XII" SEMAINE. — IV" ET V" ÉLÉVATIONS
n'appellera de père que Dieu : mais Dieu veut qu'il ait une mère sur la terre.
Chastes mystères du christianisme, qu'il faut être purs pour vous entendre! Mais combien plus le faut-il être pour vous exprimer dans sa vie par la sincère pratique des vérités chétiennesl
Nous ne sommes plus de la terre, nous dont la foi est si haute: « et notre conversation est dans les cieux *. »
IV ÉLÉVATION
LA CONCEPTION DE SAINT JEAN-BAPTISTE PRÉPARE A CROIRE LA CONCEPTION DE JKSUS-CHRIST.
L'ange continue : «Et voilà que votre cousine Elisabeth a ellemême conçu un fils dans sa vieillesse, et c'est ici le sixième mois de celle qui était appelée stérile: )> et qui par-dessus la stérilité naturelle, avait encore celle de l'âge et de la vieillesse, «parce que rien n'est impossible à Dieu 2. » Marie n'avait pas besoin qu'on lui alléguât des exemples de la toute-puissance divine: et c'est pour nous, à qui le mystère de son annonciation devait élre révélé, que l'ange apporte cet exemple. Dieu voulait néanmoins que la sainte Vierge connût la conception de saint Jean-Baptiste, à cause du grand mystère qu'il nous préparait par la connaissance qu'on lui donne de ce miracle.
Marie fut transportée en admiration de la puissance divine dans tous ses degrés. Elle vit que par le miracle souvent répété de rendre fécondes les stériles, il avait voulu préparer le monde au miracle unique et nouveau de l'enfantement d'une vierge; et transportée en esprit d'une sainte joie par la merveille que Dieu voulait opérer en elle, elle dit d'une voix soumise: «Voici la servante du Seigneur : qu'il me soit fait selon votre parole ^. »
V ÉLÉVATION
SUR CES PAROi.ES : JE SUIS LA SERVANTE DU SEIGNEUR.
Dieu n'avait pas besoin du consentement et de l'obéissance de * Philip., ni, 20. —2 Luc, i, 36, 37. — 3 Ibid., 38.
ioo Elévations sur lp:s mystKhes.
la saillie Viorge, pour faire d'elle ce qu'il voulait, m pour en faire naître Jésus-Christ, et en former dans ses entrailles le cor[ts qu'il voulait unir à la personne de son Fils, mais il voulait donner au monde de grands exemples, et que le grand mystère de l'incarnation fût accompagné de toutes sortes de vertus dans tous ceux qui y avaient part. C'est ce qui a mis dans la sainte Vierge et dans saint Joseph son chaste époux, les vertus que l'Evangile nous fait admirer.
Il y a encore ici un plus haut mystère : la désobéissance d'Eve notre mère, son incrédulité envers Dieu, sa malheureuse crédulité à l'ange trompeur, était entrée dans l'ouvrage de notre perte : et Dieu a voulu aussi par une sainte opposition, que l'obéissance de Marie et son humble foi entrât dans l'ouvrage de noire rédemption. En sorte que notre nature fût réparée par tout ce qui avait concouru à sa perle ; et que nous eussions une nouvelle Eve en Marie, comme nous avons en Jésus-Christ un nouvel Adam, afin que nous puissions dire à cette vierge avec de saints gémissements : Nous crions à vous, misérables bannis, enfants d'Eve, en gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes : offrez-les à votre cher Fils, et nous montrez à la fin ce béni fruit de vos entrailles que nous avons reçu par votre moyen.
C'est ici le solide fondement de la grande dévotion que l'Église a toujours eue pour la sainte Vierge. Elle a la même part à notre salut qu'Eve a eue à notre perte : c'est une doctrine reçue dans toute l'Élglise catholique par une tradition qui remonte jusqu'à l'origine du christianisme. Elle se développera dans toute la suite des mystères de l'Évangile. Entrons donc dans la profondeur de ce dessein : imitons l'obéissance de Marie : c'est par elle que le genre humain est sauvé, et que selon l'ancienne promesse « la lôte du serpent est écrasée K »
VP ÉLÉVATION.