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aux dispositions d'une saget^se occulte et particulière, parce que de tous les ouvrages de Dieu, l'homme est celui d'où son ouvrier veut tirer le plus de gloire. Soyons donc toujours aveuglément soumis à ses ordres, et mettons là toute notre sagesse. Quoi qu'il nous arrive d'imprévu, de bizarre et d'irrégulier en apparence, souvenons-nous de cette parole ; « Faisons l'homme, » et du conseil particulier qui nous a donné l'être.
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SECONDE DISTINCTION DE LA CRÉATION DE l'hOMME, DANS CES PAROLES : A NOTRE LMAGE ET RESSEMBLANCE.
u Faisons l'homme à notre image et ressemblance*: » à ces admirables paroles, élève-toi au-dessus des cieux et de tous les esprits célestes, âme raisonnable, puisque Dieu t'apprend que pour te former, il ne s'est pas proposé un autre modèle que lui-même. Ce n'est pas aux cieux, ni aux astres, ni aux soleils, ni aux anges mômes, ni aux archanges, ni aux séraphins qu'il te veut rendre semblable: u Faisons, dit-il, à notre image: » et pour inculquer davantage : « Faisons à notre ressemblance : » qu'on voie tous nos traits dans cette belle créature, autant que la condition de la créature le pourra permettre.
S'il faut distinguer ici l'image et la ressemblance; ou si c'esJ, comme on vient de le proposer, pour inculquer davantage cette vérité que Dieu emploie ces deux mots à peu près de môme force, je ne sais si on le peut décider. Quoi qu'il en soit, Dieu exprime ici toutes les beautés de la nature raisonnable et à la fois toutes les richesses qu'il lui a données par sa grélce: entenpement, volonté, droiture, innocence, claire connaissance de Dieu, amour infus de ce premier être, assurance de jouir avec lui d'une même félicité, si on eût persévéré dans la justice où l'on avait été créé.
Chrétiens, élevons-nous à notre modèle, et n'aspirons à rien moins qu'à imiter Dieu. « Soyez miséricordieux, dit le Fils de Dieu, comme votre Père céleste est miséricordieux 2. » Dieu est bon par sa nature, il ne fait que le bien et ne fait du mal à per-
* Gènes. ^ i, 2G. — 2 Luc, vi, 36.
sonne que forcé. Ainsi, « faisons du bien à tout le monde, et nnôMie à nos ennemis, » comme Dieu « qui fait luire son soleil sur les bons et sur les mauvais, ot pleut sur le champ du juste comme sur celui du pécheur*. » Dieu est indulgent et s'apaise aisément envers nous, malgré notre malice: pardonnons à son exemple. Il est saint: « Soyez saints comme je suis saint, » dit le Seigneur Dieu tout-puissant =^. En un mot, il est parfait: « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait^. » Qui peut atteindre à la perfection de ce modèle? Il faut donc croître toujours et ne se donner aucun repos ni aucun relâche. C'est pourquoi saint Paul « s'avance toujours dans la carrière : oubliant ce qu'il » laissait « derrière, et ne cessant de s'élendre en avant* » par de nouveaux et continuels efforts. Pesez toutes ces paroles, cet oubli, cette extension, cette infatigable ardeur. C'est au bout d'une telle course qu'on « trouve la couronne et le prix proposé par la vocation divine en Jésus-Christ. » Que nui chrétien ne s'imagine être exempt de ce travail, ou que cette perfection n'est pas pour lui. Cette voie demande, dit saint Augustin, « des gens qui marchent sans cesse: elle ne souffre pas ceux qui reculent : elle ne souffre pas ceux qui se détournent : enfin elle ne souffre pas ceux qui s'arrêtent pour peu que ce soit. » En quelque point qu'ils s'arrêtent, là les prend l'orgueil, là les prend la paresse : ils pensent avoir avancé, ou avoir fait quelque chose ; et dans ce relâchement leur pesanteur naturelle les entraine en bas, et il n'y a plus de ressource.
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l'image de la TRINITÉ DANS l'aME RAISONNABLE.
« Faisons l'homme'': » nous l'avons dit, a ces mots l'image de ^a Trinité commence à paraître. Elle reluit magnifiquement dans la créature raisonnable: semblable au Père, elle a l'être; semblable au Fils, elle a l'intelligence ; semblable au Saint- Esprit, elle a l'amour ; semblable au Père, au Fils et au Saint- Esprit, elle a dans son être, dans son inteUigence, dans son amour, une même félicité et une même vie. Vous ne sauriez lui
i Matth., V, 44, 45. — 2 Levit., xix, 2. — 3 Matth., v, 48. — * Philip. III, 13, 14. — ^ Gènes. ^ i, 26.
