‹ Elévations sur les mystèresChapitre 193 sur 229 · JÉSUS POUSSÉ AU DÉSERT EN SORTANT DU BAPTÊME · texte numérisé non relu

JÉSUS POUSSÉ AU DÉSERT EN SORTANT DU BAPTÊME

« Jésus plein du Saint-Esprit » qui s'était reposé sur lui sous la figure sensible d'une colombe, « quitta le Jourdain, et fut poussé par l'esprit dans le désert ' : » c'est-à-dire que, tout en sortant du baptême, plein de l'esprit de gémissement, il alla, colombe innocente, commencer son jeûne et pleurer nos péchés dans la solitude. Selon saint Matthieu, « il y fut conduit par l'esprit 2, » selon saint Marc, « il y fut jeté, emporté, chassé ^ ; » selon saint Luc, » il y fut poussé; » et quoi qu'il en soit, nous voyons que par le baptême nous sommes séparés du monde et consacrés au jeûne ou à l'abstinence, et à combalre la tentation. Car c'est ce qui arriva au Sauveur du monde aussitôt après son baptême.

La vie chrétienne est une retraite : « Nous ne sommes plus du monde, comme » Jésus-Christ « n'est pas du monde*. » Qu'estce que le monde, si ce n'est, comme dit saint Jean ', « concupiscence des yeux, » curiosité, avarice, illusion, fascination, erreur et folie dans l'affectation de la science ou concupiscence de la chair, sensualité, corruption dans ses désirs et dans ses œuvres, et entin « orgueil » et ambition? A ces maux dont le monde est plein et qui en font comme la substance, il faut opposer la retraite et nous faire comme un désert par un saint détachement de notre cœur.

La vie chrétienne est un combat : le démon à qui une âme échappe, « prend sept esprits plus mauvais que lui^ » pour nous

* Luc, IV, 1. — 2 Matth., iv, 1. — ^ Marc, i, 12. — * Joan., xvni, 14. — 5 1 Joan.y II, IG. — ^ Matth. ^ xn, 45.

lenler avec de nouveaux efforts, et il ne faut jamais cesser de le combattre.

Dans ce combat, saint Paul nous apprend « une » éternelle « abstinence, » c'est-à-dire qu'il faut nous sevrer du plaisir des sens et n'y jamais attacher son cœur. « Car celui qui entre en lice dans le combat de la lutte, s'abstient de tout : il le fait pour une couronne qui se fane et se flétrit en un instant; mais celle <iue nous voulons emporter est éternelle *. »

C'est pour réparer et expier les défauts de notre retraite, de nos combats contre les tentations, de notre abstinence, que Jésus-Christ est poussé dçns le désert : son jeûne de quarante jours figure celui de toute la vie, que nous devons pratiquer en nous abstenant des mauvaises œuvres, et contenant nos désirs dans les bornes de la loi de Dieu. Ce doit être là le premier effet du jeûne de Jésus-Christ. S'il nous. appelle plus haut et qu'il nous attire, non pas simplement au renoncement par le cœur, mais encore à un délaissement effectif du monde, heureux d'aller jeûner avec Jésus-Chrisl, faisons notre félicité de son désert.

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