VRAI ET FAUX MERITE
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Le coq, un jour, disait à l'oie :
‘ Cher compagnon, que je te plains!
Pendant que je chante avec joie, J'entends toujours tes cris vilains.
Que ta démarche est done pesante, Et ton grand cou démesuré !
Et quelle façon déplaisante
De siffler d'un air effaré !"
L'autre reprit : “ Coq, jamais l'homme Tes prouesses ne redira :
Tandis que, moi, j'ai sauvé Rome :
Mon nom dans l'histoire vivra ! ”
“ Je comprends ton impertinence, Dit le coq non déconcerté,
Tu fis un acte de vaillance,
Fort douteux, dans l'antiquité ;
Et tu crois que cet héritage
À tu gloire suffit toujours :
Allons donc ! n'est-il pas plus sage De se distinguer tous les jours ?
Mon ardeur, mon courage extrême, Ma voix sonore et ma beauté
Ont toujours fait de moi l'emblème De l'honneur et de ja fierté.
Sur les clochers on me vénère :
On m'admire sur les remparts :
Et mes images, dans la guerre, On les porte comme étendards !
Mais toi, lourdaud, de la sottise N'es-tu pas l'emblème vivant ?
Ton image sur une église Ferait rire, même le vent !”
MORALE
Combien d'homines, dont le nom brille, N'ont d'autres gages de valeur
Que des souvenirs de famille
Plus où moins entachés d'erreur !
Combien plus noble est le mérite Des hommes vraiment glorieux Dont le cœur sans cesse palpite De transports fiers et généreux !
Mouches mourant de dégout
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HORREUR DES ALIMENTS FALSIFIÉS a — hd
Deux vieilles mouches, tout en larmes, Se communiquaient leurs alarmes
En voyant tout dans la maison
Se tourner en contre-facon.
“ Plus de ce bon sirop d'éruble, De ce bon sucre du pays, Si doux, si tin, si délectable . Tr Ce n'est plus qu'un salmigondis !
On boit du lait, c'est de l'eau pure ; On goûte à la crème, elle.est sûre :
Le th4, c'est de l'herbe des bois ; Le café n'est plus que des pois !.., Pour nous dégoûter de la vie En voilà donc plus qu'ii n’en faut !
Ma sœur, n'avez-vous pas envie De vous laisser tomber d'en haut Dans cette coupe empoisonnée Qui finira tous nos ennuis ?”. se
L'autre commère est entrainée Par tant de motifs inouis :
Et les deux mouches dans lu coupe Tête première vont tomber, Croyant à l'instant succowber
En touchant la maudite soupe...
O surprise!,,... O fatalité 1...
Le poison était frelaté, Sans vertu comme tout le reste !
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Avec le plus superbe geste D'écœurement qui fut jamais,
Les pauvres vieilles, en colère, Sortent du vase en criant: “ Ouais !”
Pour mettre un terme à leur misère, Elles se privèrent de tout, Préférant mourir de dégoût !
Hommes, voyez-vous In bassesse De toutes vos contre-facons, Lorsque la mouche vous adresse De si remarquables lecons ?
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Jardinier, Chenilles et Crapauds
—"ne 44 —2nr— LAIDEUR UTILE VAUT MIEUX QUE BEAUTÉ MALFAISANTE
Un jardinier prenait un soin extrême À conserver l'engeance des crapruds :
Tandis que, pris d'une rage suprême, Il détruisuit papillons les plus beaux, En tuant vers de fleurs et de légumes.
Ces vers, un jour, avec grande amertume, Au jardinier se plaignirent ainsi :
“ Pourquoi, choyant les monstres que voici, Nous tuer, nous qu’ :rcoit à peine ?
2 ; s qu'on aperçoit à peine !
Notre laïdeur n'est pas la plus vilaine ; Et puis, bientôt, nous voilà papillons !
Vous connaissez notre métamorphose Par quoi, sortant de nos cocons,
Nous sommes la plus belle chose
Des airs, des jardins, des vallons ! ”
L'homme reprit : “ Votre discours perfide Pourra tromper de plus simples que moi, Des papillons l'apparence candide N'en impose pas 'à ma foi:
Car ils vivent un jour, une heure, Pour former quoi ?— ceci m'écœure,— Des chenilles, des vers mauvais, En plus grand nombre que jamais !
Et vous ensuite, abominable peste,
Vous dévorez mes vergers, mes jardins !
Votre nuisance est plus que manifeste :
Je vous assomme à grands coups de gourdins ; Et mon travail n’allant pas assez vite,
Je fais agir les aides que voilà.
C'est juste. A chacun son mérite !
Si je le peux, race maudite,
Nulle aux crapauds ne survivra.