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en rien ôter, sans lui ôter tout. Heureuse cre'ature, et parfaite» ment semblable, si elle s'occupe uniquement de lui : alorf parftiite dans son être, dans son intelligence, dans son amour, elle entend tout ce qu'elle est, elle aime tout ce qu'elle entend: son être et ses opérations sont inséparables : Dieu devient la perfection de son être, la nourriture immortelle de son intelligence et la vie de son amour: elle ne dit comme Dieu qu'une parole, qui comprend toute sa sagesse : comme Dieu elle ne produit qu'un seul amour, qui embrasse tout son bien : et tout cela ne meurt point en elle. La grâce survient sur ce fond, et relève la nature: la gloire lui est montrée, et ajoute son complément à kl grâce: heureuse créature encore un coup, si elle sait conserver son bonheur! Homme, tu l'as perdu. Oîi s'égare ton intelhgence, où se va noyer ton amour? Hélas I hélas ! et sans fin hélas ! Reviens à ton origine.
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l'empire de l'homme sur soi-même.
« Faisons l'homme à notre image et ressemblance, afin qu'il commande aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, aux bêtes et à toute la terre, et à tout ce qui se remue ou rampe dessus*. » Troisième caractère particulier de la création de l'homme: c'est un animal né pour le commandement : s'il commande aux animaux, à plus forte raison se commande-t-il à luimême, et c'est en cela que je vois reluire un nouveau trait de la divine ressemblance. L'homme commande à so.i corps, à ses bras, à ses mains, à ses pieds ; et dans l'origine nous verrons jusqu'à quel point tout était soumis à son empire. II lui reste encore quelque chose du commandement absolu qu'il avait sur ses passions : il commande à sa propre intelligence qu'il applique à quoi il lui plaît: à sa propre volonté par conséquent, â cause de son libre arbitre, comme nous verrons bientôt; à ses sens intérieurs et extérieurs, et à son imagination qu'il tient captive sous l'autorité de la raison et qu'il fait servir aux opérations supérieures: il modère les appétits qui naissent des
t Gènes., i, 26.
images des sens; et dans l'origine il était maître alisolu de toutes ces choses : car telle était la puissance de l'image de Dieu en l'âme, qu'elle tenait tout dans la soumission et dans le respect.
Travaillons à rétablir en nous-mêmes l'empire de la raison: contenons les vives saillies de nos pensées vagabondes; parce moyen nous commanderons en quelque sorte aux oiseaux du ciel : empêchons nos pensées de ramper toujours dans les nécessités corporelles, comme font les reptiles sur la terre ; par ce moyen nous dominerons ces bas sentiments, et nous en corrigerons la bassesse. Ceux-là s'y laissent dominer, qui toujours occupés de leur santé, de leur vie mortelle et des besoins de leurs corps, sont plongés dans la chair et dans le sang, et se remuent sur la terre, c'est-à-dire qu'ils n'ont aucuns mouvements que ceux qui sont terrestres et sensuels. Ce sera dompter des lions que d'assujettir notre impétueuse colère. Nous dominerons les aminaux venimeux, quand nous saurons réprimer les haines, les jalousies et les médisances. Nous mettrons le frein à la bouche d'un cheval fougueux, quapd nous réprimerons en nous les plaisirs. Quelle nécessité de pousser plus loin la similitude, ni de nous appliquer celle des poissons? Nous pourrions dire seulement que leur caractère particulier est d'être muets, de ne respirer jamais l'air et d'être toujours attachés à un élément plus grossier. Tels sont ceux, qui possédés « du démon sourd et muet *, >> n'écoutent pas la prédication de l'Évangile et sont empêchés par une mauvaise honte de confesser leurs péchés. Ils sont toujours dans des sentiments grossiers, et entrevoient à peine la lumière du soleil. Sortons de ces mouvements charnels, où nous nageons, pour ainsi parler, par le plaisir que nous y prenons; nous exerçons une espèce de basse liberté, en nous promenant d'une passion à une autre, et ne sortant jamais de cette basse sphère, pour ainsi parler, ni de cet élément grossier. Quoi qu'il en soit, dominons en nous tout ce qu'il y a d'animal, de volage, de rampant. S'il se faut servir de notre imagination, que ce soit en l'épurant de toutes pensées corporelles et terrestres, et l'occupant saintement des mystères de Jésus-Christ, des exemples des saints, et de toutes
* Marc.^ IX, 24.
