‹ Elévations sur les mystèresChapitre 141 sur 229 · QUI SONT LES MAGES · texte numérisé non relu

QUI SONT LES MAGES

Les mages, sont-ce des rois absolus ou dépendants d'un plus grand empire ? Ou sont-ce seulement de grands seigneurs, ce qui leur faisait donner le nom de rois selon la coutume de leur pays ? Ou sont-ce seulement des sages, des philosophes, les arbitres de la religion dans l'empire des Perses, ou, comme on l'appelait alors, dans celui deS'Parthes, ou dans quelque partie de cet empire qui s'étendait par tout l'Orient? Vous croyez que j'aille résoudre ces doutes et contenter vos désirs curieux ; vous vous trompez : je n'ai pas pris la plume à la main pour vous apprendre les pensées des hommes : je vous dirai seulement que c'étaient les

* Maiih., II, 2.

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savants de leur pays, observateurs des astres, que Dieu prend paï leur attrait, riches et puissants, comme leurs présents le font paraître. S'ils étaient de ceux qui présidaient à la religion. Dieu s'était fait connaître à eux, et ils avaient renoncé au culte de leur pays.

C'est à quoi doivent mener les hautes sciences. Philosophes de nos jours, de quelque rang que vous soyez, ou observateurs des astres, ou contemplateurs de la nature intérieure, et attachés à ce qu'on appelle physique, ou occupés des sciences abstraites qu'on appelle mathématiques, où la vérité semble présider plus que dans les autres : je neveux pas dire que vous n'ayez de dignes objets de vos pensées . car de vérité en vérité vous pouvez aller jusqu'à Dieu, qui est la vérité des vérités, la source de la vérité, la vérité même, où subsistent les vérités que vous appelez éternelles, les vérités immuables et invariables qui ne peuvent pas ne pas être vérités, et que tous ceux qui ouvrent les yeux voient en eux-mêmes, et néanmoins au-dessus d'eux-mêmes, puisqu'elles règlent leurs raisonnements comme ceux des autres, et président aux connaissances de tout ce qui voit et qui entend, soit hommes, soit anges. C'est cette vérité que vous devez chercher dans vos sciences. Cultivez donc ces sciences ; mais n,e vous y laissez point absorber : ne présumez pas et ne croyez pas être quelque chose plus que les autres, parce que vous savez les propriétés et les raisons des grandeurs et des petitesses : vaine pâture des esprits curieux et faibles qui après tout ne mène à rien qui existe, et qui n'a rien de solide qu'autant que, par l'amour de la vérité et l'habitude de la connaître dans des objets certains, elle fait chercher la véritable et utile certitude en Dieu seul.

Et vous,\pbservateurs des astres, je vous propose une admirable manière de les observer. Que David était un sage observateur des astres, lorsqu'il disait : « Je verrai vos cieux, l'œuvre de vos mains, la lune et les étoiles que vous avez fondées M » Figurez-vous une nuit tranquille et belle, qui dans un ciel net et pur étale tous ses feux. C'était pendant une telle nuit que David regardait les astres, car il ne parle point du soleil : la lune et l'arriiée du ciel qui la suit faisait l'obje'. de la contemplation. Ailleurs il dit encore ; « Les cieux racontent la gloire de Dieu, »

* Psal. vin, 4.

,nais dans la suite il s'arrùle sur le soleil : «Dieu a établi, dit-il, sa demeure dans le soleil, qui sort richement paré comme fait un nouvel époux du lieu de son repos \ » et le reste : de là il s'élève à la lumière plus belle et plus vive de la loi. Voilà ce qu'opère dans l'esprit de David la beauté du jour. Mais dans l'autre psaume, où il ne voit que celle de la nuit, il jouit d'un sacré silence; et dans une belle obscurité il contemple la douce lumière que lui présente la nuit, pour de là s'élever à celui qui luit seul parmi les ténèbres. Vous qui vous relevez pendant la nuit, et qui élevez à Dieu des mains innocentes dans l'obscurité et dans le silence, solitaires, et vous, chrétiens, qui louez Dieu durant les ténèbres, dignes observateurs des beautés du ciel, vous verrez l'étoile qui vous mènera au grand Roi qui vient de naître.

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d'où viennent les mages?

D'où ils viennent? De loin ou de près? Sont-ils venus en ce peu de jours qui s'écoulent entre la Nativité et l'Epiphanie, comme Tancienne tradition de l'Église semble l'insinuer? ou y a-t-il ici quelqu' autre secret? Sont-ils venus de plus loin, avertis peut-être avant la nativité du grand Roi, pour arriver au temps convenable ? Qui le pourra dire, et que sert aussi que nous le disions? N'est-ce pas assez de savoir qu'ils viennent du pays de l'ignorance, du milieu de la gentilité où Dieu n'était pas connu, ni le Christ attendu et promis? Et néanmoins guidés d'en haut, ils viennent à Dieu et à son Christ, comme les prémices sacrées de l'Église des gentils.

