TROIS VERTUS PRINCIPALES DE LA SAINTE VIERGE DANS SON ANNONCIATION
La sainte virginité devait être la première disposition pour faire ^ Gènes., m, 15.
XII"' SEMAINE. — Vil' ÉLÉVATION. iOl
une mère de Dieu. Car il fallait une pureté au-dessus de celle des anges, pour être unie au Père éternel, pour produire le môme Fils que lui : il fallait aussi être disposée par la même pureté à recevoir la vertu d'en haut et le Saint-Esprit survenant: cette haute résolution de renoncera jamais à toute la joie des sens, comme si on était sans corps, c'est ce qui fait une vierge, et qui préparait sur la terre une mère au Fils de Dieu. Mais tout cela, ce n'était rien sans l'humilité. Les mauvais anges étaient chastes ; mais avec toute leur chasteté, parce qu'ils étaient superbes, Dieu les a repoussés jusqu'aux enfers. Il fallait donc que Marie fût humble, autant que ces rebelles ont été superbes : et c'est ce qui lui fait dire ; « Je suis la servante du Seigneur*. «Il ne fallait rien moins pour la faire mère. Maisla dernière disposition était la foi. Car il fallait concevoir le Fils de Dieu dans son esprit avant que de le concevoir dans son corps : et cette conception dans l'esprit était l'ouvrage de la seule foi : « Qu'il me soit fait selon votre parole. » Par là donc cette parole entra dans lasainte Vierge commeunesemencecéleste, et la recevoir en soi, qu'était-ce autre chose que de concevoir le Verbe en esprit? Ayons donc une ferme foi, et espérons tout de la bonté et de la promesse divine : le Verbe s'incorporera à nous; et par cette espèce d'incarnation nous participerons à la dignité de la mère de Dieu, conformément à cette sentence du Sauveur : « Celui qui écoute la parole de Dieu est mon frère, ma sœur et ma mère-. »Tel est donc le fondementde la gloire de la sainte Vierge. La suite développera d'autres effets de la prédestination de cette vierge, mère de Dieu ; et ce seront les effets du Verbe de Dieu en elle et en nous. Mais avant que de contempler les effets d'un si saint auteur, il faut auparavant en contempler la grandeur en elle-même.
VI1« ÉLÉVATION
jèsl's-christ devant tous les temps : la theologie de saint jean
l'évangkliste.
Où vais-je me perdre? dans quelle profondeur? dans quel abîme? Jésus-Christ avant tous les temps peut-il être l'objet de nos connaissances? Sans doute, puisque c'est à nous qu'est adressé l'É-
• Luc, I, 38. — 2 lôid., vui, 2i,
i92 ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTIQUES.
vangile. Allons, marclions sous la conduite do l'aigle des évangélistes, du hicn-aimé parnni les disciples, d'un aulre Jean que Jean-Baptisle, de Jean «enfant du tonnerre',» qui ne parle point un langage humain, qui éclaire, qui tonne, qui étourdit, qui abat tout esprit créé sous l'obéissance de la foi, lorsque par un rapide vol fendant les airs, perçant les nues, s'élevant au-dessus des anges, des vertus, des chérubins et des séraphins, il entonne par ces mots : « Au commencement était le Verbe 2. » C'est par où il commence à faire connaître Jésus-Christ. Hommes, ne vous arrêtez pas à ce que vous voyez commencer dans l'annoncialion de Marie : dites avec moi : « Au commencement était le Verbe.» Pourquoi parler du commencement, puisqu'il s'agit de celui qui n'a point de commencement? C'est pour dire, qu'au commencement, dès l'origine des choses, il était: il ne commence pas : il était : on ne le créait pas, on ne le faisait pas: il était. Et qu'étaitil? Qu'était celui qui sans être fait el sans avoir de commencement, quand Dieu commença tout, était déjà? Était-ce une matière confuse que Dieu commençait à travailler, à mouvoir, à former?Non : ce qui était au commencement « était le Verbe, » la parole intérieure, la pensée, la raison, l'intelligence, la sagesse, le discours intérieur : sermo : discours sans discourir, où l'on ne tire pas une chose de l'autre par raisonnement; mais discours où est substantiellement toute vérité, et qui est la vérité même.
Où suis-je? Que vois-je? Qu'entends-je? Tais-toi, ma raison ; et sans raison, sans discours, sans images tirées des sens, sans paroles formées par la langue, sans le secours d'un air battu ou d'une imagination agitée, sans trouble, sans effort humain, disons au dedans, disons par la foi avec un entendement, mais captivé et assujetti : « Au commencement, » sans commencement, avant tout commencement, au-dessus de tout commencement, « était » celui qui est et qui subsiste toujours : « le Verbe, » la parole, la pensée éternelle et substantielle de Dieu.
« Il était, » il subsistait, mais non comme quelque chose détachée de Dieu : car « il était en Dieu ^. » Et comment expliquerons-nous : « être en Dieu, » est-ce y être d'une manière accidentelle, comme notre pensée est en nous? Non : le Verbe n'est pas en Dieu de cette sorte. Comment donc? Comment
4 Marc, ni,17. —^Joan., 1, I. — 3 lbid.,2.