IMPRÉVOYANCE DE LA SOTTISE
Dame Girafe, un jour, d'un long col emmuanchée, Et portant haut sa tête à peine einpanachée,
Faisait route avec un grison Tout fier de ses longues oreilles.
Il fallut peu de temps à maitre aliboron Pour s’enhardir au point de trouver non-pareilles Les allures de ce grand cou Qui le firent jaser beaucoup.
“ La nature, vraiment. fut pour vous bi
en injuste :
Pendant que je m'en vais brout
ant l'herbe et l’ar-
Vous ne pouvez en faire autant {[buste, Qu'en vous fendant, vous arc-boutant,”
Disait avec pitié, le long de lu c
ampagne, L'animal indiscret à sa pauvre compasne.
Mais il en fut tout autrement.
Lorsque vint à manquer l’herbage, J [ g
La girafe attendait cet heureux changement,
Pour confôndre son âne et son fou babillage,
En Jui montrant l'utilité D'un instrument si maltraité.
Car on ne trouvait plus, pour moyen d'existence,
Que des arbres fort hauts, de distance en distance,
La girafe, élevant son col, Comme un oiseau qui prend son vol,
Y pouvait bien atteindre et manger à son nise, Pendant que le grison, de mine la plus niaise, La regardait brouter, brouter, Incapable de limiter.
Alors, devenant sage, une fois dans sa vie
Il se dit à lui-même, avec mélancolie :
“ J'étais sot de m'énorgueillir : |
Je suis en danger de mourir : 4
À quoi bon, en ce lieu, mes superbes oreilles Que je croyais pourtant de si grandes merveilles ? ”
MORALE
Toujours la sottise et l'orgueil Vont se briser contre un écueil.