‹ Elévations sur les mystèresChapitre 100 sur 229 · ET SA DIVINITÉ · texte numérisé non relu

ET SA DIVINITÉ

« Vous concevrez et enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus, de Sauveur. Il sera grand *, » non pas à la manière de Jean qui était grand comme le peut être un serviteur : mais celui-ci sera grand de la grandeur qui convient au Fils. Aussi l'appellera-t-on « le Fils du Très- Haut ^. » Et ce ne sera pas par une simple dénomination ou par adoption, comme les autres qui sont appelés « enfants de Dieu : » il sera le Fils de Dieu effectivement, le Fils unique, le Fils par nature : c'est pourquoi on lui en donnera le nom avec une force particulière. Il ne faut pas croire que ce soit un terme diminutif de dire que Jésus « sera appelé le Fils de Dieu ^ : » autrement on pourrait dire de môme, que ce que dit l'ange, qu'Elisabeth « est appelée stérile *, » est une espèce de diminution de la stérilité ; au contraire, il faut entendre une véritable et entière stérilité.

Croyons donc que Jésus « est appelé Fils, parce qu'il l'est proprement, effectivement, naturellement, par conséquent uniquement, Dieu en qui tout est parfait devant avoir un Fils parfait et par conséquent unique. Et c'est pourquoi « Dieu lui donnera le trône de David son père » selon la chair : ce trône que David même voyait en esprit, lorsqu'il disait : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Soyez assis à ma droite^; » c'est « son Fils et son Seigneur )^ tout ensemble. Ce trône de David son père n'est que la figure de celui que Dieu, qui « l'a engendré avant l'aurore ®, » lui prépare : « Il aura « donc « le trône de David son père, et il régnera éternellement dans la maison de Jacob ''. » Quel autre peut régner éternellement, qu'un Dieu à qui il est dit : « Votre trône, ô Dieu, sera éternel*? Et c'est pourquoi on ne verra point la fin de son règne.

0 Jésus, dont le règne est éternel, en verra-t-on la fin dans mon cœur? Cesserai-je de vous obéir? Après avoir commencé

1 Luc, I, 31, 32-. — 2 lôid., 32. — 3 Ibid., i, 35. — * Ibid., 36. — 5 Psal. cix, 1 ; Malfh., x\u, 43, 44. — « Psal. cix, 3. — ' Luc, i, 33. — 8 Psal. xLiv. 7; Hebr., i, 3.

Xir SEMAINE. — TU'' ÉLÉVATION. 187

selon Tesprit, finirai-je selon la chair? Me repentirai-je d'avoir bien fait? Me livrerai-je de nouveau au tentateur, après tant de saints efforts pour me retirer de ses mains? L'orgueil ravagerat-illa moisson si prête à être recueillie? Non, il faut être de ceux dont il est écrit : « Ne cessez point de travailler, parce que l;i moisson que vous avez à recueillir ne doit point souffrir de défaillance *.»

Ill' ELEVATION.

LA VIRGINITÉ DE MARIE : LE SAINT-ESPRIT SURVENU KN ELLE ! SON FIL3 SAINT PAR SON ORIGINE.

Dieu, qui avait prédestiné la sainte Vierge Marie pour l'associer à sa très pure génération, lui inspira l'amour de la virginité dans un degré si éminent, que non seulement elle en fit le vœu, mais encore que, quoique l'ange lui eût dit du Fils qu'elle devait concevoir, elle ne voulut point acheter l'honneur d'en être la mère au prix d^ sa virginité.

Elle répond donc à l'ange: « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme^, » c'est-à-dire j'ai résolu de n'en point connaître? Cette résolution marque dans Marie un goût exquis de la chasteté, et dans un degré si éminent qu'elle est à l'épreuve, non seulement de toutes les promesses des hommes, mais encore de toutes celles de Dieu. Que pouvait-il promettre de plus grand que son Fils en la môme qualité qu'il le possède luimême, c'est-à-dire en la qualité de Fils ? Elle est prête à le refuser, s'il lui faut perdre sa virginité pour l'acquérir. Mais Dieu, à qui cet amour acheva pour ainsi dire de gagner le cœur, lui fit dire par son ange : « Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira ^ : » Dieu même vous tiendra lieu d'époux : il s'unira à votre corps : mais il faut pour cela qu'il soit plus pur que les rayons du soleil : le très pur ne s'unit qu'à la pureté ; il conçoit son fils seul sans partager sa conception avec un autre : il ne veut, quand il le fait naître dans le temps, le partager qu'avec une vierge, ni souffrir qu'il ait deux pères. Virginité, quel est votre prix! vous seule pouvez faire une mère de

» Galat., VI, 9. — 2 Luc, i, 3i. — 3 JUd.^ 33.

i88 ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÉKKS.

Dieu; mais on vous estime encore plus qu'urie si haute dignité.

«Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira; et c'est pourquoi la chose sainte qui naîtra en yous sera nommée le Fils de Dieu *. Qui nous racontera sa génération 2?» Elle est inexplicable et inénarrable. Écoutons néanmoins ce que l'ange nous en raconte par ordre de Dieu : « La vertu du Très-Haut vous couvrira. » Le Très-Haut, le Père céleste étendra en vous sa génération éternelle : produira son Fils dans votre sein : il y composera de votre sang un corps si pur, que son Saint-Esprit sera seul capable de le former : en même temps ce divin Esprit y inspirera une âme, qui n'ayant que lui pour auteur sans le concours d'aucune autre cause, ne peut être que sainte: cette âme et ce corps, par l'extension de la vertu générative de Dieu, seront unis à la personne du Fils de Dieu, et dorénavant ce qu'on appellera le Fils de Dieu sera ce tout composé du Fils de Dieu et de l'homme. Ainsi « ce qui sortira de votre sein sera >* proprement et véritablement « appelé le Fils de Dieu. » Ce sera aussi «une chose sainte» par sa nature: «sainte» non d'une sainteté dérivée et accidentelle, mais substantivement : Sanctum : ce qui ne peut convenir qu'à Dieu, qui seul est une chose sainte par nature. Et comme cette chose sainte, qui est le Verbe et le Fils de Dieu, s'unira personnellement à ce qui sera formé de votre sang et à l'âme qui y sera unie selon les lois éternelles imposées à toute la nature par son Créateur, ce tout, ce composé divin sera tout ensemble et le Fils de Dieu et le vôtre.

Voilà donc une nouvelle dignité créée sur la terre : c'est la dignité de mère de Dieu, qui enferme de si grandes grâces, qu'il ne faut ni tenter ni espérer de les comprendre par sa pensée. La parfaite virginité de corps et d'esprit fait partie d'une dignité si éminente. Car si la concupiscence, qui depuis le péché originel est inséparablement attachée à la conception des hommes lorsqu'elle se fait à la manière ordinaire, s'était trouvée en celle-ci, Jésus-Christ aurait dû naturellement contracter cette souillure primitive, lui qui venait pour l'effacer : il fallait donc que Jésus- Christ fût fils d'une vierge, et qu'il fût conçu du Saint-Esprit. Ainsi donc Marie demeure vierge, et devient mère : Jésus-Christ

* Luc, I, 35. — 2 Isa., un, 8,

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