TOME VII
XII« ÉLÉVATION
LE SILENCE ET l'aDMIRATION DK MARIE ET DE JOSKPH.
Nous avons vu les bergers s'en retourner, glorifiant Dieu et le faisant glorifier à tous ceux qui les écoutaient : mais voici quelque chose encore de plus merveilleux et de plus édifiant : « Marie conservait toutes ces choses, les repassant dans son cœur. » Et dans la suite : « Le père et la mère de Jésus étaient dans l'admiration des choses qu'on disait de lui ^ » Je ne sais s'il ne vaudrait pas peut-être mieux s'unir au silence de Marie, que d'en expliquer le mérite par nos paroles. Car qu'y a-t-il de plus admirable, après ce qui lui a été annoncé par l'ange, après ce qui s'est passé en elle-même, que d'écouter parler tout le monde et demeurer cependant la bouche fermée? Elle a porté dans son sein le Fils du Très-Haut : elle l'en a vu sortir comme un rayon de soieiî, d'une nuée, pour ainsi parler, pure et ïumineuse. Que n'a-t-elle pas senti par sa présence? Et si pour en avoir approché, Jean dans le sein de sa mère a ressenti un tressaillement si miraculeux, quelle paix, quelle joie divine n'aura pas sentie la sainte Vierge à la conception du Verbe que le Saint-Esprit formait en elle! Que ne pourrait-elle donc pas dire elle-même de son cher fils? Cependant elle le laisse louer par tout le monde : elle entend les bergers; elle lie dit mot aux mages qui viennent adorer son fils : elle écoute Siméon et Anne la prophétesse, elle ne s'épanche qu'avec sainte Elisabeth, dont la visite avait fait une prophétesse; et sans ouvrir seulement la bouche avec tous les autres, elle fait l'étonnée et l'ignorante : Erant mirantes. Joseph entre en part de son silence comme de son secret, lui à qui l'ange avait dit de si grandes choses, et qui avait vu le miracle de l'enfantement virginal. Ni l'un ni l'autre ne parlent de ce qu'ils voient tous les jours dans leur maison, et ne tirent aucun avantage de tant de merveilles. Aussi humble que sage, Marie se laisse considérer comme une mère vulgaire, et son Fils comme le fruit d'un mariage ordinaire.
Les grandes choses que Dieu fait au-dedans de ses créatures
* Luc-, II, 19, 33.
XVIh SEMAINE. — PREMIÈRE ÉLÉVATION. 259
opèrent naturellement le silence, le saisissement, je ne sais quoi de divin qui supprime toute expression. Car que dirait-on, et que pourrait dire Marie, qui pût égaler ce qu'elle sentait? Ainsi on tient sous le sceau le secret de Dieu, si ce n'est que lui-môme anime la langue et la pousse à parler. Les avantages humains ne sont rien, s'ils ne sont connus et que le monde ne les prise. Ce que Dieu fait a par soi-même son prix inestimable, que l'on ne veut goûter qu'entre Dieu et soi. Hommes, que vous êtes vains, et que vaine est l'ostentation qui vous presse à faire valoir aux yeux des hommes, aussi vains que vous, tous vos faibles avantages ! « Enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous un cœur pesant » et charnel? «jusques à quand aimerez-vous la vanité et vous plairez-vous dans le mensonge * ? » Tous les biens dont on fait parade sont faux en eux-mêmes : l'opinion seule y met le prix, et il n'}^ a de bien véritable que ce qu'on goûle seul à seul dans le silence avec Dieu. « Mettez-vous dans un saint loisir pour connaître que je suis Dieu : goûtez et voyez combien le Seigneur est doux 2. » Aimez la retraite et le silence : retirez-vous des conversations tumultueuses du monde : taisez-vous, ma bouche, n'étourdissez pas mon cœur qui écoute Dieu, et cessez d'interrompre ou de troubler une attention si douce : » Vacate et videte : gustate et videte quoniam suavis est Dominufi. Gustate et videte.