‹ Elévations sur les mystèresChapitre 27 sur 229 · LE SAINT-ESPRIT : LA TRINITE TOUT ENTIÈRE · texte numérisé non relu

LE SAINT-ESPRIT : LA TRINITE TOUT ENTIÈRE

Dieu est donc fécond : Dieu a un Fils : mais où est ici le Saint- Esprit, et ouest la Trinité sainte et parfaite, que nous servons dès notre baptême? Dieu n'aime-t-il pas ce Fils, et n'en est-il pas aimé ? Cet amour n'est ni imparfait ni accidentel à Dieu : l'amour de Dieu est substantiel comme sa pensée; et le Saint-Esprit qui sort du Père et du Fils, comme leur amour mutuel, est de môme substance que l'un et l'autre : un troisième consubstantiel et avec eux un seul et môme Dieu.

Mais pourquoi donc n'est-il pas Fils, puisqu'il est par sa production de môme nature? Dieu ne l'a pas révélé. Il a bien dit que le Fis était « unique* : » car il est parfait, et tout ce qui est parfait est unique : ainsi le Fils de Dieu, Fils parfait d'un Père parfait, doit être unique, et s'il pouvait y avoir deux fils, la gération du fils serait imparfaite. Tout ce donc qui viendra après ne sera plus fils, et ne viendra point par génération, quoique de même nature. Que sera-ce donc que celte finale production de Dieu? C'est une procession sans nom particulier: le Saint-Esprit » procède du Père ^ : » le Saint-Esprit est l'esprit commun du Père et du Fils, « le Saint-Esprit prend du Fils ^ ; » le Fils l'envoie * » comme le Père. Taisez-vous, raisonnements humains : Dieu a voulu expliquer que la procession de son Verbe était une véritable et parfaite génération : ce que c'était que la procession de son Saint-Esprit, il n'a pas voulu le dire, ni qu'il y eût rien dans la nature qui représentât une action si substantielle et tout ensemble si singulière : c'est un secret réservé à la vision bienheureuse.

0 Dieu Saint-Esprit, vous n'êtes pas le Fils, puisque vous êtes j'amour éternel et subsistant du Père et du Fils ; qui supposez par conséquent le Fils engendré, et engendré comme Fils unique, à cause qu'il est parfait. Vous êtes parfait aussi et unique en

« Joan., I, 18. — 2/6id., xv, 26, — 3 IbicL, xvi H — * Ibid., 7.

votre genre et en votre ordre : vous n'ôles pas étranger au Père et au Fils, puisque vous en ôles l'amour et l'union éternelle : vous procédez nécessaircmetjt de l'un et de l'aulre, puisque vous êtes leur amour mutuel: qui vous voudrait séparer d'eux, les séparerait eux-mêmes entre eux et diviserait leur règne éternel.

Vous êtes égal au Père et au Fils, puisque nous sommes également consacrés « au nom du Père, et du fils, et du Saint-Esprit^ ; et que vous avez avec eux « un » mêm»ï « temple qui est notre âme, notre corps 2, » tout ce que nous sommes. Rien d'inégal ni d'étranger au Père et au Fils ne doit être nommé avec eux en égalité : je ne veux pas être baptisé et consacré au nom d'un conserviteur : je ne veux pas être le temple d'une créature : ce serait une idolâtrie de lui bâtir un temple, et à plus forle raison d'être et se croire soi-même son temple.

VI* ÉLÉVATION

TRINITÉ CRÉÉE, IMAGE DE l'iNCRÉÉE, ET COMME ELLE INCOMPREHENSIBLE.

Revenons encore à nous-même: nous sommes, nous entendons, nous voulons. D'abord, entendre et vouloir. Si c'est quelque chose, ce n'est pas absolument la môme chose : si ce n'était pas quelque chose, ce ne serait rien, et il n'y aurait ni entendre ni vouloir. Mais si c'était absolument la même chose, on ne les distinguerait pas. Mais on les distingue : car on entend ce qu'on ne veut pas, ce qu'on n'aime pas, encore qu'on ne puisse aimer ni vouloir ce qu'on n'entend point : Dieu même entend et connaît ce qu'il n'aime pas, comme le péché : et nous combien de choses entendons-nous que nous haïssons et que nous ne voulons ni faire ni souffrir, parce que nous entendons qu'elles nous nuisent! Nous entendons ce que c'est que se précipiter du haut d'une tour, et ce mouvement n'est pas moins bien entendu que les autres : mais cependant on ne le veut pas, à cause qu'il nous est nuisible.

Nous sommes donc quelque chose d'inteUigent, quelque chose qui s'entend et s'aime soi-même ; q.ui n'aime que ce qu'il entend.

• ilfaff/i., xxviii. »9 — 2 3 Cor., m, 16, 17; vi. 10.

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mais qui peut connaître et entendre ce qu'il n'aime pas : toutefois en ne l'aimant pas, il sait et entend qu'il ne l'aime pas, et cela môme il veut le savoir, et il ne veut pas l'aimer, parce qu'il sait ou qu'il croit qu'il lui est nuisible; mais au contraire il t^eut ne l'aimer pas. Ainsi entendre et aimer sont choses distinctes, mais tellement inséparables, qu'il n'y a point de connaissance sans quelque volonté. Et sil'homme semblable à l'ange connaissait tout ce qu'il est, sa connaissance serait égale à son être : et s'aimant à proportion de sa connaissance, son amour serait égal à l'un et à l'autre. Et si tout cela était bien réglé, tout cela ne ferait ensemble qu'un seul et môme bonheur de la môme âme, et à vrai dire la môme âme heureuse, en ce que parla droiture de sa volonté conforme à la vérité de sa connaissance, elle serait juste. Ainsi ces trois choses : ôtre, connaître et vouloir, font une seule âme heureuse et juste, qui ne pourrait ni ôtre sans ôtre connue, ni ôtre connue sans ôtre aimée, ni distraire de soi-môme une de ces choses sans se perdre tout entière avec tout son bonheur. Car que serait-ce à une âme que d'ôlre sans se connaître, et que serait-ce de se connaître sans s'aimer de la manière qu'il faut s'aimer pour ôtre véritablement heureux, c'est-àdire s'aimer par rapport à Dieu, qui est tout le fondement de notre bonheur?

Ainsi, à notre manière imparfaite et défectueuse, nous représentons un mystère incompréhensible. Une trinité créée que Dieu fait dans nos âmes, nous représente la Trinité incréée, que lui seul pouvait nous révéler; et pour nous la faire mieux représenter, il a môle dans nos âmes qui la représentent, quelque chose d'incompréhensible.

Nous avons vu qu'entendre et vouloir, connaître et aimer sont actes très distingués : mais le sont-ils tellement que ce soient choses entièrement et substantiellement différentes? Cela ne peut ôtre : la connaissance n'est autre chose que la substance de l'âme affectée d'une certaine façon, et la volonté n'est autre chose que la substance de l'âme affectée d'une autre. Quand je change ou dépensée et devolonté,ai-je cette volonté et celte pensée sans que ma substance y entre? Sans doute elle y entre : et tout cela au fond n'est autre chose que ma substance affectée, diversifiée, modifiée de différentes manières, mais dans son fond toujours la môme : car en changeant de pensée, je ne change pas de sub-

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