V° SEMAINE. — PREMIÈRE ÉLÉVATION
plus pour le plaisir que pour la nécessité. Parce moyen l'homme devait être instruit de la nature des terres et du génie des plantes, de leurs fruits ou de leurs semences : mais il y trouvait la figure de la culture des vertus.
En amenant les animaux à l'homme*, Dieu lui fait voir qu'il en est le maître, comme un maître dans sa famille, qui nomme ses serviteurs pour la facilité du commandement. L'Écriture, substantielle et courte dans ses expressions, nous indique en môme temps les belles connaissances données à l'homme, puisqu'il n'aurait pas pu nommer les animaux, sans en connaître la nature et les différences, pour ensuite leur donner des noms convenables selon les racines primitives de la langue que Dieu lui avait apprise.
C'est donc alors qu'il connut les merveilles de la sagesse de Dieu dans cette apparence et cette ombre de sagesse qui paraît dans les industries naturelles des animaux. Louons Dieu avec Adam, et considérons comme devant nous 2 toute la nature animale, comme l'objet de notre raison. Qui a formé tant de genres d'animaux, et tant d'espèce subordonnées à ces genres, toutes ces propriétés, tous ces mouvements, toutes ces adresses, tous ces aliments, toutes ces forces diverses, toutes ces images de vertu, de pénétration, de sagacité et de violence? Qui a fait marcher, ramper, glisser les animaux? Qui a donné aux oiseaux et aux poissons ces rames naturelles qui leur font fendre les eaux et les airs? Ce qui peut-être a donné lieu à leur Créateur de les produire ensemble, comme animaux d'un dessein à peu près semblable ; le vol des oiseaux semblant être une espèce de faculté de nager dans une liqueur plus subtile, comme la faculté de nager dans les poissons est une espèce de vol dans une liqueurplus épaisse. Le même auteur a fait ces convenances et ces différences : celui qui a donné aux poissons leur triste et pour ainsi dire leur morne silence, a donné aux oiseaux leurs chants si divers, et leur a mis dans l'estomac et dans le gosier une espèce de lyre et de guitare, pour annoncer chacun à leur mode les beautés de leur Créateur. Qui n'admirerait les richesses de sa providence, qui fait trouver à chaque animal jusqu'à, une mouche, jusqu'à un ver, sa nourriture convenable? En sorte que la
* Gènes., 11, 19. — 2 Bossuet avait d'abord rais: « trouvons-nous »; il a barré ces doux mots pour los remplacer par » considérons comme ».
80 IilLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES.
diseltc ne se trouve dans aucune parlie de sa famille; nnais au contraire que l'aijondance y rcgrie partout, excepté maintenant parmi les hommes, depuis que le péché a introduit la cupidité et l'avarice.
Par la considération [seconde]* tous les animaux sont à l'usage de l'homme, puisqu'ils lui servent à connaître et a louer Dieu. Mais outre cet usage plus universel, Adam connut dans les animaux des propriétés particulières, qui leur donnaient le moyen d'aider par leur ministère celui que Dieu faisait leur seigneur. 0 Dieu, j'ai considéré vos ouvrages, et j'en ai été elTrayél Qu'est devenu cet empire que vous nous aviez donné sur les animaux? On n'en voit plus parmi nous qu'un petit reste, comme un faible mémorial de notre ancienne puissance et un débris malheureux de notre fortune passée.
Rendons grâces à Dieu de tous les biens qu'il nous a laissés dans le secours des animaux; accoutumons-nous à le louer en tout. Louons-le dans le cheval qui nous porte ou qui nous traîne : dans la brebis qui nous habille et qui nous nourrit : dans le chien qui est notre garde et notre chasseur : dans le bœuf qui fait avec nous notre labourage. N'oublions pas les oiseaux, puisque Dieu les a amenés à Adam comme les autres animaux; et qu'encore aujourd'hui apprivoisés par notre industrie, ils viennent flatter nos oreilles par leur aimable musique ; et chantres infatigables et perpétuels, ils semblent vouloir mériter la nourriture que nous leur donnons. Si nous louons les animaux dans leur travail et pour ainsi dire dans leurs occupations, ne demeurons pas inutiles ; travaillons : gagnons notre pain chacun dans son exercice, puisque Dieu l'a mis à ce prix depuis le péché.