UN CANADIEN ERRANT
Dans le numéro du 9 Janvier IS92 du Monde [ilustré de Montréal j'écrivais : “ C'est bien là le « vœu de tout véritable patriote, en ( d'abord les enfants du pays, et
ah ap rent born rrmaie-vè paires
entiment et le nnada: retenir puis y rappeler ceux qui s'en sont exilés. Nul doute que la fameuse complainte de Gérin-Lajoie Un Canatien errant ne contribue Puissamment à cette noble fin en célébrant, d'une manière si touchante les charmes du pays et les amertumes de l'exil. N'est-il Pas vrai, cependant, Cette complainte, telle qu'elle est,
rigourensement à la situation ordlinair des Etats-Unis, et qu'elle se
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que ne s'applique pas “e de nos Canadiens
rait beaucoup plus effective É: : ÉL a vLé ET :
TITEE si elle était ane exposition fidèle des sentiments propres ‘él à une telle situation ? Ce qu'il faut exprimer, d'après ce à
nouveau plan, c'est l'amour du pays, l'ennui de l'exil, le projet du retour, le retour et enfin les joies du foyer Hi retrouvé, De cette manière, Ju complainte serait + parfaite. Elle serait une véritable prédication, Impossible de lu chanter sans se sentir entraîné dans cette voie Je propose donc Ja modification suivante patriotique chanson, espérant qu’on neur de la publicité,”
de cette lui donnera l'hon-
Un Canadien errant Loin de ses doux foyers, Parcourait en pleurant
Des pays étrangers.
Un jour, triste et pensif, Assis au bord des flots, Au courant fugitif Il adressu ces mots :
“Si tu vois mon pays, Mon pays bienheureux, Va, dis à mes amis
Que je me souviens d'eux.
Plongé dans les douleurs, Loin de mes chers parents, Je passe dans les pleurs
D'iufortunés moments,
O jours si pleins d'appâts.
Vous êtes disparus... ,
Et ma patrie, hélas !
Ne la verrai-je plus ?
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Oui, je te reverrai, O terre du bonheur !
Et je retrouverai
Les amis de mon cœur ”
Aussitôt animé Du plus noble dessein, De son pays aimé
Il reprend le chemin.
Il arrive joyeux, Le cœur libre d’ennui :
Oh! qu'il se trouve heureux Et tranquille chez lui !
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Et là, souvent le soir,
Tout fier de son retour, Il dit ce chant d'espoir, De bonheur et d'amour :
“ Hors de mon cher pays Je n'irai plus souffrir :
Avec tous mes amis
Je venx vivre et mourir! ”
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Pour justifier cette mor
lification de Ja romance de Gérin-Lajoie, i] importe
de rappeler ici succinctement, la polémique aïmable et courtoise « ue j'eus alors à sou- Î iue ]
tenir contre Mr Germain Beaulieu, homme de lettres
bien connu, Mr Beaulieu protesta dans les termes suivants :
“ Je loue haatement l'intention « reconnais l'a. dent patriotisme félicite de tout mon cœur. Mai dire que je ne suis pas de son de défigurer le chant de Gérin-Lajoie. Le Canadien errant est une de ces romances sublimes de naïveté et de sentiment qui doivent rester intactes dans la mémoire d’un peuple, Vouloir les changer, les modifier, c’est leur ôter toute leur grâce, toute leur originalité char-
mante ; en un mot, c'est vouloir indirectement les anéantir.”
lu digne prêtre ; je qui le fait agir et je l'en squ'il me permette de
opinion lorsqu'il s'agit
A cela je répondis :
“Selon moi, il est de toute évidence que cette chanson
est aujourd'hui un anachronisme. I] y a 40 ou 50 ans, Personne ne pouvait s’y tromper, le Canadien errant
n'était autre que l'exilé de 1837, À la bonne heure. Mais aujourd'hui, dans l'idée de tout le monde, le véritable Canadien errant, c'est l'émigré volontaire... .... Il en résulte done l'inconvénient que voici : les mots : Banni de ses foyers, mon pays malheureux et je ne lu verrai plus (ina patrie), nous font mal au cœur parce qu'il portent à faux. ..,.,£t j'en conclus que mettre : Loin de ses doux foyers à la place de Banni de ses foyers ; et Mon puys bienheureux à 1x place de Mon pays malheureur ; enfin Ne la verrui-je plus ? (ma patrie ) à la place de Je ne La verrai plus, c'est tout simplement faire acte de justice et de patriotisme, ....... L'émigré volontaire qui regrettant ses foyers, n'en pense que du bien et revient joyeux dans sa patrie, ne fait-il pas meilleure figure et ne donne-t-il pas meilleur exemple que l'exilé au cœur aigri qui meurt tristement à l'étranger ?..Quunt à composer un chant nouveau pour atteindre ce but, ou choisir un hymne quelconque déjà en existence, j'estime que c'est une illusion, car pour remplacer le Canadien errant, il faudrait que le chant nouveau devint, pour le inoins aussi populaire ; il y a 99 contre un à parier qu'on n'y arrivera pas....
Puis done que le chant de Gérin-Lajoie n'est pas remplaçable d'une part, et que d'autre part, à raison des changements de temps et de circonstances, il demande à être légèrement modifié pour produire tout le bien dont il est susceptible, il ne me semble pas que ce soit montrer un esprit profanateur envers les saintes reliques du passé, ni porter une main sacrilège sur un joyau national, que de faire hardiment cette modification devenue nécessaire, pour l'avantage du publie et pour l'avantage de la romance elle-même.”
4 te —
Nouvel assaut de Mr Germain Benulieu,
“ Les preuves qu'apporte Mr Bur
jue à ln nécessité de modifier ln romance du (
aunadien errant ne m'ont nullement convaincu. Que dis-je
mais je tiens à mon Opinion : que cette romance doit rester intacte, Cette moditication qu'on veut y apporter ne parait d'abord tout à fait impossible : le peuple ne l'acceptera pas, Il s'est habitué à chanter In romance telle que l'a Composée Gérin-Lajoie : il ne saurait la chanter autrement. Les mots en sont gravés dans son Cœur et rappellent à sa mémoire le souvenir des nobles
? Plus encore que jn-
luttes de nos pères , Car le peuple, sous ce rapport, n'est »
t le faire croire M. l'abbé ‘8 événements de 37 et l'on
‘et l’on verra s'il à oublié les heureux exportés, sur le triste sort de
joie a composé sa roinance, On me parle de pitriotiaine ‘eh bien ! ce souvenir de
tant de luttes le réveillera dans le cœur du Canadien, Oui, quand le peuple chante :
AS aussi ignorant que veu g | Burque : qu'on lui parle di
verra s'il les ignore mal-
squels Gérin-La-
Un Canadien errant
“* Banni ” de ses foyers