XVIII» SEMAINE. — XXII" ÉLÉVATION
voulait mourir, et l'on voit en lui dans tous les temps un panait détachement de la vie. C'est ce qu'il nous faut offrir à Dieu avec le saint vieillard.
Et qu'immolerons-nous avec Anne, sinon l'amour des plaisirs par la mortification des sens? Exténuons par le jeûne et par l'oraison ce qui est trop vivant en nous. Vivons avec cette suinte veuve dans une sainte désolation : arrachons-nous à nous-mêmes ce qui est permis, si nous voulons n'être point entraînés par ce qui est défendu. Déracinons à fond l'amour du plaisir. Le plaisir des sens est le perpétuel séducteur de la vie humaine. L'attention au heau et au délectable a commencé la séduction du genre humain. Eve, prise par là, commence à entendre la tentation qui lui dit avec une insinuation aussi dangereuse que douce : Pourquoi Dieu vous a-t-il défendu ce qui est si plaisant et si flatteur? L'attention au plaisir éloigne la vue du supplice. On se pardonne tout à soi-même, et on croitque Dieu nous est aussi indulgent que nous nous le sommes. « Vous n'en mourrez pas : » vous reviendrez des erreurs et des faiblesses de votre jeunesse. Eve entraîne Adam : la partie faible entraîne la plus forte : le plaisir a fait tout son effet ; il a rendu le péché plausible et lui a fourni des excuses. 11 emmielle son poison : il affaiblit, il étouffe le remords de la conscience ; il en émousse la piqûre ; et à peine sent-on la grièveté de son péché, jusqu'à ce que dans les flammes éternelles ce ver rongeur se réveille, et par ses morsures éternelles nous cause un pleur inutile avec cet effroyable grincement de dents.
304 ÉLÉVATIONS SUR LLS MYSTÉHLïî.