‹ Elévations sur les mystèresChapitre 37 sur 229 · IV*' SEMAINE. — 11^ ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

IV*' SEMAINE. — 11^ ÉLÉVATION

comme Dieu, la règle môme. Une de vos beautés était d'être doué d'un libre arbitre : mais non pas comme Dieu, dont la volonté est sa règle, d'un libre arbitre indéfectible. Esprit superbe et malheureux, vous vous êtes arrêté en vous-même : admirateur de votre propre beauté, elle vous a été un piège. Vous avez dit : Je suis beau, je suis parfait et tout éclatant de lumière; et au lieu de remonter à la source d'où vous venait cet éclat, vous avez voulu comme vows mirer en vous-même. Et c'est ainsi que vous avez dit: « Je monterai jusqu'aux cieux ; et je serai semblable au Très-Haut*. » Gomme un nouveau Dieu vous avez voulu jouir de vous-même. Créature si élevée par la grâce de votre créateur, \xyiis avez affecté une autre élévation qui vous fût propre, et vous avez voulu « vous élever un trône au-dessus des astres, » pour être comme le Dieu, et de vous-même et des autres esprits lumineux que vous avez attirés à l'imitation de votre orgueil : et voilà que tout à coup « vous êtes tombé : » et nous qui sommes en terre, nous vous voyons « dans l'abîme » au-dessous de nous. C'est vous qui l'avez voulu, ange superbe, et il ne faut point chercher d'autre cause de votre défection que votre volonté propre. Dieu n'a besoin ni de foudre ni de la force d'un bras indomptable, pour atterrer ces rebelles; il n'a qu'à se retirer dé ceux qui se retirent de lui, et qu'à livrera eux-mêmes ceux qui se cherchent eux-mêmes. Maudit esprit laissé à toi-même, il n'en a pas fallu davantage pour te perdre : esprits rebelles qui l'avez suivi, Dieu, sans vous ôter votre intelligence sublime, vous l'a tournée en supplice : vous avez été les ouvriers de votre malheur, et dès que vous vous êtes aimés vous-mêmes plus que Dieu, tout en vous s'est changé en mal. Au lieu de votre sublimité naturelle, vous n'avez plus eu qu'orgueil et ostentation : les lumières de votre intelligence se sont tournées en finesse et artifices malins : Fhomme que Dieu avait mis au-dessous de vous est devenu l'objet de votre envie : et dénués de la charité qui devait faire votre perfection, vous vous êtes réduits à la basse et mahcieuse occunation d'être premièrement nos séducteurs, et ensuite les bourreaux de ceux que vous avez séduits. Ministres injustes de la justice de Dieu, vous l'éprouvez les premiers : vous augmentez vos tourments en leur faisant éprouver vos rigueurs jalouses :

' Isa., XIV, 13-16.

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votre tyrannie fait votre gloire et vous n'i^tes cap;if>le8 qi.^ de ce plaisir noir et nnalin, si on le peut appeler ainsi, que donne un orgueil aveugle et une basse envie. Vous êtes ces esprits d'amocr, qui ne vous nourrissez plus que du venin de la jalousie et de la haine. Et comnnents'est fait en vous ce grand changement? Vous fous êtes retirés de Dieu et il s'est, retiré : c'est là votre grand supplice et sa grande et admirable justice. Mais il a pourtant fait plus encore : il a tonné, il a frappé: vous gémissez sous les coups incessamment redoublés de sa main invincible cl infatigable : par ses ordres souverains la créature corporelle, qui vous était soumise naturellement, vous domine et vous punit: le feu vous tourmente : sa fumée, pour ainsi parler, vous étouffe: d'épaisses ténèbres vous tiennent captifs dans des prisons éternelles: maudits esprits, haïs de Dieu et le haïssant, comment êtes-vous tombés si bas? Vous l'avez voulu, vous le voulez encore, puisque vous voulez toujours être superbes et que par votre orgueil indompté vous demeurez obstinés ci votre malheur.

Créature, quelle que tu sois et si parfaite que tu te croies, songe que tu as été tirée du néant, que de toi-même tu n'es rien : c'est du côté de celte basse origine que tu peux toujours devenir pécheresse et, dès là éternellement et infiniment malheureuse.

Superbes et rebelles, prenez exemple sur le prince de la rébellion et de l'orgueil, et voyez, et considérez, et entendez ce qu'un seul sentiment d'orgueil a fait en lui et dans tous ses sectateurs.

Fuyons, fuyons, fuyons-nous nous-mêmes: rentrons dans notre néant et mettons en Dieu notre appui comme notre amour. Amen. Amen.

nV ÉLÉVATION.

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