A la venue du Christ, le monde s'ébranle pour venir reconnaître le Dieu véritable oublié depuis tant de siècles. « Les rois d'Arabie et de Tharsis, les Sabéens, » les Égyptiens, les Chaldéens, « les habitants des îles les plus éloignées, viendront » à leur tour « pour adorer Dieu et faire leurs présents ^ » au roi des Juifs. Apportez, provinces des gentils : « Venez rendre au Seigneur honneur et gloire : apportez-lui, » comme le seul présent digne de lui, « la glorification de son nom ^. »

' Psal. XVIII, 2, 6, 8, 9 et seq. — ^ Psal. lxxi,9-11. —3 Psal. xxviii, 2.

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Pourquoi Dieu appelle-t-il aujourd'hui des sages et des philosophes? « Il n'y a pas plusieurs sages, ni plusieurs savants : il n'y a pas plusieurs riches, ni plusieurs nobles parmi vous, disait saint Paul, parce que Dieu veut confondre les savants et les puissants de la terre par les faibles et par ceux qu'on estime fols, et ce qui est par ce qui n'est pas *. » 11 veut pourtant commencer par le petit nombre des sages gentils qui viennent adorer Jésus, parce que ces sages et ces savants, dès qu'ils voient paraître l'étoile, et à sa première clarté, renoncent â leurs lumières pour venir à Jérusalem et aux docteurs de l'Église, par où il faut arriver à ce que Dieu leur inspire de cherch^er. Soumettez, sages du monde, toutes vos lumières, et celles-là mômes qui vous sont données d'en haut, à la doctrine de l'Église, parce que Dieu qui vous éclaire, vous veut faire humbles encore plus qu'éclairés.

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QUEL FUT LE NOMBRIi; DES MAGES?

On croit vulgairement qu'ils étaient trois, à cause des trois présents qu'ils ont offerts. L'Église ne le dit pas, et que nous importe de le savoir? C'est assez que nous sachions qu'ils étaient « de ce nombre connu de Dieu, du petit nombre, du petit troupeau que Dieu choisit ^. » Regardez la vaste étendue de l'Orient et celle de tout l'univers : Dieu n'appelle d'abord que ce petit nombre; et quand le nombre de ceux qui le servent sera augmenté, ce nombre, quoique grand en soi, sera petit en comparaison du nombre infini de ceux qui périssent. Pourquoi? « 0 homme I qui ôtes-vous pour interroger Dieu ^, » et lui demander raison de ses conseils? Profilez de la grâce qui vous est offerte, et laissez à Dieu la science de ses conseils et des causes de ses jugements. Vous êtes tenté d'incrédulité à la vue du petit nombre des sauvés, et peu s'en faut que vous ne rejetiez le remède qu'on vous présente : comme un malade insensé, qui dans un grand hôpital, oii un médecin viendrait à lui avec un remède infaillible, au lieu de s'abandonner à lui, regarderait à droite et à gauche ce qu'il ferait des autres. Malheureux, songe à ton salut, sans promener

* I Cor., I, 26-28. — « Matth., vu, 14, 23; xx, 16; Luc, xii, 32. — Bom., IX. 20

sur le reste des malades ta folle et superbe curiosité. Les mage.ont-ils dit dans leur cœur : N'allons pas : car pourquoi aussi Dieu n'appelle-t-il pas tous les hommes? Ils allèrerjt, ils virent, ils adorèrent, ils otï'rirent leurs présents : ils furent sauves.

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l'étoile DISPARAIT.

Soit que Dieu voulût faire connaître qu'il allait punir les Juifs ingrats par la soustraction de ses lumières; soit que l'étoile qui conduisait au roi pauvre, et l'ange qui la guidait, ne voulût point se montrer où paraissait la pompe d'une cour royale et maligne; soit que l'on n'eût pas besoin de lumière extraordinaire où luisait comme dans son lieu celle de la loi et des prophètes, i'étoile que les mages avaient vue en Orient se cacha dans Jérusalem i, et ne reparut aux mages qu'au sortir de cette ville, qui tue les prophètes et qui ne connut pas le jour où Dieu venait la visiter.

C'est ici encore une figure de l'inspiration. Elle se cache souvent : la lumière qui nous avait paru d'abord se cache tout d'un coup dans les ténèbres : l'âme éperdue ne sait plus où elle en est, après avoir perdu son guide. Que faire alors? Consultez et écoutez les docteurs qui vous conduiront par la lumière des Écritures. L'étoile reparaîtra avec un nouvel éclat. Vous la verrez marcher devant vous plus claire que jamais : et comme les mages vous serez transportés de joie. Mais durant le temps d'obscurité, suivons les guides spirituels et les ministres ordinaires que Dieu a mis sur le chandelier de la cité sainte.

VIP ÉLÉVATION.

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