LA CIRCONCISION : LE NOM DE JÉSUS
Jésus souffre d'être mis au rang des pécheurs : il va comme un vil esclave porter sur sa chair un caractère servile et la marque
* Psal. lY, 3. — s Psal. xlv, 11, et xxxiii, 9.
du péché de noire origine. Le voila donc en apparence (ils d'Adam comnrie les autres : pécheur et i)anni par sa naissance : il fallait qu'il portât la marque du péché, comme il en devait porter la peine.
Cependant au lieu d'ôlre impur comme nous tous par son origine, par son origine il était saint, conçu du Saint-Esprit qui sanctifie tout, et uni en personne au Fils de Dieu, qui est le Saint des saints par essence. L'esprit qui nous sanctifie dans notre régénération est celui dont Jésus-Christ est conçu, dont sa sainte chair a été formée, et qui est infus naturellement dans son âme sainte : de sorte qu'il n'a pas besoin d'être circoncis : et il ne se soumet à cette loi que pour accomplir toute justice, en donnant au monde l'exemple d'une parfaite obéissance.
Cependant en recevant la circoncision, « il se rend, comme dit saint Paul, débiteur de toute la loi ^ » et s'y oblige, mais pour nous, afin de nous affranchir de ce pesant joug. Nous voilà donc libres par l'esclavage de Jésus : marchons en la liberté des enfants de Dieu, non plus dans l'esprit de crainte et de terreur, mais dans l'esprit d'amour et de confiance.
Le nom de Sauveur nous en est un gage : Jésus nous sauve du péché, ainsi qu'il a été dit ; et en remettant ceux qu'on avait commis, et en nous aidant à n'en plus commettre, et en nous conduisant à la vie oii l'on ne peut plus en commettre aucun.
C'est (v par son sang qu'il doit être notre Sauveur ^ : » il faut qu il lui en coûte du sang pour en recevoir le nom : ce peu de sang qu'il répand oblige à Dieu tout le reste, et c'est le commencement de la rédemption. Je vois, ô Jésus, toutes vos veines rompues, toutes vos chairs déchirées, votre tête et votre côté percés : votre sang voudrait couler tout entier à gros bouillons : vous le retenez, et le réservez pour la croix. Recevez donc le nom de Jésus; vous en êtes digne, et vous commencez à l'acheter par votre sang. Recevez ce nom, « auquel seul tout genou fléchit dans le ciel, dans la terre et dans les enfers ^ : L'Agneau qui répand son sang est digne de recevoir toute adoration, tout culte, tonte louange, toute action de grâces * : et j'ai entendu toute créature et dans le ciel, et sur la terre, et sous la terre, qui criaient 4'une grande voix : Salut à notre Dieu ^. »
i Galat., V, 1-3 et seq. — 2 Hebr., ix, 12, 14 et seq. — ^ Philip. y ir, 10.. — * Apoc, v, 12. — 6 Iôid.,\u, 10.
XVir SEMAINE. — ir ÉLÉVATION. 261
Le salut vient de lui, puisqu'il nous envoie le Sauveur : salut à l'agneau, qui est le Sauveur lui-même, salut à nous, qui participons à son nom : s'il est le Sauveur, nous sommes les sauvés^ et nous portons ce glorieux nom devant qui tout l'univers fléchit et les démons tremblent. Ne craignons rien : tout est à nos pieds : songeons seulement à nous surmonter nous-mêmes : il faut tout vaincre, puisque déjà nous portons le nom du vainqueur : « Prenez courage, dit-il, j'ai vaincu le monde * : » et « je mettrai dans mon trône celui qui remportera la victoire ^. »
\V ÉLÉVATION
l'étoile des mages.
Voici les premiers fruits du sang de Jésus parmi les gentils.
« Nous avons vu son étoile ^. » Qu'avait cette étoile au-dessus des autres, qui annoncent dans le ciel la gloire de Dieu? qu'avaitelle plus que les autres, pour mériter dêlre appelée l'étoile du Roi des rois, du Christ qui venait de naître, et d'y amener les mages? Balaam, prophète parmi les gentils, dans Moab et en Arabie, avait vu Jésus-Christ comme une étoile; et il avait dit : « Il se lèvera une étoile de Jacob *. » Cette étoile qui paraît aux mages était la figure de celle que Balaam avait vue : et qui sait si la prophétie de Balaam ne s'était pas répandue en Orient et dans l'Arabie, et si le bruit n'en était pas venu jusqu'aux mages? Quoi qu'il en soit, une étoile qui ne paraissait qu'aux yeux n'était pas capable d'attirer les mages au Roi nouveau-né : il fallait que l'étoile de Jacob et « la lumière du Christ ^ » se fût levée dans leur cœur. A la présence du signe qu'il leur donnait au dehors, Dieu les toucha au dedans par cette inspiration dont Jésus a dit : « Nul ne vient à moi, si mon Père ne le tire^. »
L'étoile des mages est donc l'inspiration dans les cœurs. Je ne sais quoi vous luit en dedans : vous êtes dans les ténèbres et dans les amusements, ou peut-être dans la corruption du monde : tournez vers l'Orient, où se lèvent les astres; tournez-vous à Jésus-Christ qui est à l'Orient; où se lève comme un bel astre l'amour de la vérité et de la vertu : vous ne savez encore ce que
» Joan., XVI, 33. — 2 Apoc, m, 21. — ^ Malth., 11, 1, 2. — * Num., îxiv, 17. — 5 Luc. y u, 32. — 6 Joan., vi, 4i.
c'est, non plus que les ni.iges, et vous savez seulement en confusion que cette nouvelle étoile vous mène au roi des Juifs, de> vrais enfants de Juda et de Jacob : allez, marchfiz, imitez les mages. « Nous avons vu son étoile, et nous sommes venus* : » nous avons vu, et nous sommes partis à l'instant. Pour aller où? nous ne le savons pas encore; nous commençons par quitter notre patrie. Quittez le monde de môme; le monde pour lequel la nouvelle étoile, la chaslfe inspiration qui vous ébranle le cœur, commence à vous insinuer un secret dégoût. Allez à Jérusalem : recevez les lumières de l'Église : vous y trouverez les docteurs qui vous interpréteront les prophéties, qui vous feront entendrr; les desseins de Dieu : et vous marcherez sûrement sous cette conduite.
Chrétien, qui que vous soyez qui lisez ceci; peut-être, car qui peut prévoir les desseins de Dieu? peut-être qu'à ce moment l'étoile se va lever dans votre cœur : allez : sortez de votre patrie, ou plutôt sortez du lieu de votre bannissement que vous prenez pour votre pairie, parce que c'est dans cette corruption que vous avez pris naissance : dès le ventre de votre mère, accoutumé à la vie des sens, passez à une autre région : apprenez à connaître Jérusalem, et la crèche de votre Sauveur, et le pain qu'il vous prépare à Bethléem.
III* ÉLÉVATION