XXIV' SEMAINE. — II' ÉLÉVATION
la vertu: je le montre donc aux autres, moi qui l'ai connu le premier: regardez-le cet Agneau de Dieu, qu'Isaïe a vu en esprit, lorsqu'il le représenta comme « l'agneau qui se laissera non seulement tendre, mais » écorcher, pour ainsi parler, .« et immoler sans se plaindre * : » que Jérémie voyait et repré sentait en sa personne, lorsqu'il dit : « Je suis comme uu agneau innocent qu'on porte au sacrifice -. » Le voilà cet Agneau si doux, si simple, si patient, sans artifice, sans tromperie, qui sera immolé pour tous les pécheurs. Il a déjà été immolé en figure, et on peut dire en vérité qu'il « a été tué et mis à mort dès l'origine du monde '. » 11 a été massacré en Abel le juste : quand Abraham voulut sacrifier son fils, il commença en figure ce qui devait être achevé en Jésus-Christ. On voit aussi s'accomplir en lui ce que commencèrent les frères de Joseph: Jésus a été haï, persécuté, poursuivi à mort par ses frères : il a été vendu en la personne de Joseph, jeté dans une citerne, c'est-àdire livré à la mort : il a été avec Jérémie dan» le lac profond, avec les enfants dans la fournaise, avec Daniel dans la fosse aux lions. C'était lui qu'on immolait en esprit dans tous les sacrifices. 11 était dans le sacrifice que Noé offrit en sortant de l'arche, lorsqu'il vit dans l'arc-en-ciel le sacrement de la paix ; dans ceux que les patriarches offrirent sur les montagnes, dans ceux que Moïse et toute la loi offrait dans le tabernacle et ensuite dans le temple: et n'ayant jamais cessé d'être immolé en figure, il vient maintenant l'être en vérité.
En le voyant donc comme « l'agneau de Dieu, » saint Jean le voyait déjà comme nageant dans aon sang. Nous l'avons en cet état dans l'Eucliaristie : et encore que son sang n'y soit plus répandu avec violence, il y ruisselle dans le calice, il y coule dans nos corps et dans nos cœurs. Plongeons-nous dans le sang de <;et agneau : « portons ses plaies et sa mortification en nos corps* : » toujours tué, toujours immolé, il veut encore l'être en nous comme dans ses membres.
* Isa., LUI, 7. — ^ Jerem., xi, 10. — '■* Apocal., xiii, 8. -- ♦ JI Cor, VI, 9, 10.
m- ÉLÉVATION.
^EAN FAIT SOUVENIR LE PEUPLE DE LA MANIÈRE DONT IL AVAIT AN- NONCÉ ET CONNU JÉSUS-CHRIST.
Saint Jean avait toujours dit, avant môme que Jésus-Christ parût au monde, « qu'il y avait quelqu'un dans le monde dont il n'était pas digne de toucher les pieds ^ ; » à qui son baptême « préparait la voie, » et n'était qu'un préparatoire; si l'on veut, un préliminaire d'un meilleur baptême que Jésus-Christ devait donner. Saint Jean répète ce témoignage, et fait ressouvenir le peuple de la marque miraculeuse de la colombe mystique à laquelle il l'avait connu 2. Souvenons-nous donc de cette marque et de tout ce qui parut ensuite dans le baptême de Jésus-Christ. Car c'est là primitivement que fut accomplie cette parole de Jésus-Christ : « Travaillez à la nourriture que le Fils de l'homme vous doit donner: car son Père l'a marqué de son sceau 3, » l'a désigné, caractérisé, en sorte qu'on ne puisse plus le méconnaître. Souvenons-nous donc du caractère sacré de Jésus-Christ, des cieux ouverts, de la colombe descendue et de la voix qui fut ouïe sur le Jourdain: « Portons nous-mêmes le caractère de Jésus-Christ ^ : » qu'il soit l'objet de nos complaisances, comme il l'est de celles de son Père: « Entrons avec lui dans l'eau du baptême ^ : » renouvelons les promesses du nôtre ; et demeurons éternellement dévoués à la pénitence.
IY« ÉLÉVATION.
SAINT JEAN APPELLE ENCORE UNE FOIS JÉSUS-CHRIST l'aGNEAU DE DIEU : ET SES DISCIPLES LE QUITTENT POUR LE FILS DE DIEU.
(c Le lendemain Jean était avec deux de ses disciples; et regardant marcher Jésus » apparemment encore pour venir à lui : « Voilà l'Agneau de Dieu ; et ces deux disciples l'entendirent comme il parlait ainsi, et ils suivirent Jésus ^. » Le temps que
^Matth., m, 11; Marc, i, 7; Joan., r, 23,31. — 2 Ibid., 32-3i. — 3 Ibid., VI, 27. — * I Cor., xv, 49. — ^ Galat., m, 27 ; Rom., vi, 4-G et 8âq. — G Joan., i, 35-37.