‹ Élévations poétiques [microforme]Chapitre 35 sur 63 · MR ERNEST GAGNON, F · texte numérisé non relu

MR ERNEST GAGNON, F

(Sur l'air: £n roulant ina boule.)

"2îÎs—

Fort de mon succès avec ma chanson en l'honneur de la Canadienne, je voulus faire un nutre pas en avant et risquer une nouvelle chanson patriotique, Mon intention était de chanter le Canada lui-même; on verra par quel incident remarquable je fus amené à publier,

cette fois, de préférence, une chanson à la louange du Canadien. Voici quelle fut, au mois de Juin 1892,

ma correspondance, à ce sujet, au Monde Illustré :

“Je ne crois pas me tromper en disant que la

chanson :

Derrière chez nous y a-t-un étang, En roulant ma boule, etc , ete.

est, après Vive lu Canadienne, la chanson la plus ponu-

laire du Canada, Cela s'explique, premièrement, par le charine de

l'air qui, par ses notes gaies, par'sa cadence vive et har-

monieuse, flatte le cœur aussi bien que l'oreille et s'im-

pose à tout le monda.

Cela s'explique, en second lieu, par la nature même des mots qui frappent l'imagination. Un étang, des

canards qui s'y baignent, le tils du roi qui va | A nu y

chasser, ,., et avec quelle arme ? avec un crand fusil

d'argent, pensez-y donc! En voilà plus qu'il n'en fant

pour faire battre le cœur de tout vrai Canadien et lui

chuutfer le sang dans les veines. Et puis €e niwiull de

fils de roi qui vise le noir et tue le blane, quel imbécile ! Jean-Baptiste se trémouse, Ah! s'il eût été là, lui! Mais ce qui met le comble à son transport, c'est de voir les dinmants dans les Yeux du canard, l'or et l'argent dans son bec, ses plumes qui s'en vont au vent, et les dames, trois, qui courent après et les ramassent pour en faire un lit de Camp! Saperlote! qu'il en avait de la Plume ce ennard-là! Et Puis, qu'il était riche et pré. cieux! Voilà Jean-Baptiste transporté dans les splendeurs et les merveilles des Mille et une n uits

On concoit qu'une telle chanson, avec un air si bien APproprié, se trouve Partout dans la bouche du peuple Canadien. Elle est digne de sa Populurité, Cela est incontestable,

La poésie en est bonne.

La versitication laisse à désirer. Mais pour la lecture seulement. Si vous chantez, vous ne vous aper- Cevez guère des rimes au pluriel nccolées à des rimes au singulier,

Somme toute, il n'y a pas à retoucher cette chanson. Il faut la lisser intacte. Et on doit s'attendre à ce qu'elle sera toujours chantée Par le peuple, en Canada.

Seulement, pour tous les esprits sérieux, on peut oser faire la réflexion que cette histoire du fils du roi qui vise un Canard et en tue un autre, et de ces dumes qui, d'un seul canard ébouriffé par quelques grains de plomb, ramassent assez de plumes pour faire un Jit de camp, est plutôt bizarre que belle, plutôt piètre qu'intéressante.

Et d’un autre Côté, l'air est irréprochable, L'air est Charmant, Et Ja confrontation de ces deux pensées fait aussitôt Jjaillir dans l'esprit une troisième idée, qui est celle-ci: ne serait-il Pas à propos d'avoir une autre

chanson, à ln fois plus belle, plus sérieuse, plus intéressante et plus instructive, qui puisse se chanter sur le méme air ?

Pour ma part, monsieur le rédacteur, il y a longtemps que j'ai résolu cette question dans l'affirimative. Et je pense que plusieurs seront de mon avis,

La difficulté est de trouver un sujet convenable. Eh! bien, franchement, je crois qu'une chanson patriotique, à la gloire du Canada, ferait justement l'affaire. Personne ne peut récuser nn tel sujet, qui prime naturellement tous les sujets et qui rejette dans l'ombre l'histoire du fils du roi, et de son grand fusil d'argent.

Il y u cependant une condition essentielle à remplir, si On veut que la nouvelle chanson remplace l'autre, ou du moins la côtoie: il faut qu'elle soit aussi simple, aussi claire et aussi limpide que l’ancienne : il faut que les mots aient des charmes non moins puissants, quoique d'un autre genre ; il faut que le récit laisse au cœur une vive émotion avec une profonde satisfaction.

Fort de cette pensée, monsieur le rédacteur, je me suis mis à l'œuvre, et j'ai composé une chanson patriotique, adaptée à l'air de Æ£n roulant ma boule, tout en m'efforçant de la rendre à la fois digne de cet air et digne des suffrages du public.

