‹ Elévations sur les mystèresChapitre 137 sur 229 · LE CANTIQUK DES ANGES · texte numérisé non relu

LE CANTIQUK DES ANGES

« Gloire à Dieu au plus haut des deux, elpaix sur la terreaux hommes de bonne volonté ^ » La paix se publie par toute lu terre : la paix de l'homme avec Dieu parla rémission des péchés : la paix des hommes entre eux : la paix de l'homme avec luimême par le concours de tous ses désirs à vouloir ce que Dieu veut. Voilà la paix que les anges chantent et qu'ils annoncent à tout l'univers.

Cette paix est le sujet de la gloire de Dieu. Ne nous réjouissons pas de cette paix à cause qu'elle se fait sentir à nous dans nos cœurs, mais à cause qu'elle glorifie Dieu dans le trône de sa gloire : élevons-nous aux lieux hauts, à la plus grande hauteur du trône de Dieu, pour le glorifier en lui-môme et n'aimer ce qu'il fait en nous que par rapport à lui.

Chantons dans cet esprit avec toute l'Église : Gloria inexcelsis Deo, Toutes les fois qu'on entonne ce cantique angélique, entrons dans la musique des anges par le concert et l'accord de tous nos désirs : souvenons-nous de la naissance de Notre-Seigneur qui a fait naître ce chant : disons de cœur toutes les paroles que l'Église ajoute pour interpréter le cantique des anges : Nous vous louons : nous vous adorons : Laudamus te : adoramus te; et surtout : Gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam : Nous vous rendons grâces à cause de votre grande gloire : nous aimons vos bienfaits à cause qu'ils vous glorifient, et les biens que vous nous faites à cause que votre bonté en est honorée.

« Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. » Le mot de l'original qu'on explique par /a bonne volonté signifie la bonne volonté de Dieu pour nous, et nous marque que la paix est donnée aux hommes chéris de Dieu.

L'original porte mot à mot : « Gloire à Dieu dans les lieux hauts: paix sur la terre : bonne volonté du côté de Dieu dans les hommes. » C'est ainsi qu'ont lu de tout temps les Églises d'Orient. Celles d'Occident y reviennent en chantant la paix aux

* Luc.f II, 14.

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hommes de bonne volonté, c'est-à-dire premièrement à ceux à qui Dieu veut du bien ; et en second lieu à ceux qui ont euxmômos une bonne volonté, puisque le premier effet de la bonne volonté que Dieu a pour nous est de nous inspirer une bonne volonté envers lui.

La bonne volonté est celle qui est conforme à la volonté de Dieu : comme elle est bonne par essence et par elle-même, celle qui lui est conforme est bonne par ce rapport. Réglons donc noire volonté par celle de Dieu, et nous serons des hommes de bonne volonté, pourvu que ce ne soit pas par insensibilité, par indolence, par négligence et pour éviter le travail, mais par la foi que « nous rejetions tout sur Dieu ^ » Les âmes molles et paresseuses ont plus tôt fait en disant tout à coup : Que Dieu fasse ce qu'il voudra, et ne se soucient que de fuir la peine et l'inquiétude. Mais pour être véritablement conforme à la volonté de Dieu, il faut savoir lui faire un sacrifice de ce qu'on a de plus cher, et avec un cœur déchiré lui dire : Tout est à vous : faites ce qu'il vous plaira. Comme le saint homme Job, qui ayant perdu en un jour tous ses biens et tous ses enfants, comme on venait coup sur coup lui en rapporter la nouvelle, se jetant à terre, adora Dieu et dit : « Le Seigneur m'avait donné tout ce que j'avais, le Seigneur me l'a ôté : il en est arrivé ainsi qu'il a plu au Seigneur : le nom du Seigneur soit béni *. » Celui qui adore en cette sorte est le vrai homme de bonne volonté; et élevé audessus des sens et de sa volonté propre, il glorifie Dieu dans les lieux hauts. C'est ainsi qu'il a la paix et il tâche de calmer le trouble de son cœur, non point à cause qu'il le peine, mais parce qu'il empêche la perfection du sacrifice qu'il veut faire à Dieu : autrement il ne chercherait qu'un faux repos ; et voilà ce que c'est que la bonne volonté.

La bonne volonté, c'est le sincère amour de Dieu ; et comme parle saint Paul, « c'est la charité d'un cœur pur, d'une conscience droite et d'une foi qui ne soit pas feinte ^. » La foi est feinte en ceux où elle n'est pas soutenue parles bonnes œuvres; et les bonnes œuvres sont celles où l'on cherche à contenter Dieu, et non pas son humeur, son inchnation, son propre désir. Alors quand on cherche Dieu avec une intention pure, les œu-

1 I Pet)'., V, 7. —2 ./o6.,i, 21, 12. — 3 II Tvnoth., i, 5.

vro.s sont pleines : sinon l'on reçoit de Jésus-ChrisL ce reproche « Je ne trouve pas vos œuvres pleines devant mon Uieu *. »

V ÉLÉVATION

COMMENCEMENT DE l'ÉVANGILE.

Le commencement de l'Évangile est dans ces paroles de l'ange aux bergers : « Je vous annonce ; » de mot à mot, « Je vous évangélise, je vous apporte la bonne nouvelle qui sera le sujet d'une grande joie; » et c'est celle « de la naissance du Sauveur du monde ^. » Quelle plus heureuse nouvelle que celle d'avoir un Sauveur? Lui-même dans la première prédication qu'il fit dans la synagogue au sortir du désert nous explique ce sujet de joie parles paroles d'Isaïe, qu'il trouva à l'ouverture du livre : « L'esprit de Dieu est sur moi : c'est pourquoi le Seigneur m'a consacré par son onction : il m'a envoyé annoncer l'Évangile aux pauvres, et leur porter la bonne nouvelle de leur délivrance, pour guérir ceux qui ont le cœur affligé ; pour annoncer aux captifs qu'ils vont être mis en liberté, et aux aveugles qu'ils vont recevoir la vue ; renvoyer en paix ceux qui sont accablés de maux; publier l'année de miséricorde et le pardon du Seigneur, et le jour où il rendra » aux gens de bien « leur récompense 3, » comme le châtiment aux autres.

Quelle joie pareille pouvait-on donner aux hommes de bonne volonté, et quel plus grand sujet de joie ? Mais n'est-ce pas en même temps le plus grand sujet de glorifier Dieu? Et que peuvent désirer les gens de bien, que de voir Dieu exalté par tant de merveilles? Voilà donc ce que c'est que l'Évangile : c'est en apprenant l'heureuse nouvelle de la délivrance de Thomme, se réjouir d'y voir la plus grande gloire de Dieu. Élevons-nous aux lieux hauts, à la plus sublime partie de nous-mêmes : élevonsnous au-dessus de nous, et cherchons Dieu en lui-même pour nous réjouir avec les anges de sa grande gloire.

* Apoc.f II, 2.-2 Luc, II, 10. — ^ Ibid., iv, 18, 19; Isa., lxi, 1, 2.

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