
C'est vrai, j'ai tout quitté poiH- vous suivre, ô mon
Pour m'attacher à vous : [Maître,
Mais combien j'ai gagné. Seigneur, à vous connaître. En qualité d'Epoux !
'2CÛ
Pourrais-je regretter les délices du monde ? . . .
Non jamais, non jamais !
Nulle paix, ici-bas, n'existe aussi profonde
Que ma divine paix.
Avec vous, ô Jésus, mon âme, comme un ange.
Garde sa pureté :
Vous m'élevez si haut et si loin de la fange Propre à Thumanité !
Il me semble déjà que je vois votre face
Briller comme un soleil :
Qu'est-ce donc, lorsqu'un Dieu me possède et m'enlao«,
Qu'une heure de sommeil i
Qu'est-ce clone que parents, amis, plaisirs, fortune,
Rêves les plus dorés ? . . . .
Arrière, faux brillants dont l'aspect m'importune,
Bonheurs tains et tarés !
Ce n'est rien d'enchaîner ma liberté mondaine
Dans les murs d'un couvent :
Il faut. Seigneur, il faut la souffrance et la peine
A mon amour fervent.
Vous n'avez plus, mon Dieu, ni de sang à répandre,
Ni de vie à donner :
A vous en procurer, oui, je veux condescendre,
Je veux me condamner.
Me voici : prenez-moi ; prenez mon corps, mon âme :
Vous les sacrifierez :
D'une victime en croix le besoin vous affame :
Vous me crucifierez.
Vôtres sont mes genoux lorsque je m'agenouille
En face de l'autel ; Ma chair lorsqu'elle tremble, et mon sang lorsqu'il
Des tendresses du ciel. [l)ouille (x)
Vôtres sont de mes yeux les ^regards et les larmes :
De mon sein les soupirs :
De ma voix les accents: de mes hymnes les charmes;
De mon coeur les désirs.
Incarnez-vous, Seigneur, fondez-vous en moi-même,
Et ne soyons plus qu'un :
Qu'il vous i^laise avec moi. par un pacte suprême.
De tout mettre en commun.
A nous deux ce bonheur: vivre toujours ensemble ;
Toujours nous immoler :
Venir ici. la nuit, dans les ombres du temple.
Pour nous y consoler.
Ah ! j'entends bien l'écho de ces fêtes coui:)ables
Dont gémit votre coeur :
Noyons, mon Dieu, noj'ons ces rumeurs iamentables
Dans notre amour vainqueur.
Revivez donc par moi de votre ancienne vie:
Et revoyez les jours Où la soif de souffrir, toujours inassouvie.
Vous consumait toujours.
Par moi, Seigneur, par moi, \ ous pouvez donc encore
Souffrir pour les pécheurs.
Expier les péchés que votre Père abhorre,
Et lui gagner des coeurs.
(x) Langage populaire: houUh au lieu de houf.
Prions donc et souffrons, comme aux jours de l'étable,
Comme aux jours du désert, Comme à Gethsémani, comme au roc adorable
Où vous fûtes offert.
Ces lieux-là sont ici; car ils durent sanâ cesse,
Par l'amour transformés :
Mourez donc ici-même, avec votre prêtresse,
Pour ceux que vous aimez.
Pour les hommes mourez; mourez pour votre Père;
Que je meure avec vous !
Que le Sang coule encor sur un nouveau Calvaire,
O mon céleste Epoux !
Ah ! que je voudrais être et plus rouge et plus blanche
^ , Et digne d'un tel sort !
Prenez donc en pitié mon âme qui s'épanche En un trop faible effort.
Ma passion n'est rien; mais la vôtre est immense :
Votre Père entendra ....
La terre recevra des surcroîts de clémence.
Et le Ciel s'ouvrira.