‹ Elévations sur les mystèresChapitre 117 sur 229 · XIII* SEMAINE. — V^ ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

XIII* SEMAINE. — V^ ÉLÉVATION

C'était assez que tout le monde sût qu'ils étaient parents et de môme race.

En second lieu, il est inutile de se tourmenter à concilier les deux généalogies de saint Mathieu et de saint Luc. La loi qui ordonnait au cadet d'épouser la veuve de son aîné mort sans enfants, pour en faire revivre la tige et lui donner une postérité *, introduisait par nécessité, parmi les Juifs, deux sortes de généalogies, une naturelle et l'autre légale. Il y a beaucoup de raison de croire que saint Mathieu, qui se sert partout du mot « d'engendrer 2, » l'a choisi pour marquer plus expressément la généalogie naturelle, plus propre à la désigner, que le terme plus vague et plus général dont s'est servi saint Luc 3. Quoi qu'il en soit, le Saint-Esprit a voulu que nous sussions qu'en quelque sorte qu'on voulût compter la race de Jésus-Christ, il venait toujours de Juda et de David, et delà famille royale.

En troisième lieu, il fallait à la vérité que Jésus-Christ eût pour aïeux tous les rois de Juda sortis de David, afin de marquer au peuple que, vrai roi des Juifs, ce titre lui était comme héréditaire : mais toutefois l'humble Jésus, à qui Dieu avait destiné une noblesse royale, ne sort point de cette maison dans son grand éclat, mais dans le temps de sa décadence, où déchue de la royauté, elle subsistait dans les plus vils artisans, par où aussi il devait paraître que son trône était d'une autre nature et d'une au^re élévation que celui de ses ancêtres.

En quatrième lieu, il fallait aussi qu'il naquît de la tribu de Juda ; de laquelle, comme le remarque saint Paul *, « Moïse n'a rien prononcé sur le sacerdoce. » Car le sacerdoce de Jésus- Christ devant être d'un autre ordre que celui d'Aaron ;si Jésus- Christ était de son sang, on aurait cru qu'il aurait tiré son sacerdoce comme héréditaire de la famille d'Aaron, au lieu que, comme on va voir, il le devait tirer d'une autre origine.

En cinquième lieu, quoique Jésus-Christ dût descendre de Juda, et non de Lévi ni d'Aaron, il convenait qu'il y eût quelque parenté entre sa famille et celle d'Aaron : ce qui fait que la sainte Vierge était cousine d'Elisabeth, et que ces deux saintes parentes ont eu des ancêtres communs : par où il paraît qu'encore que le sacerdoce d'Aaron ne put être celui de Jésus-Christ, il ne de-

* Deut., XXV, 5, 6. — 2 Matih., i, 12, 13 ot seq. — ^Luc, lu, 23, U. — * llebr., vu, 14.

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vait pas lui être entièrement étranger, et qu'il devait y avoir de l'alliance entre les deux.

En sixième lieu, pour en revenir à la famille royîjle qui était proprement celle du Sauveur, il faut observer qu'encore qu'il iùl le Saint des saints, non seulement il est sorti de rois pécheurs et méchants, mais encore que les seules femmes qu'on marque comme ses aïeules sont une Thamar, uneRulh Moahite et sortie d'une race infidèle ; et enfin une Bethsabée, une adultère ^ : tout cela se fait pour l'espérance des pécheurs, dont Jésus-Christ ne veut pas être éloigné et ne dédaigne pas le sang; mais il s'en montre le Rédempteur.

Apprenons à mépriser les hommes du monde, si enflés de l'antiquité souvent imaginaire de leur race, dont ils cachent avec tant de soin les endroits faibles. Ne mettons point notre gloire dans nos ancêtres, dont le plus grand nombre, et peut-être les plus renommés, augmente depuis si longtemps celui des damnés ; et ne songeant point à nous illustrer par leurs noms maudits de Dieu, glorifions-nous d'être ses enfants : unissons-naus au Fils, et en disant avec saint Paul, « qu'il est le Sauveur des pécheurs ^, » ajoutons toujours avec cet Apôtre: «Desquels je suis le premier, » puisque chacun d'un certain côté est le plus grand et le premier, comme le plus ingrat de tous les pécheurs.

VI» ÉLÉVATION

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