‹ Elévations sur les mystèresChapitre 209 sur 229 · XXIV' SEMAINE. — VIII» ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

XXIV' SEMAINE. — VIII» ÉLÉVATION

espèce de jalousie des disciples de saint Jean-Baptiste, pour donner lieu à cette instruction admirable du saint précurseur : « L'homme ne peut rien avoir qui ne lui soit donné du Ciel ^ » Dans cette règle admirable, qu'il pose pour fondement, est la mort de l'amour-propre et de la propre élévation. L'amour-propre à quelque prix que ce soit et indépendamment de toute autre chose, ne songe qu'à s'élever ; mais l'amour de Dieu, toujours humble, mesure son élévation à la volonté de Dieu, et ne voudrait pas môme s'élever si Dieu ne le voulait : toute autre élévation lui deviendrait non seulement suspecte, mais encore odieuse. Sur ce fondement saint Jean continue : « Vous me rendez vous-mêmes témoignage que j'ai dit : Je ne suis pas le Christ, mais je suis envoyé devant lui : celui qui a l'épouse est l'époux : mais l'ami de l'Époux qui est présent et qui l'écoute, est transporté de joie par la voix de l'Époux : et c'est par là que ma joie s'accomplit 2. »

Qui pourrait entendre la suavité de ces dernières paroles ? Saint Jean nous y découvre un nouveau caractère de Jésus- Christ, le plus tendre et le plus doux de tous : c'est qu'il est l'Époux : il a épousé la nature humaine qui lui était étrangère; il en a fait un môme tout avec lui ; en elle il a épousé sa sainte Église, épouse immortelle qui n'a ni tache ni ride : il a épousé les âmes saintes qu'il appelle à la société, non seulement de son royaume, mais de sa royale couche, les comblant de dons, de chastes délices ; jouissant d'elles, se donnant à elles ; leur donnant non seulement tout ce qu'il a, mais encore tout ce qu'il est, son corps, son âme, sa divinité; et leur préparant dans la vie future une union incomparablement plus grande. Voilà donc comme « il est l'époux, » comme « il a l'épouse : je vous ai, dit-il, épousée en foi 3 ; » donnez-moi votre foi : recevez la mienne : je ne vous répudierai jamais, Église sainte, ni vous, âme que j'ai choisie de toute éternité : jamais je ne vous répudierai : « Je vous ai trouvée, » dit le Seigneur, « dans votre impureté, je vous ai lavée, je vous ai parée, je vous ai ornée, j'ai étendu mon manteau, ma couverture sur vous, et vous êtes devenue mienne : » et facta es mihi *. Épouse, prenez garde à sa sainte et inexorable jalousie : ne partagez point votre cœur : ne soyez pas infidèle :

1 Joan., m, 27. — 2 Ibid., 28, Vd. — s Osée, 11, 19, 20. - * Ezech., XVI, 8, 9.

304 ÉLÉVATIONS SUR LKS MYSTÉUES.

aufremont si vous rompez le sacré contrat que vous avez fait avec lui dans votre baptême, quelle sera contre vous sa juste fureur 1

Voilà donc le caractère de Jésus : c'est un époux tendre, passionné, transporté, dont l'amour se montre par des efTets inouïs. Et quel est le caractère de Jean ? Il est u l'ami de l'Époux qui entend sa voix: » c'est ce qui ne lui était pas encore arrivé. Jusqu'ici il l'avait annoncé, ou sans le connaître, ou sans entendre sa parole : maintenant, qu'après s'être fait baptiser par saint Jean, il a commencé sa prédication, saint Jean ravi de l'entendre, et qu'ainsi qu'il l'avait désiré, le bruit de sa parole retentisse jusqu'à lui, il ne sait comment expliquer sa « joie. »

Telle doit être la joie du chrétien à la voix de Jésus-Christ, à cette voix qui retentit encore dans son Évangile ; à cette voix secrète et intérieure et qui se fait entendre au fond du cœur, et qui se répand dans toutes les puissances de l'âme.

IX« ÉLÉVATION

SUITE DU TÉMOIGNAGE^ DE SAINT JEAN 1 SA DIMINUTION ET l'eXALTA-

TION CE JÉSUS-CHRlST.

Écoutons. Saint Jean continue : « 11 faut qu'il croisse, et moi que je diminue K » Nous voulons bien peut-être que la gloire de Jésus-Christ s'augmente; mais que ce soit à notre préjudice et avec la diminution de la nôtre, le voulons-nous de bonne foi ? cependant c'est ce qu'il faut faire avec saint Jean, et il nous en donne les véritables raisons : c'est que Jésus-Christ « vient d'en haut : » c'est que « l'homme n'est que terre et de lui-môme ne parle que terre : » c'est que « Jésus-Christ est venu du ciel * : » et ainsi que notre gloire, si nous en avons, se doit aller perdre dans la sienne.

C'est ce que ne font point les maîtres de l'erreur, qui veulent se faire un nom et une secte parmi les hommes ; c'est ce que ne font point les prédicateurs, lorsque voyant que Dieu en suscite d'autres avec plus de grâce et de succès, au lieu de se réjouir à la voix de l'Époux qui se fait entendre par qui il lui plaît, entrent

*^oan., III, 30. — 2 làid., 31.

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