‹ Elévations sur les mystèresChapitre 203 sur 229 · XXIV^ SEMAINE. - II" ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

XXIV^ SEMAINE. - II" ÉLÉVATION

n*est pas prophète comme les autres, pour prédire le Christ a venir, lui qui devait le montrer présent. « Qui êtes-vous donc^? » Il faut parler : car ceux que l'on vous envoie doivent rendre compte au sénat de Jérusalem qui les avait députés à Jean : « Je suis la voix de celui qui crie. » Qu'est-ce qu'une voix? Un souffle qui se perd en l'air : je suis une voix, un cri, si vous le voulez : saint Jean s'exténue jusque-là. On en vient à tourner contre lui toutes ses réponses: « Pourquoi donc baptisez-vous, si vous n'êtes ni le Christ, ni Élie, ni prophète ^? Je baptise, » il est vrai, « mais dans l'eau : » je ne fais que jeter sur les têtes pénitentes une eau stérile, et plonger les corps dans une rivière : « Mais il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas. » Le voilà donc encore une fois au-dessous des pieds de Jésus, « indigne de lui dénouer le cordon de ses souliers ^. » Comme il se baigne dans l'humilité et dans le néant ! Non, non, non, dit-il toujours. Faut-il dire quelque chose, ce n'est qu'une voix sans corps et sans consistance. Quelque grand qu'on soit, l'humihté qui ne peut mentir, ne laisse pas de trouver moyen d'anéantir tous ses avantages. Apprenons à dire : Non, mais sincèrement, lorsqu'on nous loue, sans exagération, sans emphase, sans trop d'effort. Car souvent tout cet effort est un artifice pour nous attirer des louanges, ou du moins de l'attention du côté des hommes. L'humilité ne songe point à s'étaler. Un simple non, sec et court, qui détruit tout, lui suffit, parce que ce non dans sa sécheresse et dans sa brièveté cache tout, fait tout disparaître, jusqu'à l'humilité même.

SAINT JEAN APPELLE JÉSUS : l'aGNEAU DE DIEU.

« Ceci, » ce qu'on vient d'entendre, se « passa en Béthanle. au delà du Jourdain, où Jean donnait le baptême. Le lendemain Jean vit Jésus qui venait à lui et il dit : Voilà l'agneau de Dieu, voilà celui qui ôteles péchés du monde*. » Il faut bien entendre €6 témoignage de saint Jean-Baptiste, où il découvre un grand secret de Jésus-Christ. 11 le vit donc venir à lui : car il continua

« Joan., I, 22, 23. — 2 Ibid., 25, 26. — 3 Ibid., 27. — * Ibid., 28 2y

l'acte d'humilité qu'il avait fait, lorsque Jean étonné de son abaissennent s'écria : « Je dois être baptisé par vous, et vous venez à nnoi ! » Mais il fallait que Jésus honorAt Jean, qui lui rendait témoignage, et qu'il confirmât sa mission en allant à lui. Car si Jean devait faire connaître Jésus, Jésus aussi le devait faire connaître en son temps, d'une manière bien plus haute; et c'est un des mystères compris sous celte parole : « Laissez-moi faire ; car c'est ainsi que nous devons accomplir toute justice*, » c'est-à-dire nous rendre l'un à l'autre le témoignage mutuel que nous nous devons. Jean donc voyant Jésus venir à lui encore une fois, le montra à tout le peuple en disant : « Voilà l'Agneau de Dieu: voilà celui qui ôte le péché du monde^. » Tous les jours, soir et matin, on immolait dans le temple un agneau, et c'était là ce qu'on appelait le « sacrifice continu^ » ou perpétuel. Ce fut ce qui donna occasion à Jean de prononcer les paroles qu'on vient d'entendre : peut-être même que Jésus s'approcha de lui à l'heure où tout le peuple savait qu'on offrait ce sacrifice. Quoi qu'il en soit, dans ce témoignage qu'il rend au Sauveur, lui qui l'avait fait connaître comme « le Fils unique dans le sein du Père* » dont il venait déclarer les profondeurs, le fait connaître aujourd'hui comme la victime àp, monde. Ne croyez pas que cet agneau qu'on offre soir et matin en sacrifice perpétuel soit le vrai agneau, la vraie victime de Dieu: voilà celui qui s'est mis « en entrant au monde à la place de toutes les victimes^: » c'est aussi celui qui est la victime publique du genre humain, et qui seul peut expier et ôter ce grand péché qui est la source de tous les autres, et qui pour cela peut être appelé « le péché du monde, » c'est-à-dire le péché d'Adam, qui est celui de tout l'univers. Mais en ôtant ce péché, il ôte aussi tous les autres. Venez à lui, petits et grands, comme à celui qui vous purifie de tous vos péchés. « Car nous n'avons point été rachetés de nos erreurs par or ni par argent; mais par le sang innocent de Jésus-Christ comme d'un agneau sans tache, prévu et prédestiné devant tous les temps et déclaré dans nos jours**. » Baptisons-nous donc dans ce sang : je m'y suis baptisé moi-môme, et dès le sein de ma mère j'en ai senti

1 Matlh., III, 15. — 2 Joan., i, 29. — 3 Exod., xxix, 38, 39 et seq.; Numer., xxvin, 3, 4 et seq. — >* Joan.^ i, 14, 18. — ^ Psal. xxxrx,7, 8; Hebr., x. 5-7. — « Petr., i, 18, 19, 20.

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