XV* SEMAINE. — 111" ÉLÉVATION
péché, par nos vices et par tous nos mauvais désirs : ce sont là nos vrais ennemis, qui seuls aussi peuvent nous perdre. Jésus- Christ nous délivre aussi des ennemis visibles, en nous apprenant non seulement à ne les craindre plus, mais encore à les vaincre par la charité et par la patience, selon ce que dit saint Paul ^ : « Ne vous laissez pas vaincre par le mauvais, mais surmontez le mauvais par l'abondance du bien : » soigneux de gagner par la charité vos frères qui vous persécutent, « et entassant des charbons sur leurs têtes » pour les échauffer et fondre la glace de leurs cœurs endurcis.
C'est ainsi que le Sauveur nous apprend à vaincre nos ennemis. Mais s'il faut qu'ils soient vaincus manifestement, Dieu les mettra à nos pieds d'une autre sorte, comme il y a mis les tyrans persécuteurs de l'Église. Et si les Juifs avaient été fidèles à leur Messie, je ne doute pas que Dieu ne les eût tirés de leur servitude d'une manière éclatante, pour les faire marcher sans crainte et servir Dieu en paix.
Quand donc Dieu fait prospérer son peuple contre les ennemis qui les oppriment, qu'ils regardent ces heureux succès comme une grâce du libérateur qui leur est venu, et qu'ils en profitent pour mieux servir Dieu : autrement, et s'ils en abusent pour mener une vie plus licencieuse, la paix n'est pas une paix sainte et chrétienne, mais un fléau de Dieu plus terrible que la guerre môme.
Mais les véritables ennemis dont la défaite nous est promise par le Sauveur, sont les démons nos vainqueurs dès l'origine du monde, et nos convoitises qui nous font la guerre dans nos membres, et nos péchés qui nous accablent, et nos faiblesses qui nous tuent, et les terreurs de la conscience qui ne nous laissent aucun repos. Voilà les vrais ennemis, les vrais maux dont Jésus-Christ nous délivre, « pour nous faire marcher sans crainte en sa présence ^. >»
Ce n'est pas assez de nous délivrer des maux : le règne de Jésus-Christ nous apporte la sainteté qui doit avoir deux qualités. La première est exprimée par ces paroles : « Afin que nous servions en sainteté et en justice devant lui ^ ; » c'esl-à-dire dans une parfaite et véritable sainteté qui ne soit point extérieure et
t Rom.y xii, 20, 21. — 2 Luc, i, 74. — 3 IOîd.,'tb,
aux yeux des hommes, mais aux yeux de Dieu. (>ur d.'irisle règne de Jésus-(21irist, il ne s'agit pus de purifications extérieures, ni de vaines cérémonies, ni d'une justice superficielle *: il faut ôtre saint à fond, se tenir sous les yeux de Dieu, faire tout uniquement pour celui qui sonde le fond des cœurs, et ne songer qu'à lui plaire. Ce n'est pas assez : il faut persévérer dans cet état : une vertu passagère n'est pas digne de Jésus-Christ. Ceux qui, transportés parla douceur d'une dévotion nouvelle, se retirent à la première tentation sont ceux qu'il appelle « temporels 2, » ou justes pour un certain temps, et non pour toujours. La preuve du vrai chrétien est la persévérance; et la grâce que Jésus-Christ nous apporte est une grâce qui premièrement nous fait vraiment justes devant Dieu, et secondement nous fait justes, persévérants, marchant courageusement et humblement à la fois sous les yeux de Dieu durant toute la suite de nos jours.
Commençons par une vie nouvelle sous le règne de Jésus- Christ : soyons justes à ses yeux, en exterminant pour l'amour de lui toute tache qui offenserait ses regards, et pratiquant une vertu ferme et sévère qui ne se relâche jamais ni en rien.
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