‹ Elévations poétiquesChapitre 50 sur 58 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

A Jésus. — Amoureuse Réponse de la Religieuse Adoratrice du PTéeieux Sang.

C'est plutôt, moi, Seigneur, cher Epoux de mon âme,

C'est moi qui vous bénis :

Quel bonheur de venir, objet de votre flamme.

Ici toutes les nuits !

J'étais sur le grabat: mais, je dormais à peine,

O Divin Roi des rois !

J'étais lasse d'attendre, et l'heure était prochaine :

J'épiais votre voix.

Ah! que j'ai tressailli quand votre voix si douce

Tout à coup m'appela I Eloignant le sommeil comme un mal qu'on repousse,

J'ai crié: Me voilà !

Oui. me voilà, Seigneur: voilà votre servante.

Au pied de votre Autel :

Me voilà devant vous, ardente et tressaillante,

Heureuse comme au Ciel.

Vous me l'avez bien dit, Seigneur, que l'allégresse

Inonderait mon coeur :

Dans votre amour si doux, et si plein de tendresse.

Quel suprême bonheur !

C'est vrai, j'ai tout quitté poiH- vous suivre, ô mon

Pour m'attacher à vous : [Maître,

Mais combien j'ai gagné. Seigneur, à vous connaître. En qualité d'Epoux !

'2CÛ

Pourrais-je regretter les délices du monde ? . . .

Non jamais, non jamais !

Nulle paix, ici-bas, n'existe aussi profonde

Que ma divine paix.

Avec vous, ô Jésus, mon âme, comme un ange.

Garde sa pureté :

Vous m'élevez si haut et si loin de la fange Propre à Thumanité !

Il me semble déjà que je vois votre face

Briller comme un soleil :

Qu'est-ce donc, lorsqu'un Dieu me possède et m'enlao«,

Qu'une heure de sommeil i

Qu'est-ce clone que parents, amis, plaisirs, fortune,

Rêves les plus dorés ? . . . .

Arrière, faux brillants dont l'aspect m'importune,

Bonheurs tains et tarés !

Ce n'est rien d'enchaîner ma liberté mondaine

Dans les murs d'un couvent :

Il faut. Seigneur, il faut la souffrance et la peine

A mon amour fervent.

Vous n'avez plus, mon Dieu, ni de sang à répandre,

Ni de vie à donner :

A vous en procurer, oui, je veux condescendre,

Je veux me condamner.

Me voici : prenez-moi ; prenez mon corps, mon âme :

Vous les sacrifierez :

D'une victime en croix le besoin vous affame :

Vous me crucifierez.

Vôtres sont mes genoux lorsque je m'agenouille

En face de l'autel ; Ma chair lorsqu'elle tremble, et mon sang lorsqu'il

Des tendresses du ciel. [l)ouille (x)

Vôtres sont de mes yeux les ^regards et les larmes :

De mon sein les soupirs :

De ma voix les accents: de mes hymnes les charmes;

De mon coeur les désirs.

Incarnez-vous, Seigneur, fondez-vous en moi-même,

Et ne soyons plus qu'un :

Qu'il vous i^laise avec moi. par un pacte suprême.

De tout mettre en commun.

A nous deux ce bonheur: vivre toujours ensemble ;

Toujours nous immoler :

Venir ici. la nuit, dans les ombres du temple.

Pour nous y consoler.

Ah ! j'entends bien l'écho de ces fêtes coui:)ables

Dont gémit votre coeur :

Noyons, mon Dieu, noj'ons ces rumeurs iamentables

Dans notre amour vainqueur.

Revivez donc par moi de votre ancienne vie:

Et revoyez les jours Où la soif de souffrir, toujours inassouvie.

Vous consumait toujours.

Par moi, Seigneur, par moi, \ ous pouvez donc encore

Souffrir pour les pécheurs.

Expier les péchés que votre Père abhorre,

Et lui gagner des coeurs.

(x) Langage populaire: houUh au lieu de houf.

Prions donc et souffrons, comme aux jours de l'étable,

Comme aux jours du désert, Comme à Gethsémani, comme au roc adorable

Où vous fûtes offert.

Ces lieux-là sont ici; car ils durent sanâ cesse,

Par l'amour transformés :

Mourez donc ici-même, avec votre prêtresse,

Pour ceux que vous aimez.

Pour les hommes mourez; mourez pour votre Père;

Que je meure avec vous !

Que le Sang coule encor sur un nouveau Calvaire,

O mon céleste Epoux !

Ah ! que je voudrais être et plus rouge et plus blanche

^ , Et digne d'un tel sort !

Prenez donc en pitié mon âme qui s'épanche En un trop faible effort.

Ma passion n'est rien; mais la vôtre est immense :

Votre Père entendra ....

La terre recevra des surcroîts de clémence.

Et le Ciel s'ouvrira.

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