‹ Elévations poétiquesChapitre 49 sur 58 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Invitation nmoureuse de Jésus à la Keligieuse Adoratrice du Précieux Sang,'

Minuit sonne, venez, mon épouse très chère.

Venez, car il est temps:

Sortez de votre couche, et venez en prière.

Venez quelques instants.

C'est assez vous attendre, ô colombe chérie

Approchez de mon coeur:

Et je ferai goûter à votre âme attendrie

Un céleste Iwnheur.

Venez me consoler dans cette solitude Ou je veille toujours; •

Réparer des humains la folle ingratitude, Par vos tendres amours.

Entendez- vous, l'écho de leurs fêtes coupables ? . . .

Ah! moi, je l'entends bien...

Avec vous j'oublierai ces rumeurs lamentables,

Dans un doux entretien.

Prête-moi, bonne Soeur, et ton corps et ton âme,

Pour les sacrifier ; N'apaiseras-tu pas ce besoin qui m'affame

De me crucifier ?

Je m'immole toujours, sans fin et sans relâche,

Pour les pauvres pécheurs : Depuis le Golgotha, sans me lasser, je tâche

De gaofner tous les coeursT

Je n'ai plus, dans le Ciel, ni de sang à répandre.

Ni de vie à donner :

A m'en fournir encor. veux-tu bien condescendre ?

Veux-tu te condamner t

Prête-moi tes genoux pour que je m'agenouille

En face de l'autel :

Ta chair pour qu'elle tremble, et ton sang pour qu'il

Des tendresses du Ciel. [bouille

Prête-moi de tes yeux les regards et les larmes ;

De ton sein les soupirs:

De ta voix les accents: de tes hymnes les charmes;

De ton coeur les désirs.

Tout cela, c'est à moi: je puis souffrir encore^

En te faisant souffrir. ...

Sois généreuse et forte- à mon cri qui t'implore

Hâte-toi d'accourir.

Lève-toi, bien-aimée: allons, courons ensemble;

Allons nous immoler :

Allons, pendant la nuit, dans les ombres du temple,

Allons nous consoler.

Je revivrai par toi de mon ancienne vie;

Je reverrai les jours Où la soif de souffrir, toujours inassouvie,

Me consumait toujours.

Minuit, petite soeur, n'est-ce pas l'heure sainte

Où je vins ici-bas ?

Où je fus au prétoire, en la cruelle, enceinte,

Le jouet des soldats ?

Minuit, n'est-ce pas l'heure où. seul sur la montagne,

Je priais ardemment ?

Viens prier avec moi, viens, ma douce compagne.

Viens prier tendrement.

La montagne est ici: le prétoire lui-même.

Et la crèche, et la croix ....

Je veux prier encor. pour tous ceux-là que j'aime,

Ici comme autrefois.

Pour souffrir et j^rier, je m'incarne en toi-même:

Xous ne sommes plus qu'un :

Avec toi. bien-aimée. en ce pacte suprême.

Je mets tout en commun.

Car j'aime les parfums de ton âme si pure ;

J'aime ta charité; J'aime ton dévoûment; j'aime enfin, sans mesure.

Ta douce hiunilité.

Soleil de mon amour et de ma complaisance.

Ah! que j'aime à te voir ! Car je contemple en toi ma sainte ressemblance,

Comme dans un miroir.

Parents, amis, fortune et plaisirs de la terre.

Beaux rêves d'avenir, Tu voulus tout quitter, ici-bas, pour me plaire.

Et pour m'appartenir.

Tu voulus avec moi t'otfrir en sacrifice

A mon Père Eternel :

Tu voulus partager mon horril)le calice

De vinaigre et de fiel;

Tu voulus devenir mon épouse-victime,

Prêtresse de mon Sang :

Tu voulus te plonger, vaillante, magnanime,

Dans ce bain jaillissant.

Et moi, dans ce torrent de vie et de justice,

J'ai voulu te blanchir :

Dans ce torrent d'amour et de pur sacrifice.

J'ai voulu te rougir.

Epouse blanche et rouge, hâte-toi, je t'en prie.

De venir avec moi.

Serais-tu languissante, et souffrante et meurtrie ?

Je veux l'être avec toi.

Je te consolerai, t'inonderai de joie. . . .

Viens donc à mon appel; Viens, chère, t'immoler, comme une douce proie,

Là-bas sur mon autel.

Offre ma passion; moi, j'offrirai la tienne.

Et mon Père entendra ....

La terre deviendra plus pure et plus chrétienne,

Et le Ciel s'ouvrira.

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