Ai-je réussi ? Je n'en sais rien. Ce n'est pas à moi de le dire. Dans mon idée, elle est au moins d'un caractère plus noble et plus relevé que l'ancienne; et à ce titre, j'ose la présenter pour la publication.

C'est une chanson spéciale pour notre grande fête nationnle de In Saint-Jenn-Baptist:; quoiqu'elle puisse se chanter en tout temps, si on eu retranche seulement

le premier conplet.

Le récit est un exposé rapide des d'orgueil et de réjouissance

toutes les fibres Patriotiqu diens, On reconnaitra fac

Principaux sujets qui font vibrer, ce jour-là es de tons les cœurs canailement les allusions à nos du passé, à nos martyrs de la tyrs de la religion, à nos tribuns

liberté comme à nos mar

politiques, à nos vaillants Capitaines,

Mœurs, À notre langue, à nos lois, À tout ce que

À notre foi, À nos à nos institutions, nous avons de plus cher !

Bref, ma chanson est un cours patriotiques, qui retentissent partout, en cette circonstance, nvec grand renfort d'éloquence et de charmes littéraires.

Le discours passionné dans la bouche de l'orateur, voilà sans doute la Première manifestation des grandes impressions de tout un peuple ; mais le peuple doit parler lui-même et non Pas seulement l'orateur; car le cœur du peuple à égaleinent besoin d'écouler le trop plein de ses émotions et de ses transports ; et comment

le peuple parlera-t.il, si ce n'est en faisant éclater une chanson ?

résumé de tous les dis-

La chanson Populaire, voilà done ln voix et l'éloquence du peuple. Or, après Vive la Canadienne je ne sache pas qu'il existe aucune chanson de Pour notre grande et glorieuse fé Baptiste, susceptible d'être aussi Populaire et d'être

chantée avec autant l'ontrain que la chanson: £a roulant ma boule, roula at.

circonstance te de la Saint-Jean-

J'ai donc l'honneur de prése ant répondre à un besoin, à un sentiment national, et espérant un accueil favorable de mes ç soit du Canada, soit des Etats-Unis.”

nter la mienne, croy- Ompatriotes

S'OËteO<

La chanson parut, en effet, telle qu'annoncée ; uue chanson à la gloire du Canada. Malheureusement, par une fausse inspiration, je n'avais employé que des rimes féminines à désinences diverses, pour le simple plaisir de faire de la variété, vu que la chanson modèle n'avait que des rimes masculines, Je reçus tout aussitôt une lettre de Mr Ernest Gagnon, l'historien, le musicien et le poète bien connu de Québec, m'informant de mon erreur et me disant que toutes mes rimes, au contraire auraient dû être masculines et se terminer en ant pour accorder avec roulant.

Ce fut le coup de mort de ma chanson. Je la considérai dès lors comme non avenue. C'est pourquoi elle est ici enticrement supprimée.

À quelque temps de là, par exemple, en Janvier 1893, j'envoyais au Monde Illustré la correspondance qui suit, avec une chanson nouvelle, répondant aux désirs de Mr Ernest Gagnon. Seulement, ce n'était plus une chanson à la gloire du Canada; c'était une

chanson à la louange du Canadien.

“ Mr le rédacteur,

ANS votre numéro du 18 juin dernier, vous avezeu la bienveillance de publier une chan-

son patriotique, de mn composition, intitulée : Le Cunadu, toute en rimes féminines, de différentes

terminaisons, et devant se chanter sur l'air fameux

de: Æn roulant ma boule roulant.

À première vne, en s'en tenant aux idées exprimées,

cette chanson avait l'air d'être née viable, et digne d'en-

trer dans les recueils populaires, aussi bien que dans l'estime du public. Je le croyais, du moins; et certuines

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appréciations favorables affermissaient encore

mon espoir, Hélns! ce n'était qu'une illusion : illusion chez l'auteur, illusion chez quelques amis trop sympathiques ou trop indulgents,

En toutes choses,. ...

il faut Considérer la fin, dis-je ? il faut compte

r'avec les experts, (Ceci est aussi vrai eu littérature qu

‘en n'importe quelle branche des sciences et des arts; et les imprudents et les naïfs qui oublient cette vérité s'exposent À être désenchantés, un

jour ou l'autre. J'en suis un exemple, Roberto,

que

Er pe rlo crede

Voici ce qui m'arriva,

J'en étais à me réjouir et à petit succès littéraire, Gagnon, —un

jouir de mon prétendu lorsqu'une lettre de Mr Ernest expert, un vrai maître, en fait de chan- Sons populaires —comme un coup de vent destructeur.

vint, tout à Coup, souffler sur mon château de Cartes et l'éparpiller complètement !

rtistique, ni plus ni moins, me es Couplets doivent se terminer Pour rimer avec le roulant du refrain.

