‹ Elévations sur les mystèresChapitre 110 sur 229 · XII^ SEMAINE. — XVI'' ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

XII^ SEMAINE. — XVI'' ÉLÉVATION

ast venu à nous, et nous avons vu sa gloire : « 11 était la lumière, » et c'est par l'éclat et le rejaillissement de celte lumière que nous avons été régénérés: « il était la lumière qui éclaire tout homme qui vient au monde : « il éclaire jusqu'aux enfants qui viennent eu monde, en leur communiquant la raison, qui tout offusquée qu'elle est, est néanmoins une lumière et se développera avec le temps.

Mais voici une autre lumière par laquelle il vient encore éclairer le monde: c'est celle de son Évangile qu'il offre encore à tout le monde, et jusqu'aux enfants qu'il éclaire par son baptême : et quand il nous régénère et nous fait enfants de Dieu, que fait-il autre chose que de faire naître sa lumière dans nos cœurs, par laquelle nous le voyons plein de grâce et de vérité : de grâce par ses miracles, de vérité par sa parole; de grâce et de vérité par l'un et par l'autre? Car sa grâce qui nous ouvre les yeux, précède en nous la vérité qui les contente. « Dieu, qui par son commandement a fait sortir la. lumière des ténèbres, a rayonné dans nos cœurs pour nous faire voir la clarté de la science de Dieu sur la face de Jésus-Christ *. » Nous sommes donc enfants de Dieu, parce que nous sommes enfants de lumière. Marchons comme enfants de lumière: ne désirons point la vaine gloire, ni la pompe trompeuse de l'ambition : tout y est faux, tout y est ténèbres : le monde qui nous veut plaire n'a point de grâce: Jésus-Christ seul, *< plein de grâce et de vérité 2, » sait remplir les cœurs, et seul les doit attirer: « la grâce est répandue sur ses lèvres et sur ses paroles ^ : » tout plaît en lui, jusqu'à sa croix : car c'est là qu'éclate son obéissance, sa munificence, sa grâce, sa rédemption, son salut. Tout le reste est moins que rien. Jésus-Christ seul est « plein de grâce et de vérité: » c'est pour nous qu'il en est plein, et tous « nous recevons tout de sa plénitude *. »

XVP ÉLÉVATION.

COMMENT l'Être convient a jésus-christ, et ce qu'il a été fait.

Après avoir lu attentivement le commencement admirable de

« II Cor., XV, 6. — « Joa7i.f I, 14. — 3 Psal. xliv, 3; Luc, iv, 22. — Jano., I, IG.

l'évangile de saint Jciin, comme un abrc'igé mystérieux de toute l'économie de l'Evangile, faisons uneréllexion générale sur cette théologie du disciple bien-aimé. Tout se réduit k bien connaître ce que c'est que « être, » et ce que c'est que « être fait. »

Être, c'est ce qui convient au Verbe avant tous les temps : « Au commencement il était, et il était » subsistant « en Dieu, et il était Dieu *. » 11 n'est pas Dieu par une impropre communication d'un si grand nom, comme ceux à qui il est dit : « Vous êtes des dieux et des enfants du Très-Haut ^. » Ceux-là ont été faits dieux par celui qui les a faits rois, qui les a faits juges, qui enfin les a faits saints. Si Jésus-Christ n'était Dieu qu'en cette sorte, il serait fait Dieu comme il est fait homme ; mais non : saint Jean ne dit pas une seule fois qu'il ait été fait Dieu. Il « l'était, » et « dès le commencement, » avant tout commencement, « il était Verbe, » et comme tel « il était Dieu. Tout a été fait par lui ^ : » le mot de « être fait, » commence à paraître quand on parle des créatures: mais auparavant ce qui était n'a pas été fait, puisqu'il était avant tout ce qui a été fait. Et voyez combien on répète cet « être fait: Par lui a été fait tout ce qui a été fait, et sans lui rien n'a été fait de ce qui a été fait : » on répète autant de fois de la créature qu'elle « a été faite, » qu'on avait répété du Verbe que « il était. » Après cela on revient au Verbe: « En lui, dit-on, était la vie * : » elle n'a pas été faite en lui: elle y était comme la divinité y était aussi. Et ensuite: « La lumière était quî illumine tout homme ^ ; » le Fils de Dieu n'a pas été fait lumière ni vie : « En lui était la vie et il était la lumière. «Jean-Baptiste « n'était pas la lumière * : » il recevait sa lumière de Jésus-Christ, mais Jésus-Christ était la lumière môme. Et quand les hommes sont devenus enfants de Dieu, n'est-ilpas dit expressément « qu'ils ont été faits enfants de Dieu'? » Mais est-il dit de même que le Fils unique a été fait Fils unique? Non : il était Fils unique, et la sagesse engendrée et conçue dans le sein du Père, dès qu'il était Verbe; et il n'a point été fait Fils, puisqu'il est tiré, non point du néant, mais de la propre substance éternelle et immuable de son Père.

Il n'y a donc rien en lui avant tous les temps qui ait été fait, ni qui l'ait pu être : mais dans le temps qu'a-t-il été fait? « il a été fait chair ^ : » il s'est fait homme. Voilà donc où il commence

1 Joan.y 1, 1. — ^Psal. lxxxi, 6. — 3 Joan., i, 3. — * Ibid., 4. — 6 Ibid.f 9. — p " ■' r -- '' !'':\ :". • ° ^". ' . 14.

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