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les pieuses représentations qui nous sont offertes par l'Écriture : non pour nous y arrêter, mais pour nous élever plus haut après en avoir tiré le suc, c'est-à-dire les instructions dont nos âmes se doivent nourrir : par exemple des mystères de la vie et de la passion de Notre-Seigneur, l'esprit de pauvreté, de douceur, d'humilité et de patience.
Pour donc corriger l'abus etTégaremeut de notre imagination vagabonde et dissipée, il la faut remplir d'images saintes. Quand notre mémoire en sera pleine, elle ne nous ramènera que cea pieuses idées. La roue agitée par le cours d'une rivière va toujours, mais elle n'emporte que les eaux qu'elle trouve en son chemin : si elles sont pures, elle ne portera rien que de pur: mais si elles sont impures, tout le contraire arrivera. Ainsi, si notre mémoire se remplit de pures idées, la circonvolution pour ainsi dire de notre imagination agitée ne puisera dans ce fonds et ne nous ramènera que des pensées saintes. La meule d'un moulin va toujours, mais elle ne moudra que le grain qu'on aura mis dessous : si c'est de l'orge, on aura de l'orge moulu : si c'est du blé et du pur froment, on en aura la farine. Mettons donc dans notre mémoire tout ce qu'il y a de saintes et de pures images, et quelle que soit l'agitation de notre imagination, il ne nous reviendra,. du moins ordinairement, dans l'esprit, que la fine et pure substance- des objets dont nous nous serons remplis. Remplissons-nous de Jésus-Christ, de ses actions, de ses souffrances, de ses paroles: pour donner plus d'un objet à nos sens, remplissons-nous des saintes idées d'un Abraham immolant son fils ; d'un Jacob arrachant à Dieu par un saint combat la bénédiction qu'il en espérait: d'un Joseph laissant son habit entre les mains d'une impudique pour en tirer son chaste corps : d'un Moïse qui n'ose approcher du buisson ardent que le feu ne consume pas, et qui se déchausse par respect: d'un Isaïe qui tremble devant Dieu jusqu'à ce que ses lèvres soient purifiées ; d'un Jérémie qui bégaye si humblement devant Dieu, et n'ose annoncer sa parole; des trois jeunes hommes dont la flamme d'une fournaise brûlante respecte la foi; d'un Daniel aussi sauvé par la foi des dents des lions affamés; d'un Jean-Baptiste pr»îchant la pénitence sous la haire et sous le cilice ; d'un Saul abattu par la puissante parole de Jésus qu'il persécutait; et de toutes les autres belles images des prophètes
et des apôtres. Votre mémoire et votre imagination consacrées comme un temple saint par ces pieuses. images ne vous rapporteront rien qui ne soit digne de Dieu.
Prenez garde seulement de ne laisser jamais votre imagination s'échauffer trop, parce qu'excessivement échauffée et agitée, elle se consume elle-même par son propre feu et offusque les pures lumières de l'intelligence, qui sont celles qu'il faut faire luire ilans notre esprit; et à qui l'imagination doit seulement préparer un trône, comme elle fit au saint prophète Ézéchiel et aux autres saints prophètes, ses compagnons inspirés du même esprit.
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l'empire de dieu exprimé dans celui de l'ame sur le corps.
On passe toute sa vie dans des miracles continuels qu'on ne remarque même pas. J'ai un corps, et sans connaître aucun des organes de ses mouvements, je le tourne, je le remue, je le transporte où je veux, seulement parce que je le veux. Je voudrais remuer devant moi une paille, elle ne branle ni ne s'ébranle en aucune sorte : je veux remuer ma main, mon bras, ma tête, les autres parties plus pesantes, qu'à peine pourrais-je porter si elles étaient détachées, toute la masse du corps; et les mouvements que je commande se font comme par eux-mêmes, sans que je connaisse aucun des ressorts de cette admirable machine : je sais seulement que je veux me remuer de cette façon ou d'une autre, tout suit naturellement : j'articule cent et cent paroles entendues ou non entendues, et je fais autant de mouvements conniis et inconnus des lèvres, de la langue, du gosier, de la poitrine, de la tête : je lève, je baisse, je tourne, je roule les yeux : j'en dilate, j'en rétrécis la prunelle, selon que je veux regarder de près ou de loin : et sans même que je connaisse ce mouvement, il se fait dès que je veux regarder ou négligemment et comme superficiellement, ou bien déterminément, attentivement, ou fixement quelque objet. Qui a donné cet empire à ma volonté, et comment puis-je mouvoir également ce que je connais et ce que je ne connais pas? Je respire sans y penser et en dormant : et quand je veux, ou je suspends, ou je hâte la respiration, qui naturellement va toute seule : elle va aussi à ma vo-