XVII* SEMAINE. — IX« ÉLÉVATION
paraît de nouveau et les mène où était l'enfanta » Fut-ce à l'étabie ou à la crèche? Joseph et Marie y laissèrent-ils l'enfant, et ne songèrent-ils point, ou bien ne purent-ils point pourvoir à un logement plus commode? Contentons-nous des paroles de l'Évangile : « L'étoile s'arrêta sur le lieu où était l'enfant. » Sans doute, ou dans le lieu de sa naissance, ou auprès, puisque c'était là qu'on les avait adressés : et on doit croire que ce fut à Bethléem môme, afin que ces pieux adorateurs vissent l'accomplissement de la prophétie qu'on leur avait enseignée. Quoi qu'il en soit, « ils l'adorèrent et lui firent leurs présents 2. »
Faisons les nôtres à leur exemple, et que ces présents soient magnifiques. Les mages offrirent avec abondance, et de l'or, et les parfums les plus exquis, c'est-à-dire l'encens et la myrrhe.
Recevons l'interprétation des saints docteurs et que l'Église approuve : on lui donne de l'or comme à un roi ; l'encens honore sa divinité, et la myrrhe son humanité et sa sépulture, parce que c'était le parfum dont on embaumait les morts.
li'or que nous devons offrir à Jésus- Christ, c'est un amour pur : une ardente charité qui est cet or appelé dans l'Apocalypse « l'or purifié par le feu » qu'il faut « acheter de » Jésus-Christ 2.
Comment est-ce qu'on achète l'amour ? par l'amour même : en aimant on apprend à mieux aimer; en aimant le prochain et en lui faisant du bien, on apprend à aimer Dieu, et c'est à ce prix qu'on achète son amour. Mais c'est lui qui commence en nous cet amour, qui va sans cesse s'épurant au feu des afflictions par la patience.
« Je vous conseille, dit Jésus-Christ, d'acheter de moi cet or ♦ : » obtenez-le par vos prières : n'épargnez aucun travail pour 1 acquérir : joignez-y l'encens. Qu'est-ce que l'encens du chrétien? L'encens est quelque chose qui s'exhale, qui n'a son effet qu'en se perdant : exhalons-nous devant Dieu en pure perte de nousmêmes, puisque « celui qui perd son âme la gagne* : » celui qui renonce à soi-même, celui qui s'oublie, qui se consume lui-môme devant Dieu, est celui qui lui offre de l'encens : épanchons nos cœurs devant lui : offrons-lui de saintes prières qui montent au ciel, tout ensemble qui se dilatent dans l'air, et qui édifient toute l'Église. Disons avec David : « J'ai en moi mon
» Matth., ir, 9.-2 Ibid., U. — » Apoc, m, 18. — * /6frf. — 8 Malth., XVI, 25; Luc, xiv, 33.
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oraison au Dieu de ma vie* : » j'ai en moi renceiis que je lui ollVirai el l'agréaljle parfum qui pénétrera jusqu'à lui. Ce n'esi ricn,*si nous n'y ajoutons encore la myrrhe, c'est-à-dire un doux souvenir de la passion et de la sépulture du Sauveur, « ensevelis avec lui 2, » comme dit saint Paul. Car sans la mort il n'y a point d'oblation sainte : il n'y a point de vertu ni de bon exemple.
Après avoir offert ces présents à Dieu, croirons-nous ôtfe quilles envers lui? non, puisqu'au contraire, en lui donnant œ que nous lui devons, nous contractons une nouvelle dette ^ ; « Nous vous donnons, disait David, parmi ces riches offrandes, ce que nous avons reçu de votre main *. » Combien plus avonsnous reçu de sa main cet or de la charité, cet encens intérieur de noire cœur épanché dans la prière, cette pieuse et tendre méditation de la passion et de la mort de Jésus-Christ! Je le reconnais, ô Sauveur: plus je vous offre, plus je vous suis redevable : tout mon bien est à vous, et sans en avoir besoin, vous agréez ce que je vous donne, à cause que c'est vous-même qui me l'avez premièrement donné, et que rien n'est agréable à vos yeux que ce qui porte votre marque et qui vient de vous.
Mais que donnerons-nous encore à Jésus-Christ? le mépris des biens de la terre. Que les mages sortirent contents de trouver le Roi des Juifs, qu'ils étaient venus chercher de si loin, que l'étoile, que la prophétie leur avait montré; de le trouver, disje, ou dans son étable, ou dans un lieu toujours pauvre, sans faste, sans appareil : qu'ils retournèrent contents de l'usage qu'ils avaient fait de leurs richesses en les lui offrant! Offronslui' tout dans ses pauvres : la partie que nous leur donnons de nos biens est la seule qui nous demeure ; et par celle-là que nous quittons, nous devons apprendre à nous dégoûter, a nous détacher de l'autre. /
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