‹ Elévations sur les mystèresChapitre 23 sur 229 · SEMAINE. — II' ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

SEMAINE. — II' ÉLÉVATION

comme d'un père qui l'engendre de sa propre substance. Plus un fils est parfait, si l'on peut ainsi parler, plus un fils est fils, plus il est de même nature et de môme substance que son père, plus il est un avec lui : et s'il pouvait être de même nature et de même substance individuelle, plus il serait fils parfait. Mais quelle nature peut être assez riche, assez infinie, assez immense pour cela, si ce n'est la seule infinie et la seule immense, c'està-dire la seule nature divine? C'est ainsi qu'il nous a été révélé que Dieu est Père, que Dieu est Fils, et que le Père et le Fils sont un seul Dieu, parce que le Fils engendré de la substance de son Père, qui ne souffre point de division et ne peut avoir (a) de parties, ne peut être rien moins qu'un Dieu et un môme Dieu avec son Père ; car qui dit substance de Dieu, la dit toute, et dit par conséquent Dieu tout entier : qui sort de Dieu de cette sorte, c'est-à-dire de toute sa substance, possède en même temps son éternité tout entière, selon ce que dit le prophète : « Sa sortie est dès le commencement, dès les jours de l'éternité *, » parce que l'éternité est la substance de Dieu; et quiconque est sorti de Dieu et de sa substance, en sort nécessairement avec une même éternité, une même vie, une même majesté. Car si un père transmet à son fils toute sa noblesse, combien plus le Père éternel communique-t-il à son Fils toute la noblesse avec toute la perfection et l'éternité de son être ! Ainsi le Fils de Dieu nécessairement est coéternel à son Père : car il ne peut rien y avoir de nouveau ni de temporel dans le sein de Dieu : la mutation et le temps, dont la nature est de changer toujours, n'approche point de ce sein auguste; et la môme perfection, la môme plénitude d'être qui en exclut le néant, en exclut toute nature changeante. En Dieu tout est permanent: tout est immuable : rien ne s'écoule dans son être : rien n'y arrive de nouveau; et ce qu'il est un seul moment, si on peut parler de moment en Dieu, il l'est toujours.

« Au commencement le Verbe était *. » Remontez à l'origine du monde, « le Verbe était : » remontez plus haut si vous pouvez, et mettez tant d'années que vous voudrez les unes devant les autres, « il était : » il est comme Dieu « celui qui est. » Saint Jean disait dans V Apocalypse : « La grâce vous soit donnée par

(a) Var. : Et n'a point.

* Mich., V, 2. — 2 Joan., i, 1.

celui » qui n'est autre que celui « qui est, .qui était et qui viendra : » c'est Dieu. Et un peu après : c'est Jésus-Christ, dont saint Jean dit : « Le voilà qui vient dans les nues; » et c'est lui qui prononce ces paroles : « Je suis l'alpha et l'oméga : le commenment et la fin : dit le Seigneur Dieu, qui est, et qui était, et qui viendra *. » Jésus-Christ est donc comme son Père « celui qui est, » et « qui était : » il est celui dont l'immensité embrasse le commencement et la fin des choses : et comme Fils, et étant de môme nature, de même substance que son Père, il est aussi de même être, de même durée et de môme éternité.

IIP ÉLÉVATION.

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