LE SACERDOCE DE JÉSUS-CHRIST
La race dont Jésus-Christ est sorti était vraiment la race royale, et il y a remis le trône d'une manière plus haute qu'il n*y avait jamais été. Mais en Jésus-Christ il n'y a point de race sacerdotale : il n'a été ni prédécesseur ni successeur : il y a seulement des figures dont Melchisédech est la plus illustre et la seule qui paraisse digne de lui. Il n'y a qu'à lire VÊpître aux Hébreux; et il n'y faut point de commentaire. On nous y montre tout d'un coup dans la Genèse, «Melchisédech sans père, sans mère, sans généalogie, sans commencement de ses jours et sans qu'on en voie la fin 3 : ce n'est pas qu'il n'eût tout cela, ni qu'il faille
* Matth., I, 3-5. — « Timoth., i, 15. - 3 Hebi\, vu, 3.
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donner dans l'erreur de ceux qui ont voulu que ce fût un ange : c'est assez pour être figure de Jésus-Christ que tout cela ne soit point marqué, et qu'il paraisse seulement comme « sacrificateur du Dieu très haut pour ofTrir à Dieu du pain et du vin, et ensuite le présenter à Abraham pour le bénir, » et en sa personne bénir comme supérieur tout le sacerdoce lévitique, « en recevoir la dîme * » comme un hommage qui était dû à l'excellence de son sacerdoce, et la recevoir en même temps de Lévi et d'Aaron luimôme et de toute la race sacerdotale, puisqu'elle était en Abraham comme dans sa tige ; et cette dîme n'est autre chose que la dépouille des rois vaincus, dont la défaite paraît n'être accordée à Abraham que pour honorer « Melchisédech, ce grand pontife, ce roi de justice, roi de paix, qui est l'interprétation de son nom et de la ville où il règne. » Dans toute la suite de l'histoire on ne dit plus un seul mot de Melchisédech : il n'y est marqué que pour cette divine fonction : et tout d'un coup neuf cents ans après, David en voyant le Christ qu'il appelle « son Seigneur à la droite de Dieu » en grande majesté et puissance, « engendré du sein de Dieu devant l'aurore, » vainqueur de ses « ennemis » qui sont « à ses pieds, » vainqueur des « rois, » à qui Dieu adresse ces mots avec serment : « Vous êtes prêtre éternellement selon l'ordre de Melchisédech ^ ; » vous n'avez point de devancier ni de successeur : votre sacerdoce est éternel : il ne dépend point de la promesse adressée à Lévi ni à Aaron et à ses enfants. « Et voici, conclut saint Paul, dans un nouveau sacerdoce » un nouveau service « et une nouvelle loi 3. «
Venez, Jésus, Fils éternel de Dieu, sans mère dans le ciel, et sans père sur la terre ; en qui nous voyons et reconnaissons une descendance royale ; mais pour ce qui est du sacerdoce, vous ne le tenez que de celui qui vous a dit : « Vous êtes mon Fils : je vous ai engendré *. Pour ce divin sacerdoce, il ne faut être né que de Dieu, et vous avez votre vocation « par votre éternelle naissance ^. » Vous venez aussi « d'une tribu à laquelle Dieu n'a rien ordonné sur la sacrificature : « la vôtre a ce privilège « d'être établie par serment, » immobile, sans repeii tance et sans changement : le Seigneur, dit-il, « a juré, et ne s'en repentira
» Gènes., xiv, 18-20; Hebr., vu, 1, 2, 4 et seq. — 2 Psal. cix, 1-5. — IJebr., VII, 22 et seq. — * Psal. ii, 7. — g Hebr., vu, 16.
jamais. La loi de ce sacerdoce est éternelle et inviolable * : » vous êtes seul : vous laissez pourtant après vous des prêtres mais qui ne sont que vos vicaires, sans pouvoir ofîrir d'autres victimes que celle que vous avez une l'ois ollerte à la croix et que vous oflrez éternellement à la droite de votre Père.
Écoutons notre loi en la personne de Jèsus-Chrisl, tant que nous sommes des prêtres du Seigneur. S'il a été dit à Lévi, à raison de son ministère sacré : Vous ôles mon « homme saint, à qui » j'ai « donné la perfection et la doctrine ^; » et que pour cela il doit « dire à son père et à sa mère : Je ne vous connais pus ; et à ses frères : Je ne sais qui vous êtes ; et il n'a d'enfants » que ceux de Dieu : si c'est là, dis-je, la loi de Lévi et du sacerdoce mosaïque, combien pur, combien détaché de la chair et du sang doit être le sacerdoce chrétien, qui a Jésus-Christ pour auteur et Melchisédech pour modèle I Non ; nous ne devons connaître d'autre emploi, d'autre fonction, ni avoir d'autre intérêt que celui de Dieu : enseignant sa loi et ses jugements, et lui offrant continuellement des parfums pour l'apaiser. Si nous gardions cette loi de notre saint ministère, on ne verrait pas tous les jours envahir les droits et l'autorité du sacerdoce, qui sont ceux de Jésus-Christ. Dieu se rendrait notre vengeur; et cette prière de Moïse aurait son effet : « Seigneur, «aidez vos ministres : « soutenez leur force : protégez l'œuvre de leurs mains : frappez le dos de leurs ennemis fugitifs; et ceux qui les haïssent ne se relèveront jamais'. )) Mais parce que plus charnels que les enfants du siècle, nous ne songeons qu'à nous engraisser, vivre à notre aise, nous faire des successeurs, nous établir un nom et une maison, tout le monde entreprend sur nous, et l'honneur du sacerdoce est foulé aux pieds.
