‹ Elévations sur les mystèresChapitre 115 sur 229 · DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

DE JÉSUS-CHRIST

Un des effels principaux de la foi chrétienne et de la sainte onction des enfants de Dieu, est la douceur : « Apprenez de moi, dit Jésus lui-même, que je suis doux et humble de cœur ^ ». Isaïe avait prédit sa douceur par ces paroles, que saint Mathieu lui a appliquées : « Voici mon serviteur que j'ai élu; mon bienaimé, où je me suis plu et en qui j'ai mis mon afTection : je ferai reposer sur lui mon esprit : et il annoncera la justice aux nations 2. » Voilà un ministère bien éclatant ; mais qu'il est doux en même temps et qu'il est humble, puisque le prophète ajoute, et après lui l'Évangéliste : « Il ne disputera point, ni il ne criera point, et on n'entendra point sa voix dans les rues, » comme les esprits contentieux et disputeurs la font éclater au dehors : « Il ne brisera point le roseau cassé, et il n'achèvera point d'éteindre la mèche qui fume encore : » il n'ajoutera point, comme on fait ordinairement parmi les hommes, l'affliction à l'oppressé par des reproches amers. Voilà l'esprit de Jésus- Christ et le vrai Esprit de Dieu, qui « n'habite pas dans un tourbillon, ni dans le souffle d'un vent violent qui renverse les rochers et les montagnes, » comme Élie semblait le penser en voulant tout exterminer et tout perdre : « il n'habite pas dans la commotion et l'ébranlement, ni dans le feu- qui le suit, mais dans le doux souffle d'un air léger et rafraîchissant *. »

Tel est l'Esprit du Seigneur Jésus. Et c'est pourquoi, lorsque ses disciples voulaient dans l'esprit d'Élie et d'Elisée faire descendre le feu du ciel sur les villes qui leur refusaient le passage, il leur disait avec sa douceur ineffable : « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes ^ : » vous ne savez pas quel est l'esprit

' Luc, XII, 32. — 2 Matth., xi, 29. — 3 Isa., xlh, 1 et seq. — *I1I R(g.,x\x 11, 12. — 6 Iwc, ix,55.

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de votre religion et de la doctrine du Christ. Quelle fut sa douceur, lorsqu'il dit à celui qui le frappait : « Si j'ai mal dit, faites connaître le mal que j'ai fait; et si j'ai bien dit, pourquoi me frappez-vous * ?» Et ailleurs :)>Race incrédule et maudite, jusqu'à quand serai-je contraint d'ôtre parmi vous et de souffrir vos injustes contradictions ? Toutefois amenez-moi votre fils 2, » afin que je le guérisse. Et encore : « Femme, où sont vos accusateurs? Personne ne vous condamne : Je ne vous condamnerai pas non plus : allez et ne péchez plus ^. »

Prenons donc l'esprit de douceur, comme le vrai esprit du christianisme : que l'onction du Saint-Esprit adoucisse notre aigreur et notre fierté : ne prenons pas ces tons superbes et avantageux : c'est faiblesse que de s'animer de cette sorte : la force est dans la raison tranquillement exposée : cette force manque quand on a recours à celte force hautaine et contentieuse qu'on fait venir à son secours. Quand vous avez à combattre pour la vérité, songez que ce n'est point par d'aigres disputes que l'Évangile s'est établi, mais par la douceur et la patience, en imitant Jésus-Christ» qui s'est laissé non seulement tondre*, » mais encore écorcher sans se plaindre. Écoutez dans les Actes les prédicateurs de son Évangile, qui condamnés par les Juifs : « Jugez vous-mêmes, leur disaient-ils, s'il faut vous écouter plutôt que Dieu : car pour nous, nous ne pouvons pas dissimuler ce que nous avons vu et ce que nous avons ouï^. » C'est dans cet esprit qu'il faut parler à ceux à qui la vérité nous oblige à nous opposer : c'est ainsi que, sans disputer et sans ae troubler, on les met visiblement dans leur tort. Voilà de vrais chrétiens et de vrais imitateurs du Christ. Et que fait son innocent troupeau si injustement maltraité : « Seigneur, qui avez fait le ciel et la terre, regardez les menaces de nos ennemis, et donnez à vos serviteurs d'annoncer votre parole en toute confiance, puisqu'il vous plaît d'étendre votre bras pour faire de si grands prodiges par le nom de votre saint fils Jésus *. » C'est ainsi qu'ils veulent parler « avec confiance » seulement, mais non pas avec amertume ni avec aigreur. Qui met sa confiance en Dieu ne la met pas dans la violence d'un ton aigre et impérieux ;

» Jo«"., xvHi, 23. —^Marc.y ix, 18; Liic.^ix, 41. — 3 Joan., vin, 10, 11. — * Isa., LUI. 7: lPeb\,u, 21, 23,29. — e Act.,i\, 19,20.— ^ Ibid. V, 24, 29, 3i).

la victoire apparlicrit à la douceur et à la palience : et Isaïe, après avoir lait Jésus-Christ si humble, si patient et si doux, conclut enfin en disant: « qu'il remportera la victoire : « qu'il gagnera sa cause en jugement, et » que » les gentils mettront en lui leur espérance *. » Traitez donc avec douceur l'aflaire de Dieu : soyez de vrais chrétiens, c'est-à-dire de vrais agneaux ; et sans murmure, sansavoir bruit, sans aucune teinture de l'esprit de contradiction, montrez autant de tranquillité que d'innocence: ayez la douceur et la patience sa fille : ces deux vertus sont les deux caractères propres de la piété chrétienne, et les deux fruits de l'onction de Jésus- Christ répandue sur nous.

V° ELEVATION

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