‹ Elévations sur les mystèresChapitre 41 sur 229 · IV* SEMAINE. — IV* ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

IV* SEMAINE. — IV* ÉLÉVATION

est inférieur à ces esprits purs : mais seulement un peu au-dessous ; car comme eux il a la vie et l'intelligence et l'amour ; et l'homme n'est pas heureux par la participation d'un autre bonheur que celui des anges : Dieu est la commune félicité des uns et des autres; et de ce côté, égaux aux anges, « leurs frères ^ » et non leurs sujets, nous ne sommes « qu'un peu audessous d'eux. »

« Vous l'avez couronné d'honneur et de gloire, » selon l'âme et selon le corps. Vous lui avez donné la justice, la droiture originelle, l'immortalité et l'empire sur toute la créature corporelle. Les anges n'ont pas besoin de ces créatures qui ne leur sont d'aucun usage, n'ayant point de corps. Mais Dieu a introduit l'homme dans ce monde sensible et corporel pour le contempler et en jouir. Le contempler, selon que David le venait de dire par ces mots : « Je verrai vos cieux qui sont l'œuvre de vos doigts : je verrai la lune et les étoiles que vous avez fondées 2 » au milieu de la liqueur immense qui les environne, et dont vous avez réglé le cours par une loi d'une inviolable stabilité. L'homme doit aussi jouir du monde, selon les usages que Dieu lui en a prescrits : du soleil, de la lune et des étoiles, « pour distinguer les jours, les mois, les saisons et les années 3. » Tout le reste de la nature corporelle est soumis à son empire: il cultive la terre et la rend féconde: il fait servir les mers à ses usages et à son commerce : elles font la communication des deux mondes qui forment le globe de la terre : tous les animaux reconnaissent son empire, ou parce qu'il les dompte, ou parce qu'il les emploie à divers usages. Mais le péché a affaibli cet empire et ne nous en a laissé que quelques malheureux restes.

Comme tout devait être mis en la puissance de l'homme, Dieu le crée après tout le reste, et l'introduit dans l'univers, comme on introduit dans la salle du festin celui pour qui il se fait, après que tout est prêt et que les viandes sont servies. L'homme est le complément des œuvres de Dieu : et après l'avoir fait comme son chef-d'œuvre, il demeure en repos.

Dieu honore l'homme : pourquoi se déshonore-t-il lui-môme, « en se rendant semblable aux botes *, » sur qui l'empire lui est donné ?

1 Apoc, XIX, 10; XXII, 9. — » Psal. viii, 4.-3 Gènes. ^ i, U, — * Psal. xLviii, 13, 21.

%S ÉLÉVATIONS SUH LES MYSTÉHES.

V« ÉLÉVATION

SUR LES SDNGULAUITÉS DE LA CRÉATION DE l'hOMME. PREMIÈRE SINGULARITÉ DANS CES PAROLES : FAISONS l'hoMME.

Homme animal, qui te ravilis jusqu'à te « rendre semblable aux bêtes * » et souvent te mettre dessous et envier leur élat, il faut aujourd'hui que tu comprennes ta dignité par les singularités admirables de ta création. La première est d'avoir été fait, non point comme le reste des créatures par une parole de commandement: fiât; mais par une parole de conseil: faciarnuSy V faisons ^. « Dieu prend conseil en lui-môme, comme allant faire un ouvrage d'une plus haute perfection, et pour ainsi dire d'une industrie particulière, où reluisît plus excellemment la sagesse de son auteur. Dieu n'avait rien fait iur la terre ni dans la nature sensible, qui pût entendre les beautés du monde qu'il avait bâti, ni les règles de son admirable architecture ; ni qui pût s'entendre soi-même à l'exemple de son créateur ; ni qui de oi-même se pût élever à Dieu et en imiter l'intelligence et l'amour, et, comme lui, être heureux. Pour donc créer un si bel ouvrage, Dieu consulte en lui-même, et voulant produire un animal capable de conseil et de raison, il appelle en quelque manière à son secours, parlant à un autre lui-même, à qui il dit : « Faisons ; » qui n'est donc point une chose faite, mais une chose qui fait comme lui et avec lui, et cette chose ne peut être que son Fils et son éternelle Sagesse, engendrée éternellement dans son sein, par laquelle et avec laquelle il avait à la vérité fait toute chose, mais qu'il déclare plus expressément en faisant l'homme.

Gardons-nous donc bien de nous laisser entraîner aux aveugles impulsions de nos passions, ni à ce que le monde appelle hasard et fortune. Nous sommes produits par un conseil manifeste, toute la sagesse de Dieu pour ainsi dire appelée. Ne croyons donc pas que les choses humaines puissent aller un seul moment à l'aventure: tout est régi dans le monde par la providence; mais surtout ce qui regarde les hommes estsoumi"

* i^saL XLViii. — 2 Geiies., l, 26.

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