PREMIÈRE SEMAINE. — VI^ ÉLÉVATION
Plus que tout cela : c'est un amant passionné, c'est un tendre époux. « Voici ce que dit le Seigneur à Jérusalem, y à l'âme fidèle : « Quand tu es venue au monde, tu étais dans l'impureté » de ton père Adam, dont tu avais hérité la corruption et le péché. « On ne t'avait point coupé le nombril : lu n'avais point été lavée d'eau, ni salée de sel, ni enveloppée dans des langes : personne n'avait eu compassion de toi, ni ne t'avait regardée d'un œil de pitié : exposée et jetée à terre comme un avorton par un extrême mépris le jour de ta naissance, tu n'étais que pour ta perte, et personne n'avait soin de toi * : » voilà quelle est par elle-même la nature humaine conçue en iniquité et dans le péché. « Alors, dit le Seigneur, je t'ai vue en passant, pauvre et délaissée ; et pendant que souillée encore de ton sang» et toute pleine de l'impureté de ta naissance, tu n'avais rien qui ne fit horreur, et que tu étais livrée inévitablement à la mort, « je l'ai dit : Je veux que tu vives. Vis, » malheureuse âme, u c'est moi qui le dis, vis toute horrible que lu es dans l'impureté de ton sang, » dans l'ordure de ton péché. C'est ainsi que Dieu parle à l'âme qu'il lave par le baptême.
Mais ce n'est pas là qu'il borne ses soins : « Tu croissais, » dit le Seigneur; ta raison se formait peu à peu, « et tu devenais capable des ornements qu'on donne à déjeunes filles -, » des vertus dont il faut parer les âmes dès leur jeunesse. Tu commençais à pouvoir porter des fruits : « tes mamelles s'enflaient et se formaient : et tu étais parvenneàl'âge qui donne des amants : » mais de peur que tu n'en prisses qui fussent indignes de toi, je me suis présenté moi-même à tes désirs. « J'ai passé et je t'ai vue en cet âge: » et quoique tu fusses nue et pleine encore de confusion, sans raison, sans règle par toi-même et dans les premiers désirs, je t'ai épousée : je t'ai appelée dans ma couche et à des embrassements qui purifient l'âme : j'ai contracté avec toi un mariage éternel: « J'ai juré par ma vérité que je ne t'abandonnerais pas, et tu es devenue mienne. Je t'ai lavée d'une eau » sainte. Dès les premiers jours de ta naissance, oîi je t'avais ordonné de vivre, tu avais déjà été purgée par l'eau du baptême : mais il a fallu te laver encore des mauvais désirs que la racine impure de ta convoitise poussait sans cesse: l'impureté du sang dont tu étais née, était
» Ezech., XVI, 3, 4, 5. — « Ibid.S^J, 8, 9, IP.
li- filÉVATIONS S(]R LES MYSTEHES.
encore sur loi : je l'ai ôlée par de saintes instructions, et j'ainrîjg sur toi toute lu sainteté de ton haplftme. « Et je t'ai ointe d'une huile » sainte par l'abondance de mes grâces. « Je t'ai donné des hai)its de diverses couleurs : » je t'ai ornée de toutes les vertus « et je t'ai chaussée avec soin » des plus belles peaux, « et je t'ai environnée d'habits de fin lin, » qui sont « les justices des saints, et je t'ai revêtue des étoffes les plus fines ^ : » je t'ai 6té par ma grâce tes désirs grossiers et charnels.
Mon annour a été plus loin ; et ne voulant pas seulement que lu lusses nette et pure, mais encore riche et opulente, «je t'ai donné les grands ornements, des bracelets dans tes bras, un riche collier autour de ton col, des cercles d'or et des pierreries pendantes à tes oreilles, et une couronne sur ta tête : tu reluisais toute d'or et d'argent, et tout était riche et magnifique dans tes habits. Je te nourrissais de ce qu'il y a de meilleur et de plus exquis : )> toutes les douceurs étaient servies sur ta table. Par ces ornements, par ces soins, « ta beauté avait reçu un si grand éclat que tout le monde en était ravi. Je t'ai élevée jusque dans le trône. Tout l'univers ne parlait que de ta beauté, de cette beauté que moi seul je t'avais donnée, dit le Seigneur Dieu ^, » qui suis le beau et le bon par excellence, et l'auteur de toute beauté et de tout bien dans mes créatures.
Regarde, âme chrétienne, quel amant, quel époux t'a été donné. Il t'a trouvée étant laide : il t'a faite belle : il n'a cessé de t'embellir de plus en plus : il a prodigué sur toi tous ses dons, toutes ses richesses : il t'a placée dans son trône : il t'a faite reine : ses anges t'ont admirée comme l'épouse du Roi des rois, comme reçue dans sa couche, unie à son éternelle félicité, comblée de sa gloire et de ses délices : qu'avais-tu à désirer, âme chrécienne, pour connaître toutes les bontés et tout l'amour de cet épouî^ bienfaisant?
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