Si vous vous reprenez, rimez

en ant, and don't you Jorget it!”

Comme de raison, je m'inclinai.

Que voulez-vous que je fisse contre trois :

un musicien, un poète et un historien ? I] me fallait bien mourir ou m'incliner, Je

Préférai m’incliner. J'étais tout ahuri, Je voyais mon tort, mais trop tard. Je in’

Mr Gagnon qui eut la bon secret, espérant sans doute rait tôt où tard à une con publique. C'est ce ma chanson, puisqu’

‘que ma conscience m'obligefession et à une réparation que je fais aujourd’hui, Aux orties elle est si défectueuse dans sa forme !

Ty pi

Et maintenant, vous croyez que j'ai gardé rancune à mon savant trouble-fête / Eh! bien, oui, je lui ai gardé rancune ; mais pas pour la raison que vous pensez; pas pour avoir démantibulé mon château de cartes ; c'est pour avoir dit: “si vous vous reprenez !”

Ces mots-là me faisaient mal au cœur, et me fuisaient grogner, “Me reprendre!.... En voilà nne idée! Si on ne dirait pas qu'il pense que c’est une chose

facile !

Voilà ce que je me disais, et j'enragenis. ...

Un beau jour, voilà que l'envie de me reprendre me prend. Une idée m'avait frappé. J'ai bien chanté la Canadienne, pourquoi ne chanterais-je pas le Canadien ? Celui-là, par exemple, je puis le rimer en «nt, et Mr Gagnon sera content! ... et moi je serai vengé d'autant !

Je me mis donc à l’œuvre. Et cette chanson que je vous envoie, Le Cunudien, voilà ce que je fis dans ma rage; voilà ce que je présente maintenant au public, en réparation de ma faute.

. Je la dédie respectueusement, avec beancoup de reconnaissance, à Mr Ernest Gagnon.

Il l'a bien gagnée !

Puisse-t-il me pardonner les crises de nerfs que je lui ai sans doute causées !

S'il ne m'en veut plus,"moi non plus, je ne lui en veux plus. Au surplus, c'est tout uu plus, si nous nous sommes tant soit peu déplus !”

Voici cette chanson à l'honneur du Canadien-Francais, considéré surtout comme habitant, c'est-à-dire

cultivateur.

Le Canadien. brave habitant, En roulant ma boule,

Est toujours gai, toujours Content, Rouli roulant, Ma boule roulant :

En roulant ma boule.

roulant En roulant ia Lbonle,

De grand inatin. Part en chantant.

En roulant ina boule.

Revient le soir en “ turlutant,” Rouli roulant, etc.

Bon citoyen et | En roulant ina | Il est heure

ON vivant, oule,

UX en cultivant.

Rouli roulant. etc.

Vive sa femme à chaque enfant,

En roulant ma boule, I! en est fier e

t triomphant, Rouli roulant, etc.

Tout plein de foi le cœur fervent, En roulant mu boule, À son Eglise il vu souvent,

Rouli roulant, etc.

Il est affable, honnête et frnne, En roulant ma boule, Hospitalier, poli, galant,

Rouli roulant, etc.

Le plaisir est son élément, En roulant ma boule,

Il s'amuse gaillardement, Rouli roulant, etc.

Dans ses projets il est constant, En roulant ma boule,

Dans ses amours l’est tout autant, Rouli roulant, etc.

En affaires il est prudent, En roulant ma boule,

En politique il est ardent, Rouli roulant, etc.

Rien devant lui qu'il n'aime tant En roulant Ma boule,

Que son cheval vite trottunt, Rouli roulant, etc.

L'ans les forèts s'il va chassunt.

En roulant ma boule,

Tout vole, poil et pluie et san, Rouli roulant, etc.

Sur les ondes s'i] Va voguant, Er roulant mn boule,

Il est superbe en naviguant, Rouli roulant, etc.

Va-t-il en Suerre, il est vaillant.

En roulant ma boule,

Hardi, rusé, vif et bouillant, Rouli roulant, etc.

Conteur d'histoire, ilest charmant, En roulant ina boule,

Tout en riant, tout en furnant, Rouli roulant, etc

Un petit coup de vin brillant,

En roulant ma boule Le rend d'esprit tout petillunt, Rouli roulant, etc.

ji CET ENRRE AN

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