V*" SEMAINE. — II' ÉLÉVATION
deux sexes; et la formation du second est une singularité de la création de l'homme.
Que servait à l'homme d'être introduit dans ce paradis de délices, dans tout un vaste pays que Dieu avait mis en son pouvoir, et au milieu de quatre grands fleuves dont les riches eaux traînaient des trésors : au reste sous un ciel si pur, que sans être encore obscurci par ces nuages épais qui couvrent le nôtre et produisent les orages, il s'élevait de la terre par une bénigne chaleur une vapeur douce qui se distillait en rosée et qui arrosait la terre et toutes ses plantes? L'homme était seul, et le plus seul de tous les animaux; car il voyait tous les autres partagés et appareillés en deux sexes; et, dit l'Écriture, il n'y avait que l'homme « à qui on ne trouvait point d'aide semblable à lui*. » Solitaire, sans compagnie, sans conversation, sans douceur, sans espérance de postérité, et ne sachant à qui laisser ou avec qui partager ce grand héritage et tant de biens que Dieu lui avait donnés, il vivait tranquille, abandonné à sa providence, sans rien demander. Et Dieu aussi de lui-môme, ne voulant laisser aucun défaut dans son ouvrage, dit ces paroles : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul : donnons-lui une aide semblable à lui 2. »
Peut-être donc va-t-il former le second sexe, comme il avait formé le premier? Non : il veut donner au monde dans les deux sexes l'image de l'unité la plus parfaite et le symbole futur du grand mystère de Jésus-Christ. C'est pourquoi il tire la femme de l'homme même, et la forme d'une côie superflue qu'iliui avait mise exprès dans le côté. Mais pour montrer que c'était là un grand mystère et qu'il lui fallait regarder avec des yeux plus épurés que les corporels, la femme est produite dans une extase d'Adam; et c'est par un esprit de prophétie qu'il connut tout le dessein d'un si bel ouvrage. « Le Seigneur Dieu envoya un sommeil à Adam : » un sommeil, disent tous les saints, qui fut un 'ravissement et la plus parfaite de toutes les extases : Dieu « prend une côte d'Adam et il en remplit de chair la place ^. )> Ne demandez donc point à Dieu pourquoi voulant tirer de l'homme la compagne qu'il lui donnait, il prit un os plutôt que de la chair : car s'il avait pris de la chair, on aurait pu demander de même pourquoi il aurait pris de la chair plutôt qu'un os. Ne lui
» Gènes., h, 20. — 2 Ibid., 18. — 3 lOid., 11, 21.
demandons non plus ce qu'il ajouta à la côte d'Adam pour en former un corps parfait : la matière ne lui manque pas : et quoi qu'il en soit, cet os se ramollit entre ses mains. C'est de celte dureté qu'il voulut former ces délicats et tendres membres, où dans la nature innocente il ne faut rien imaginer qui ne fût aussi pur qu'il était beau. Les femmes n'ont qu'à se souvenir de leur origine ; et sans trop vanter leur délicatesse, songer après tout qu'elles viennent d'un os surnuméraire, où il n'y avait de beauté que celle que Dieu y voulut mettre.
Mon Dieu, que de vains discours je prévois dans les lecteurs au récit de ce mystère! Mais pendant que je leur raconte un grand et mystérieux ouvrage de Dieu, qu'ils entrent dans un esprit sérieux et, s'il se peut, dans quelque sentiment de cette admirable extase d'Adam, pendant laquelle il édifia, « il bâtit en femme la côte d'Adam * : » grave expression de l'Écriture, pour nous faire voir dans la femme quelque chose de grand et de magnifique, et comme un admirable édifice où il y avait de la grâce, de la majesté, des proportions admirables et autant d'utilité que d'ornement.
La femme ainsi formée est présentée « de la main de Dieu » au premier homme, qui ayant vu dans son extase ce que Dieu faisait : « C'est ici, dit-il d'abord, l'os de mes os, et la chair de ma chair : elle s'appellera Virago, parce qu'elle est formée de l'homme ; et l'homme quittera son père et sa mère, et il s'unira à sa femme ^. « On peut croire par cette parole que Dieu avait formé la femme d'un os revêtu de chair, et que l'os seul est nommé comme prévalant dans cette formation. Quoi qu'il en soit, encore une fois sans nous arrêter davantage à des questions curieuses, et remarquant seulement en un mot ce qui paraît dans le texte sacré, considérons en esprit cette épouse mystérieuse; c'est-à-dire la sainte Éghse tirée et comme arrachée du sacré côté du nouvel Adam pendant son extase, et formée pour ainsi parler par cette plaie dont toute la consistance est dans les os et dans les chairs de Jésus-Christ, qui se l'incorpore par le mystère de l'Incarnation et par celui de l'Eucharistie qui en est une extension admirable. Il quitte tout pour s'unir à elle : il quitte en quelque façon son Père au'il avait dans le ciel,
» Gènes., ii, 22. — '^ Ibid., 23, 24.