II" SEMAIME. — IV ÉLÉVATION
Il Ta faite lorsqu'il a dit : « Faisons l'homme. » Il voulut alors faire quelque chose où fût déclarée l'opération de son Fils, d'un autre lui-môme, puisqu'il dit : « Faisons : » il voulut faire quelque chose qui fût vivant comme lui, intelligent comme lui, saint comme lui, heureux comme lui : autrement on ne saurait ce que voudrait dire : « Faisons l'homme à notre image et ressemblance * : à notre image » dans le fond de sa nature; « à notre ressemblance » par la conformité de ses opérations avec la nôtre éternelle et indivisible.
C'est par l'effet de celte parole : « Faisons l'homme à notre image, » que l'homme pense: et penser, c'est concevoir: toute pensée est conception et expression de quelque chose : toute pensée est l'expression et par là une conception de celui qui pense, si celui qui pense pense à lui-même et s'entend lui-môme; et c'en serait une conception et expression parfaite, éternelle, substantielle, si celui qui pense était parfait, éternel, et s'il était par sa nature toute substance, sans rien avoir d'accidentel en lui-môme, ni rien qui puisse être surajouté à sa pure et inaltérable substance.
Dieu donc qui pense substantiellement, parfaitement, éternellement, et qui ne pense ni ne peut penser qu'à lui-môme, en pensant conçoit quelque chose de substantiel, de parfait et d'éternel comme lui : c'est là son enfantement, son éternelle et parfaite génération : car la nature divine ne connaît rien d'imparfait; et en elle la conception ne peut être séparée de l'enfantement. C'est donc ainsi que Dieu est Père ; c'est ainsi qu'il donne la naissance à un Fils qui lui est égal : c'est là cette éternelle et parfaite fécondité dont l'excellence nous a ravi, dès que sous la conduite de la foi nous avons osé y porter notre pensée. Concevoir et enanter de cette sorte, c'est être la perfection et l'original : et concevoir et enfanter comme nous faisons, à notre manière imparfaite, c'est être fait à l'image et ressemblance de Dieu.
Nous pouvons donc maintenant répondre à la question de Salomon : « Dites-nous son nom et le nom de son fils, si vous le pouvez -. mNous le pouvons à présent qu'il nous l'a appris : son nom est « le Verbe 3, » la parole : non une parole étrangère et accidentelle. Dieu ne connaît rien de semblable; mais une parole
* Gènes., i, 20. — ^Prou., \x\-» 4. — 3 Joati., i, 1.
qui est en lui une personne subsistante, coopératrice, concréa- Irice, <' composant et arrangeant toutes choses avec lui \ » comme dit le mfime Salomon : une personne qui n'a point commencé, puisque, dit saint Jean : « Au commencement elle était ^ : » une personne qui est un avec Dieu, puisque, dit le môme saint Jean, « elle est Dieu,» et que Dieu es'^entiellernent est un : une personne qui est pourtant distincte de Dieu, puisque, continue le môme apôtre, elle est en Dieu, avec Dieu, « chez Dieu » apud Dcum : son Fils unique qui est dans son sein, in sinu Patris ^ qu'il envoie au monde, qu'il fait paraître dans la chair comme le Fils unique de Dieu, Voilà son nom : c'est « le Verbe, » c'est la parole, la parole, dis-je, par laquelle un Dieu éternel et parfait se dit lui-môme à lui-même tout ce qu'il est; et conçoit, et engendre, et enfante tout ce qu'il dit : enfante par conséquent un parfait, un coéternel, un coessentiel etconsubstantiel.
Ne trouvons point ce mystère indigne de Dieu, puisqu'il ne lui attribue rien qui ne soit parfait: ne trouvons point incroyable que Dieu ait révélé le mystère de son éternelle génération à ceux qu'il avait faits à sa ressemblance, en qui il avait imprimé une faible image de cette éternelle et parfaite production. Soyons attentifs à nous-mêmes, à notre conception, à notre pensée : nuos y trouverons une idée de cette immatérielle, incorporelle, pure, spirituelle génération que l'Évangile nous a révélée.
Sans cette révélation, qui oserait porter ses yeux sur cet admirable secret de Dieu? Mais après la foi nous osons non seulement le contempler, mais encore en voir en nous une image ; nous osons en quelque sorte transporter en Dieu celte conception de notre esprit, et la dépouillant de toute altération, de tout changement, de toute imperfection, il ne nous reste que la pure, que la parfaite, l'incorporelle, l'inlellectuelle naissance du Fils de Dieu ; et dans son Père, une fécondité digne du premier Être par sa plénitude, par son abondance, par l'infinité d'une nature parfaite et parfaitement communicative, non seulement au dehors où tout ce qu'elle produit dégénère jusqu'à l'infini, parce qu'au fond il vient du néant et ne peut perdre la bassesse de cette origine; mais encore en elle-même et au dedans, où
^ Pruv., vin, 27, 30. — 2 Joan., i, 1, 2. — s Ibid., 18.
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tout ce qu'elle produit de sa substance et de toute sa substance, lui est nécessairement égal en tout.
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