‹ Elévations sur les mystèresChapitre 159 sur 229 · CONTRADICTIONS CONTRE JÉSUS-CHRIST SUR LE MYSTÈRE DE LA GRACE · texte numérisé non relu

CONTRADICTIONS CONTRE JÉSUS-CHRIST SUR LE MYSTÈRE DE LA GRACE

Voici encore un écueil terrible pour l'orgueil humain. L'homme dit en son cœur: J'ai mon franc arbitre: Dieu m'a fait libre, et je me veux faire juste : je veux que le coup qui décide de mon salut éternellement vienne primitivement de moi. Ainsi on veut par quelque coin se glorifier en soi-même. Oîi allez-vous, vaisseau fragile? vous allez vous briser contre Técueil, et vous priver du secours de Dieu qui n'aide que les humbles, et qui les fait humbles pour les aider. Connaissez-vous bien la chute de votre nature pécheresse; et après même en avoir été relevé, l'extrême langueur, la profonde maladie qui vous en reste '^ Dieu veut que vous lui disiez : « Guérissez-moi ^; » car à tout moment je me meurs, et je ne puis rien sans vous. Dieu veut que vous lui demandiez toutes les bonnes actions que vous devez faire : quand vous les avez faites. Dieu veut que vous lui rendiez grâces de les avoir faites. 11 ne veut pas pour cela que vous demeuriez sans action, sans effort ; mais il veut qu'en vous efforçant comme si vous deviez agir tout seul, vous ne vous

* Joaîi., IV, !6. — 2 Psal. vi, 3.

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glorifiiez non plus en vous-même que si vous ne faisiez rien. Je ne puis : je veux trouver quelque chose à quoi me prendre dans mon libre arbitre, que je ne puis accorder avec cet abandon à la grâce. Superbe contradicteur, voulez-vous accorder ces choses, ou bien croire que Dieu les accorde? Il les accorde îellement qu'il veut, sans vous relâcher de votre action, que vous lui attribuiez finalement tout l'ouvrage de votre salut: car il est le Sauveur; et il dit: « Il n'y a point de Dieu qui sauw que moi *. » Croyez bien que Jésus-Christ est Sauveur, et toutes ies contradictions s'évanouiront.

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SOLUTION MANIFESTE DES CONTRADICTIONS PAR l'aUTORITÉ DE L*ÉGLISE.

Seigneur, vos mystères sont enveloppés de ténèbres. Vous avez répandu dans votre Écriture des obscurités vénérables à la vérité, mais enfin qui déconcertent notre faible esprit: je tremble en les voyant, et je ne sais par où sortir de ce labyrinthe. — Vous ne savez par où en sortir? Mais Jésus a-t-il parlé obscurément de son Église ? N'a-t-il pas dit qu'il la mettait sur « une montagne 2, » afin qu'elle fût vue de tout le monde? N'a-t-il pas dit « qu'il la posait sur le chandelier, afin qu'elle luisît à tout l'univers ^7 N'a-t-il pas dit assez clairement: « Les portes d'enfer ne prévaudront pas contre elle*?» N'a-t-il pas assez clairement renvoyé jusqu'aux moindres difficultés à la décision de l'Église, et rangô « parmi les païens et les péagers* » ceux qui refuseraient d'en passer par son avis ? Et lorsque montant aux cieux on aurait pu croire qu'il la laissait destituée de son assistance, n'a-t-il pas dit: « Allez, baptisuz, enseignez; et voilà que je suis avec vous » enseignant ainsi et baptisant, « jusqu'à la fin des siècles ^?)) Si donc vous avez des doutes, allez à l'Église : elle est en vue: elle est toujours inébranlable, immuable dans sa foi, toujours avec Jésus-Christ et Jésus-Christ avec elle. Disons ici encore une fois : « Dieu a tant aimé le monde, « que pour en résoudre les doutes il n'a point laissé de doute sur son Église qui les doit résoudre.

1 Isa., xLin, 8, II. — 2 Matlh., v, 14. — 3 jfnd., 15. — * Ibid , xm, t8. — 5 Ibid., XVIII, 17. — 6 lOid., xxviii, 19, 20.

