IMAGES DANS LA NATURE DE LA NAISSANCE DU FILS DE DIEU
Voyez cette délicate vapeur que la mer doucement touchée du soleil et comme imprégnée de sa chaleur, envoie jour et nuit comme d'elle-même vers le ciel, sans diminution de son vaste sein. C'est pourtant le plus pur de sa substance et quelque chose de même nature, quoique non de même matière, que les eaux qu'elle se réserve. Ainsi, dit Salomon, « la sagesse » que Dieu engendre dans l'éternité, « est une vapeur de sa toute-puissante vertu et une très pure émanation de sa clarté *.
On peut entendre encore par cette vapeur la chaleur même qui sort du soleil, « dont nul ne peut se cacher 3, » comme dit David. Quoi qu'il en soit, on voit que le Sage cherche par toutes ses comparaisons à nous faire entendre une génération qui n'altère ni n'entame point la substance, et dans le Père et le Fils une distinction qui n'en ôte point l'unité. C'est ce qui ne se trouve pas dans les créatures, et encore moins dans les créatures corporelles : mais il nous propose pourtant ce qu'il y a de plus épuré dans la nature sensible, pour en tirer des images les plus dégagées qu'il sera possible de l'altération qui paraît dans les productions ordinaires.
Considérez cet éclat, ce rayon, cette splendeur qui est la production et comme le fils du soleil : elle en sort sans le diminuer, sans s'en séparer elle-même, sans attendre le progrès du temps :
1 Apoc, I, 4, 7, 8. — 2 Sap., vu, 25.-3 Psal. xvin, 7.
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tout d'un coup, dès que le soleil a été formé, sa splendeur est née et s'est répandue avec lui, et on y voit toute la beauté de cet astre : ainsi, disait Salomon, la sagesse sortie du sein de Dieu, « est la délicate vapeur, la très pure émanation, » le vif rejaillissement, <« l'éclat de sa lumière éternelle * : » ou, comme parle saint Paul, c'est « le rayon resplendissant de la gloire de Dieu et l'empreinte de sa substance '. » Dès que la lumière est, elle éclate : si l'éclat et la splendeur du soleil n'est pas éternelle, c'est que la lumière du soleil ne l'est pas non plus : et par une contraire raison, si la lumière était éternelle, son éclat et sa splendeur le seraient aussi. Or Dieu est une lumière où il n'y a point de ténèbres : une lumière qui, n'étant point faite, subsiste éternellement par elle-même et ne connaît ni commencement ni déclin. Ainsi son éclat, qui est son Fils, est éternel comme lui et ne se divise pas de sa substance. Tous les rayons, pour ainsi parler, tiennent au soleil; son éclat ne se détache jamais : ainsi sans se détacher de son Père, le Fils de Dieu en sort éternellement ; et mettre Dieu sans son Fils, c'est mettre la lumière sans rayon et sans splendeur.
. Mais passons à l'autre expression de saint Paul : « Le Fils de Dieu, dit l'Apôtre, est le caractère et l'empreinte de la substance de son Père ". » Lorsqu'un sceau est appliquée sur de la cire, celte cire, sans rien détacher du sceau qui s'imprime en elle, en tire la ressemblance tout entière et se l'incorpore, en sorte qu'on ne peut plus l'en séparer : regardez-la bien, aucun trait ne lui est échappé ; et cependant tout est demeuré dans le sceau sous lequel elle a pris sa forme. Ainsi le Fils de Dieu a pris tout du Père sans rien lui ôter : il en est la parfaite image, « l'empreinte, » l'expression tout entière, non de sa figure, car Dieu n'en a point; mais, comme parle saint Paul « de sa substance : » selon la force de l'original, on pourrait traduire, « de sa personne. » 11 en porte tous les traits; c'est pourquoi il dit : « Qui me voit, voit mon Père *. Et comme le Père a la vie en soi, ainsi il a donné à son Fils d'avoir la vie en soi ^ : comme le Père ressuscite les morts et leur rend la vie, ainsi le Fils donne la vie à qui il lui plaît ^. » Et il n'exprime pas seulement son Père dans les effets de sa puissance ; il en exprime tous les traits, tous les
' Sap., \u, 25. — - Hebr., I, 3. — 3 Ibid.^ — * Joan., xiv, 9. — • Ibid.. V, 28. — « Ibid., 21
28 I^.LÉVATIONS SUH LES MYSTKKKS.
caraclôrcs naturels et personnels; en sorte que si on pouvait voir le Fils sans voir le Père, on le verrait tout entier dans son Fils.
Mais qui pourrait expliquer quels sont ces traits et ces caractères du Père éternel qui reluisent dans son Fils? Cela n'est pas de cette vie; et tout ce qu'on en peut dire, c'est que n'y ayant rien en Dieu d'accidentel, tous ces traits du Père que le Fils porte empreints dans sa personne, sont de la substance ou de la personne du Père : il est celte impression substantielle que le Père opère de tout ce qu'il est, et c'est en opérant cette impression qu'il engendre son Fils.
Voici dans le Sage quelque chose de plus délicat : la sagesse éternellement conçue dans le sein de Dieu, « est un miroir sans tache de sa majesté et l'image de sa bonté *• » C'est une chose de trop grossier pour le Fiis de Dieu, que l'impression d'un cachet, ou que l'expression de la ressemblance dans une image qu'on taille avec un ciseau ou qu'on fait avec des couleurs. La nature a quelque chose de plus délicat : el voici dans de claires eaux et dans un miroir, un nouveau secret pour peindre et faire une image. Il n'y a qu'à présenter un objet : aussitôt il se peint luimême, et cet admirable tableau ne dégénère par aucun endroit de l'original: c'est en quelque sorte l'original même. Cependant rien ne dépérit ni à l'original ni à la glace polie où il s'est imprimé lui-même tout entier. Pour achever ce portrait, on n'a pas besoin du secours du temps, ni d'une ébauche imparfaite : un même instant le commence et l'achève, et le dessin comme le fini n'est qu'un seul trait.
IV"* ÉLÉVATION