XII^ SEMAINE. — XV1° ÉLÉVATION
à être fait, quand il s'est fait une créature : dans tout le reste, « il était, » et voilà ce qu'il « a été lait. » De même pour bégayer à notre mode et nous servir d'un exemple humain, que si l'on disait de quelqu'un : 11 était noble, il était né gentilhomme, et il a été fait duc, il a été fait maréchal de France, on voit là ce qu'il était naturellement, et ce qu'il a été fait par la volonté du prince. Ainsi en tremblant et en bégayant comme des hommes, nous disons du Verbe qu'il était Verbe, qu'il était Fils unique, qu'il était Dieu et qu'il a été fait : Dieu dans l'éternité, homme dans le temps. Et ensuite saint Pierre dit: « Dieu l'a fait Seigneur et Christ K « Quant à sa résurrection. 11 lui a « donné la toutepuissance dans le ciel et la terre ^ : «alors il a été fait Seigneur et Christ. Et s'il n'était Dieu qu'en ce sens, il aurait aussi été fait Dieu : mais non : « Il était Dieu, et il a été fait homme ; » et en sa nature humaine élevée et glorifiée, « il a été fait Seigneur et Christ : » il a été fait sauveur et glorificateur de tous les hommes.
Ce langage est suivi partout: « Celui qui est venu après moi,» dit saint Jean-Baptiste, et que j'ai dû précéder en ma qualité de son précurseur, « a été fait et a été mis devant moi, et m'a été préféré ^. » Sa gloire a tout à coup été faite plus grande que la mienne: en ce sens, « il a été fait devant moi: » mais pourquoi? « Parce qu'il était devant moi » et sa gloire avant tous les temps au-dessus de toute la mienne et de toute gloire créée. Voyez : entendez : il était naturellement plus grand que Jean, et c'est pourquoi il lui a été préféré : ce qui est une cliose qui a été faite ; mais qui n'aurait point été faite, si en effet Jésus-Christ selon sa divinité n'était plus que Jean, et qu'ainsi il lui fallait une gloire conforme à ce qu'il était.
Et Jésus-Christ, que dit-il de lui-mênie? u Avant qu'Abraham fût fait, je suis *. » Pourquoi choisir si distinctement un autre mot pour lui que pour Abraham, sinon pour exprimer distinctement qu'Abraham a été fait, et lui il était ? « Au commencement était le Verbe: » on dira pourtant « qu'il a été fait, » quand on dira ce qu'il est devenu dans le temps comme fils d'Abraham; mais quand il faut exprimer ce qu'il était devant Abraham, on ne dira pas qu'il a été fait, mais « qu'il était. «
El le môme disciple bien-aimé : « Ce qui fut au commence-
* Act., Il, 32, 36. — « Maith., xxviir, 18. — 3 Joan., i, 15, 30. — * Ihid., VIII, ^8.
ment S » ce expliqué substantivement el(( qui était par nature et par sa substance, » n'est-ce pas la môme chose que ce qu'il a dit : « Au commencenjent était le Verbe? » Et ensuite lorsqu'il ajoute : « Nous vous annonçons la vie qui était subsistante dans le Père, apud; « nous a appuru, » n'est-ce pas la m^-me chose que ce qu'il a dit : « En lui était la vie : et le Verbe était » subsistant « en Dieu 2, » toujours apud. Et pour parler conséqueniment, que pouvait ajouter le môme disciple bien-aimé, sinon ce qu'en effet il a ajouté: « Celui-ci, Jésus-Christ était le vrai Dieu et la vie éternelle : n Hic est verus Deus et vita œterna ^?
Croyonj donc l'économie du salut; et comme dit le môme disciple bien-aimé, « croyons à l'amour que Dieu a eu pour nous *. » Pour croire tous les mystères que Dieu a fsils pour notre salut, il ne faut que croire à son amour ; à un amour digne de Dieu ; à un amour où Dieu nous donne non seulement tout ce qu'il a, mais encore tout ce qu'il est. Croyons à cet amour, et aimons de même : donnons ce que nous avons et ce que nous sommes : établissons-nous en celui qui « était, » en croyant à ce qu'il a « été fait )) pour nous dans le temps. « Ainsi, dit saint Jean, nous serons en son vrai Fils ^ ; » ou, comme lisaient les anciensGrecs et comme a lu saint Athanase : « Afin que nous soyons dans le vrai, dans son Fils ^ : » dans le vrai, c'est-à-dire dans son Fils qui seul est vrai, qui seul est la vérité. Taisez-vous, pensées humaines : Homme, viens te recueillir dans l'intime de ton intime : et conçois dans ce silence profond ce que c'est que d'ôtre dans le vrai, d'éloigner de soi le faux. Quelle solidité ! quelle vérité dans toutes nos actions et dans toutes nos pensées ! Détestons tout ce qui est éloigné du vrai, puisque nous sommes dans le vrai, étant dans le Fils.
Répétons : « Au commencement était le Verbe: » au commencement, au-dessus de tout commencement était le Fils : « le Fils, c'est, dit saint Basile, un fils qui n'est pas né par le commandement de son Père, mais qui par puissance et par plénitude a éclaté de son sein : Dieu de Dieu, lumière de lumière, en qui était la vie, qui nous l'a donnée ''. » Vivons donc de cette vie éternelle, et mourons à tout le créé. Amen, Amen.
1 1 Joan., I, 2. — 2 Joan., i, 2, 4. — 3 I Joan., v, 20. — * Ibid., IV, 16. — « Ibid., V, 20. — e Athan., t. II, p. 608. — "? Orat. de Fide, hom. 25, t. I, p. 500. Edit. Bened., t. II, hom. 15, p. 131.
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Xlir SEMAINE
ONCTIOiy DE JÉSUS-CHRIST : SA ROYAUTÉ : SA GÉiNÉALOGIE :