Mais combien de sociétés prennent le titre d'Kglise? Pouvezvous vous y tromper? Ne voyez-vous pas que celle qui a toujours élé, celle qui demeure toujours sur sa base, celle qu'on ne peut pas seulement accuser de s'être séparée d'un autre corps et dont tous les autres corps se sont séparés, portant sur leur front le caractère de leur nouveauté ; ne voyez-vous pas encore un coup que c'est celle qui est l'Église? Soumettez-vous donc. Vous ne pouvez? j'en vois la cause; vous voulez juger par vousmême: vous voulez faire votre règle de votre jugement: vous voulez être plus savant et plus éclairé que Içs autres : vous vous croyez ravili en suivant le chemin battu, les voies communes: vous voulez être auteur, inventeur, vous élever au-dessus des autres par la singularité de vos sentiments : en un mot, vous voulez, ou vous faire un nom parmi les hommes, ou vous admirer vous-même en secret comme un homme extraordinaire. Aveugle conducteur d'aveugles, en quel abîme vous allez vous précipiter avec tous ceux qui vous suivront! Si vous étiez tout à fait aveugle, vous trouveriez quelque excuse dans votre ignorance: « mais vous dites: Nous voyons, » nous entendons tout, et le secret de l'Écriture nous est révélé : « Votre péché demeure en vous ^ »

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l'humilité résout toutes les difficultés.

Pourquoi nous renvoyer à l'Église? Ne pouviez-vous pas nous éclairer par vous-même, et rendre votre Écriture si pleine et si claire qu'il n'y restât aucun doute ? Superbe raisonneur, n'entendez-vous pas que Dieu a voulu faire des humbles ? Votre maladie, c'est l'orgueil: votre remède sera l'humilité : votre orgueil vous révolte contre Dieu: l'humilité doit être votre véritable sacrifice. El pourquoi a-t-il répandu dans son Écriture ces ténèbres mystérieuses, sinon pour vous renvoyer à l'autorité de l'Église où l'esprit de la tradition, qui est celui du Saint-Esprit, décide tout? Ignorez-vous, vous qui vous plaignez de l'obscurité des Écritures, que sa trop grande lumière vous éblouirait plus

» Joan.. IX, 41.

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que ses saintes ténèbres ne vous confondent? N'avez-vous pas vu les Juifs demander à Jésus qu'il s'explique; et Jésus s'expliquer de sorte, quand il l'a voulu, qu'il n'y avait plus d'ambiguïté dans ses discours? Et qu'en est-il arrivé? Les Juifs en ont-ils été moins incrédules? Point du tout: la lumière môme les a éblouis : plus elle a été manifeste, plus ils se sont révoltés contre elle: et si on le veut entendre, la lumière a été plus obscure, et plus ténébreuse pour leurs yeux malades, que les ténèbres mêmes.

Enfin par-dessus toutes choses, vous avez besoin de croire que ceux qui croient doivent tout à Dieu ; qu'ils sont, comme dit le Sauveur, « enseignés de lui, » docibiles Deî^ de mot à mot, docti à Deo * ; qu'il faut qu'il parle dedans, et qu'il aille ctiercher dans le cœur ceux à qui il veut spécialement se faire entendre. Ne raisonnez donc plus : humiliez-vous : « Qui a des oreilles pour écouler, qu'il écoute 2 : >> mais qu'il sache que ces oreilles qui écoutent, c'est Dieu qui les donne : Dominus dat aures audientes ^,

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CONTRADICTIONS DANS l'ÉGLISE PAR LES PÉCHÉS DES FIDÈLES, ET SUR LA MORALE DE JESUS-CHRIST.

