‹ Élévations poétiques [microforme]Chapitre 56 sur 63 · HIDEUR DE L'HYPOCRISIE · texte numérisé non relu

HIDEUR DE L'HYPOCRISIE

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“Je m'en vais en pélerinage,” Disait le renard, d’un air bon :

Pour mieux jouer son personnage, T'avait pris sac et bâton,

“Ce sont mes péchés que j'expie, J'ai le cœur plein de repentir ; Hélas ! j'ai honte de ma vie, Je veux enfin me convertir.

Je me donne la discipline

Et je jeûne tous les matins ; Pour apaiser lire divire,

Je vais chez les Bénédictins.”

Par aussi pertide manière,

Il trompait les plus fins limiers,

Et faisait, hors de sa tanière, Bombance aux dépens des fermiers.

À la tin, son hypocrisie

Fut chose claire à tous les yeux ; Et partout, avec frénésie,

On se rua contre le gueux.

Connu, traqué, le misérable Se cache depuis ce temps là ; Montre-t-il sa face exécrable, On crie aussitôt: le voilà !

C'est fini.—Mais les hypocrites Se voient toujours sur les chemins, Exerçant leurs ruses maudites

Parmi les crédules humains.

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Non plus des renards, mais des hommes A vec leurs visages masqués ;

Et, trop souvent, dupes nous sommes De tous ces pèlerins manqués,

Etre malfaiteur et perfide, C'est être méchant doublement : Cœur noir et visage candide, Quel infernal accouplement !

A l'œuvre done! Sachons combattre La pertidie autour de nous ;

C'est un monstre qu'il faut ubattre Ne lui ménageons pas nos coups.

Tout menteur est un hypocrite :

Si c'est un enfant qui grandit,

Il faut le reprendre au plus vite, Au moindre mensonge qu'il dit.

S'il ment encore après l'enfance, Qu'on le regarde, avec horreur,

Comme un renard en péuitence, Un incorrigible trompeur !

WF

Renard Médecin |

n renard, à bout de ressource, (Voyant tous ses plans échouer,

Imagina que le wibier

Vers lui se rendrait à la course, S'il pouvait seulemeut se faire médecin.

La bagatelle d'un diplôme Fat l'affaire, pour lui, d’un faux et d’un larcin. Il s'annonce aussitôt comme l'auteur d'un baume Qui guérissait de tous les maux.

Il n’en fallut pas plus. On vit les animaux, D'au loin, de toutes parts, venir en nombre immense, Pour en faire l'expérience.

Le renard, du haut d’un tréteau, Les harangunit. Rien de plus beau !

“ Messieurs, leur disait-:l, de sa voix qui fascine, Sachez que je jouis du don de médecine :

Je guéris infailliblement, Et soigne gratuitement !

Les pauvres, les petits, voilà ma clientèle.

Quant aux gros animaux, j'ai la peine mortelle De refuser de les soigner :

Car, ayant de lor pour Payer,

[ls peuvent s'adresser aux docteurs ordinaires Qui travaillent pour honoraires.”

Ecartant ainsi le danger Que les gros et les forts vinssent le déranger, Le bandit, à cœur joie, exploitait ses victimes : Les dindonneaux, les agnelets, Les poules, les coqs, les poulets, Bêtes faibles, pusillanimes, Qui ne comprenaient point les trucs de ce brigand.

Il les introduisait dans des chambres secrètes, Et les croquait le plus souvent, Allant dire à lu foule, en paroles discrètes, Qu'il les gardait à l'hôpital, Pour guérir tout à fait leur mal !

Mais pour entretenir Courage et confiance, Pour empêcher la métiance, Il en laissait sortir quelqu'un, de temps en temps, Trop maigre et trop dur pour ses dents !

Humains, n'est-ce pas là l'image Des faux medecins, Parmi vous, Qui font un si cruel ravagre De votre vie et de vos sous 4 Quel est done ce penchant d'éternelle sottise Qui vous fait vous jeter dans lu gueule des loups ?

Ces vilains charlatans, faut-il qu'on vous le dise ?

Ne connaissent rien, moins que rien !

Es Vous guérir, ils s'en moquent bien ! : Ë [ls vous dupent toujours, et souvent ils vous tuent ! :| Quand des guérisons s'effectuent, EI U'est l'affaire d'un pur hasard Où le baume n'a point de part.

Ces coquins-là s'en attribuent Avec aplomb, d'un air vantard, Tout le mérite et l'avantage.

On vous embôête davantage : :

De plus en plus sots vous voilà !

Et c'est toujours, toujours, votre argent qui s'en va !

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