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QUELLE A ÉTÉ l'oBLATION DE JESUS-CHRIST ET LE PREMIER ACTE QU'lL A PRODUIT EN ENTRANT DANS LE MONDE.
« Il a paru, dit saint Paul, en s'offrant lui-même pour victime ^. » C'est lui-même, c'est son propre corps, c'est son propre
1 Hebr., vu, 13, 14, 20, 21, 24. — 2 Deuter., xxxin, 8, 9, — 3 Deuter., xxxiii, 11. — 4 Hebr., ix, 25, 26.
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sang qu'il a oU'ert à la croix : c'est encore son propre corps et son propre sang qu'il oITre dans le sacrifice de tous les jours : et ce n'est pas sans raison que David voyant en esprit le premier acte qu'il produirait en se faisant homme ^etsaint Paul en interprétant celte prophétie 2, le font parler en cette sorte au moment qu'il entra dans le monde: « Vous n'avez point voulu d'hostie et d'oblation, mais vous m'avez formé un corps ; » l'original porte : « Vous me l'avez approprié : les holocaustes et les sacrifices pour le péché ne vous ont pas plu; alors j'ai dit: Me voici : je viens pour accomplir votre volonté, ô mon Dieu, et ce qui a été écrit de moi à la tête de votre livre. » Par cette parole, Jésus-Christ se met à la place de toutes les victimes anciennes : et n'ayant rien dans sa divinité qui pûl être immolé à Dieu, Dieu lui donne un corps propre à souffrir et accommodé à l'état de victime où il se met.
Dès qu'il eut commencé ce grand acte il ne le discontinua jamiiis et demeura dès son enfance et dès le sein de sa mère dans l'état de victime, abandonné aux ordres de Dieu pour souffrir et faire ce qu'il voudrait. « Je viens, dit-il, pour faire votre volonté, comme il a été écrit au commencement du livre, » m capite libri.
Il y a un livre éternel, où est écrit ce que Dieu veut de tous ses élus ; et à la tôte, ce qu'il veut en particulier de Jésus-Christ, qui en est le chef. Le premier article de ce livre est que Jésus- Christ sera mis à la place de toutes les victimes, en faisant la volonté de Dieu avec une entière obéissance. C'est à quoi il se soumet; et David lui fait ajouter : « Mon Dieu, je l'ai voulu, et votre loi est au milieu de mon cœur ^. »
Soyons donc à l'exemple de Jésus-Christ en esprit de victime, abandonnés à la volonté de Dieu ; autrement nous n'aurons point de part à son sacrifice. Fallût-il être un holocauste et une victime entièrement consumée par le feu, laissons-nous réduire en cendres plutôt que de nous opposer à ce que Dieu veut.
C'est dans la sainte volonté de Dieu que se trouve l'égalité et le repos. Dans la vie des passions et de la volonté propre, on pense aujourd'hui une chose et demain une autre ; une chose durant la nuit et une autre durant le jour; une chose quand on est triste, autre chose quand on est en bonne humeur; une chose
* Psal. XXXIX, 7-9. — 2 Ilebr., x, 5-7. — * Psal. xxxix, 9.
quand l'csporance rit à nos désirs, autre chose quand elle se relire de nous. Le seul remède à ces altérations journalières et à ces inégalités de notre vie, c'est la soumission à la sainte volonté de Dieu. Gomme Dieu est toujours le môme dans tous les changements qu'il opère au dehors, l'homme soumis à sa volonté est toujours le même. On n'a pas besoin de chercher des raisons particulières pour se calmer : c'est l'amour-propre ordinairement qui les fournit. La souveraine raison, c'est ce que Dieu veut. La volonté de Dieu sainte en elle-même, est elle seule sa raison.
Prenons garde néanmoins que ce ne soit pas par paresse ou par une espèce de désespoir, et pour nous donner un faux repos, que nous ayons recours à la volonté de Dieu. Elle nous fait reposer, mais en agissant et en faisant ce qu'il faut : elle nous fait reposer dans la douleur comme dans la joie, selon qu'il plaît à celui qui sait ce qui nous est bon. Elle nous fait reposer, non dans notre propre contentement, mais en celui de Dieu : le priant de se contenter et de faire toujours de nous ce qu'il lui plaira. Qu'importe de ce que nous devenions sur la terre? « il n'y a qu'une chose à vouloir : c'est, Seigneur, d'habiter dans votre maison pour y voir la volupté du Seigneur * » et le louer aux siècles des siècles.
Commençons dès cette vie et chantons avec David, ou plutôt avec Jésus-Christ, l'hymne de la sainte volonté : « Me voici, Seigneur, et je viens pour accomplir votre volonté K »
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jÉSUS-CHRIST EST LE SACRIFICE POUR LE PÉCHÉ : EXCELLENCE DE SON