Mais la contradiction la plus douloureuse du Sauveur est celle de nos péchés, de nous qui nous disons ses fidèles et qui sommes les enfants de son Église. Le désordre, le dérèglement, la corruption se répand dans tous les états, et toute la face de l'Église parait infectée. « Depuis la plante des pieds jusqu'à la tête, il n'y a point de santé en elle *. Voilà, dit-elle, que mon amertume la plus amère est dans la paix ' : ma première amertume qui m'a été, » disait saint Bernard, « bien amère, a été dans les persécutions des gentils : la seconde amertume encore plus amère a été dans les schismes et dans l'hérésie : mais dans la paix et quand j'ai été triomphante, mon amertume très amère est dans les dérèglements des chrétiens catholiques «. »

Que chacun repasse ici ses péchés : il verra nar quel endroit

1 Joan., VI, 45. — 2 Matih., xi, 15; xiii, 9 et seq. — 3 Prov., xx, 12, quoad sensura. — * /sa., i, G. — ^ Ibid., xxxvm, 17. — 6 S. BerD., serm, XXXII, inCayit., n. 19.

298 ÉLÉVATIONS SUH LKS MYSTÉHES.

Jésus-Christ, durant tout le cours de sa vie et diiris son agonie au sacré jardin, a été le plus douloureusement conlredit. Les Juifs, qui ont poussé leur dérision jusque parmi les horreurs de sa croix, ne l'ont pas percé do plus de coups, ni n'ont pas été « un peuple plus contredisant envers celui qui étendait ses bras vers eux *, » que nous le sommes. Et si le cœur de Jésus pouvait être affligé dans sa gloire, il le serait de ce côté-là plus que par toute autre raison. C'est vous, chrétiens et catholiques, c'est vous « qui faites blasphémer mon nom par toute la terre ^. » On ne peut croire que ma doctrine soit venue du ciel, quand on la voit si mal pratiquée par ceux qui portent le nom de fidèles (a). Tls en sont venus jusqu'à vouloir courber la règle, comme les docteurs de la loi et les pharisiens : ils se font des doctrines erronées, de fausses traditions, de fausses probabilités : la cupidité résout les cas de conscience, et sa violence est telle qu'elle contraint les docteurs de la flatter. 0 malheur! on ne peut convertir les chrétiens, tant leur dureté est extrême, tant les mauvaises coutumes prévalent : on leur cherche des excuses : la régularité passe pour rigueur : on lui donne un nom de secte : la règle ne peut plus se faire entendre. Pour afTaiblir tous les préceptes dans leur source, on a attaqué celui de l'amour de Dieu : on ne peut trouver le moment où l'on soit obligé de la pratiquer; et à force de reculer l'obligation, on l'éteint tout à fait. 0 Jésus, je le sais, ia vérité triomphera éternellement dans votre Église : suscitez-y des docteurs pleins de vérité et d'efficace, qui fassent taire enfin les contradicteurs : et toujours, en attendant, que chacun de nous fasse taire la contradiction en soimême.

XIX« ÉLÉVATION

l'épée perce l'ame de marie.

« Cet enfant sera en butte aux contradictions : et votre âme môme, » ô mère affligée et désolée, «sera percée d'une épée '. » Vous aurez part aux contradictions : vous verrez tout le monde

1 Isa.^ Lxv, 2; Rom., x, 21. — 2 Isa., lu, 5; Rom.j 11, 24. — s Liic, 11, 3i,35.

(a) Var. : Qui se disent fidèles.

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se soulever contre ce cher Fils : vous en aurez le cœur percé, et il n'y a point d'épée plus tranchante que celle de votre douleur : voire cœur sera percé par autant de plaies que vous en verrez dans votre Fils : vous serez conduite à sa croix pour y mourir de mille morts. Combien serez-vous affligée, quand vous verrez sa sainte doctrine contredite et persécutée ? Vous verrez naître les persécutions et les hérésies : le miracle de l'enfantement virginal sera contredit comme tous les autres mystères, pendant même que vous serez encore sur la terre, et il y en aura qui ne voudront pas croire votre inviolable et perpétuelle virginité. Vous serez cependant la merveille de l'Église, la gloire des femmes, l'exemple et le modèle de toute la terre. Peut-on assez admirer la foi qui vous fait dire : « Ils n'ont pas de vin; » et : « Faites ce qu'il vous dira *? » Vous êtes la mère de tous ceux qui croient ; et c'est à votre prière que s'est fait le premier miracle qui les a fait croire.

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