‹ Elévations sur les mystèresChapitre 183 sur 229 · XXI° SEMAINE. — IV« ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

XXI° SEMAINE. — IV« ÉLÉVATION

recevons son baptême pour nous y consacrer. Car ce n'est pas ici un de ces faibles prédicateurs qui prêchent la pénitence dans la mollesse : celui-ci la prêche dans le cilice, dans le jeûne, dans la retraite, dans la prière. Mais allons, en confessant nos péchés non en général, ce que les plus superbes ne refusent pas ; humilions-nous et confessons chacun en particulier nos fautes cachées en commençant par celles qui nous humilient davantage. Prenons un confesseur comme Jean-Baptiste ; sévère, mais sans être outré. Car que dit-il aux pécheurs en général? « Que celui qui a deux habits en donne à celui qui n'en a pas, et que celui qui a de quoi manger en use de même *. » La colère de Dieu est pressante et redoutable : mais consolez-vous, puisque vous avez dans l'aumône un moyen de l'éviter. Partagez vos biens avec les pauvres ; il ne vous dit pas de tout quitter; c'est bien là un conseil pour quelques-uns, mais non pas un commandement pour tous. Il ne nous accable donc pas par d'excessives rigueurs. Et que dit-il aux publicains, ces gens de tout temps si odieux? les oblige-t-il à tout quitter? Non, pourvu qu'ils « ne fassent rien au delà des ordres qu'ils ont reçus ^. « Car la puissance publique peut imposer des péages pour le soutien de l'État : il lui faut laisser arbitrer ce que demandent les besoins publics, et s'en tenir à l'exécution sans vexer le peuple. 11 ne dit non plus aux gens de guerre : Quittez l'épée : renoncez à vos emplois; mais : « Ne faites point de concussion : contentez-vous de votre solde '^. » Le prince rendra compte à Dieu et des tributs qu'il impose el des guerres qu'il entreprend : mais ses ministres, qui sans inspirer de mauvais conseils, ne font qu'exécuter les ordres publics, sont à couvert aux yeux de Dieu par l'autorité de saint Jean. Jésus viendra donner les conseils de perfection : Jean s'attache iiux préceptes : et sans prêcher aucun excès, il console tout le monde en ouvrant la porte du ciel aux emplois non seulement les plus dangereux, mais encore les plus odieux, s'ils sont nécessaires, pourvu qu'on s'y renferme dans les règles.

1 Luc, m, 11. — 2 /6îd., 12, 13. — 3 Wid.^ h.

LE BAPTÊMK DIC JKAN ET CELUI DE JÉSUS-CURIST

« Je vous baptise dans l'eau; mais celui qui vient après moi vous baptisera dans le Saint-Esprit et dans le fef. ^ » Ce que Jésus-Christ explique lui-môme à ses disciples, lorsqu'il leur dit en montant au ciel : « Jean vous a donné un baptême d'eau, mais dans peu de jours vous serez baptisés dans le Saint-Esprit 2. » Saint Paul explique le baptême de Jean par ces paroles : « Jean- Baptiste a baptisé le peuple du baptême de la pénitence, en l'avertissant de croire en celui qui devait venir après lui, c'est-àdire en Jésus ^. » Voilà donc deux différences des deux baptêmes : celui de Jean préparait la voie à Jésus-Christ, en montrant que c'était en lui, et non pas en Jean qu'il fallait croire pour avoir la rémission des péchés ; et outre cela le baptême de Jean ne donnait ni le Saint-Eprit, ni la grâce, ni par elle le feu céleste de la charité qui consume tous les péchés, et cet effet était réservé au baptême de Jésus-Christ.

Quand saint Jean oppose l'eau de son baptême au feu de celui de Jésus-Christ, et quand Jésus-Christ explique lui-même que ce baptême de feu et du Saint-Esprit est celui dont les disciples furent inondés au jour de la Pentecôte, on entend bien qu'il ne faut pas croire que le baptême de Jésus-Christ ne soit pas comme celui de Jean un baptême; mais c'est que celui de Jean ne contenait qu'une eau simple, au lieu que l'eau que donnait Jésus était pleine du Saint-Esprit et d'un feu céleste, c'est-à-dire de ce même feu du Saint-Esprit dont le déluge s'épancha sur toute l'Église dans le cénacle. C'est ce feu qui anime encore aujourd'hui l'eau du baptême, et qui fait dire au Sauveur « qu'on n'a point de part à son royaume, si l'on ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit *, » c'est-à-dire dans le langage mystique, si l'on ne renaît de l'eau et du feu.

Voici donc la consolation : l'eau du baptême de Jésus-Christ n'est pas une eau vide et stérile: le Saint-Esprit l'anime et la rend féconde: en lavant le corps, elle enflamme le cœur: si

1 Lwc, III, 16; Matth,, m, 11. — 2 Act., i, 5.-3 Ibid., xix, 4. — * Joan., m, 5.

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fous ne sortez du baptême plein du feu céleste de l'amour de Dieu, ce n'est pas le baptême de Jésus-Christ que vous avez reçu. La pénitence chrétienne, qui n'est autre chose qu'un second baptême, doit être animée du môme feu: « Celui à qui on remet davantage, doit aussi, » dit le Sauveur, « aimer davantage ^ » Quand vous n'avez que les larmes que la terreur fail répandre, ce n'est encore que l'eau et le baptême de Jean : quand vous commencez à aimer Dieu « comme l'auteur et la source de toute justice 2, » Jésus commence à vous baptiser intérieurement de son feu, et son sacrement achèvera l'ouvrage.

yV ÉLÉVATION.

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