En vain leur nombre vous irrite :
Plus il en est, plus j'en profite :
Leur gueule vous engloutira ;
C'est le gouffre qui vous consomme ! ”
[Il était sage, ce bonhomme !
Périsse, en effet, la beauté
Qui, traître à son dehors aimable, N'engendre que l'iniquité.
N'est-il pas cent fois préférable
De conserver des êtres laids
Qui nous rendent, chose admirable, Modestement leurs doux bienfaits
LOUP REVOLUTIONNALRE eee = ABOMINATIONS DU SOCIALISME
Un loup socialiste et gonflé de science, Aussi riche en orgueil que pauvre en conscience, Etait un grand objet de curiosité.
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Il avait en captivité, En écoutant parler ses maîtres Contre les tyrans et les traîtres, Acquis son trésor de savoir.
On venait de loin pour le voir, Et l'entendre exposer les fouvelles doctrines. Un jour, devant les siens, et les tribus voisine. (Une immense assemblée était là, sur le lieu), Maître loup prêchait avec feu La révolution, en exaltuit la gloire, La proposait à suivre à son Vaste auditoire, Son discours était : Liberté :
Egalité, Fraternité !
“ La Liberté, messieurs, c'est de faire à sa guise, De tout dire et de tout penser !
Et tout homme à ce droit, sans qu'aucune maitrise Ne puisse nous en imposer, Mais si votre voisin vous déplait et vous gêne, Si vous convoitez son domaine, Et si vous êtes le plus fort, Votre pouvoir sur lui s'étend Jusqu'à la mort ! Ne vous en mettez pas en peine :
La Liberté, messieurs, sera toujours du bord Où la force est la plus certaine !
L'Egalité, messieurs, C'est passer le niveau Sur les têtes supérieures :
Le même rane artout ! Point de nobles en haut ! Le] Point de castes inférieures ! Avec cette réserve il faut e
n convenir, — Que la place d’e
n haut pour vous sera fort bonne, Si vous pouvez y parvenir :
Et là, que vous devez ne tolérer personne Qui se dise de votre rang !
L'Egalité, messieurs, quand ce mot-là résonne, Que chacun s'estime plus grand !
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Et la Fraternité, messieurs, j'ose le dire, Est la plus aimable des trois :
IT faut aimer jusqu'au délire Les instruments de nos exploits, Tout le temps qu'ils sont nécessaires ; Muis au terme de vos uffuires, Brisez ces rivaux ennuyeux, Ne partagez pas avec eux, Reprenez votre indépendance :
Car la Fraternité, messieurs, dans son essence, Consiste à supprimer les frères dangereux ! ”
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L'orateur essuya sa face Toute couverte de sueur.
Un vieux singe aussitôt, faisant une grimace, Lui demande, d'un ton moqueur, D'ou vient une telle doctrine,
Pleine d'absurdité, de contradiction !
“ Mais elle est noble, elle est divine, Dit le loup vivement, avec émotion, C'est la doctrine de la France, Le pays de l'intelligence !
Depuis plus de cent ans, messieurs, ce peuple altier Prêche ces trois grands mots à l'univers entier ! On les met partout en pratique, Au sein de chaqu- République.
Je vous propose donc messieurs les Animaux, De suivre, à notre tr, des exemples si beaux ! ”
Le vieux singe, anime d’une arleur sans pareille, N'entendit point de cette oreille :
“ Imbécile, ne vois: ons Que les hommes, ser: ï-bas, Sont assez fous et miséralbles Pour s’entre-dévorer ainsi ?
Vous n'introduirez pas ici Vos maximes abominables.
Messieurs, pensez-y donc. . Dévorer nos semblables ! Le loup même épargne le loup !
Il faut combattre Jusqu'au bout Des doctrines si sanguinaires ;
Laissons à leurs tristes affaires Les humains plus bêtes que nous !
Dites, messieurs, qu'en pensez-vous ?
On dévore déjà les races étrangères :
Faudra-t-il done encor s'égorger entre frères ? ”
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L'assemblée à ces mots, s'éerta : “ Non jamais ! Parmi nous tous, tant que nous sommes, On ne verra de tels forfaits!
Que ces lois-là restent aux hommes Plus buudets que les vrais baudets, Plus menteurs et plus hypocrites Que renards se faisant ermites,
Plus féroces que loups et tigres des forêts!"
Vaincu, déconcerté par ces cris d'anathème, L'orateur s'esquiva, se disant en lui-même :
“Me serais-je trompé ? N'ai-je pas bien compris Mes savants maîtres de Paris ?”
Que de sottises ridicules Nous font tous ces blances-becs, les stupides émules Des monstrueux libres-penseurs !
Si l’on voit parmi nous, chavirer tant de têtes, Il est fort consolant qu’au moins parmi les Bêtes On se moque à grands cris de ces tristes farceurs !