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et sa mère la Synagogue, d'où il était issu selon la chair pour s'attacher à son épouse ramassée parmi les Gentils. C'est nous qui vivons des os et des chairs de Jésus-Christ, par les deux grands mystères qu'on vient de voir : « C'est nous qui sommes, ^omme dit saint Pierre, cet édifice spirituel et le temple vivant du Seigneur ^ » bâti en esprit dès le temps de la formation d'Eve notre mère, et dès l'origine du monde. Considérons dans le nom d'Eve, qui signifie mère des vivunlSy et l'Eglise mère des véritables vivants, et la bienheureuse Marie, la vraie mère des vivants, qui nous a tous enfantés avec Jésus-Christ qu'elle a conçu par la foi. 0 homme! voilà ce qui t'est montré dans la création de la femme pour prévenir parce sérieux toutes les frivoles pensées qui passent dans l'esprit des hommes au souvenir des deux sexes, depuis seulement que le péché en a corrompu l'institution. Revenons à notre origine : respectons l'ouvrage de Dieu et son dessein primitif : éloignons les pensées de la chair et du sang; et ne nous plongeons point dans cette boue, pendant que dans le récit qu'on vient d'entendre Dieu prend tant de soins de nous en tirer.
lïl" ÉLÉVATION.
DIEU DONNE A L'HOMME UN COMMANDEMENT, ET l'AVERTIT DE SON FRANC ARBITRE, ET TOUT ENSEMBLE DE SA SUJÉTION.
« Vous mangerez de tous les fruits du paradis : mais vous ne mangerez point de l'arbre de la science du bien et du mal. Car au jour que vous en mangerez, vous mourrez de mort*: « la mort vous sera inévitable.
Eve fut présente à ce commandement, quoique par anticipation il soit rapporté avant sa production ; ou en tout cas il fut répété en sa présence, puisqu'elle dit au serpent : « Le Seigneur nous a commandé de ne point manger ce fruit' : » si ce n'est qu'on aime mieux croire qu'elle apprit d'Adam la défense de Dieu; et que dès lors il ait plu à Dieu de nous enseigner que c'est un devoir des femmes « d'interroger, comme dit saint Paul, dans la maison et en particulier leurs maris*, » et d'attendre d'eux les ordres de Dieu.
1 I Petr., II, 5. — ' Gènes., u»\Q, 17. — 3 Ibid., m, 3. — ♦ 1 Cor XVI, 35.
8't ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES.
Quoi qu'il en soit, Dieu fait deux choses par ce commandenicnl, ei il enseigne à l'homme premièrement son libre arbitre, cl secondement sa sujétion.
Le libre arbitre est un des endroits de l'homme où l'image de- Dieu paraît davantage. Dieu est libre à faire ou ne faire pas au dehors tout ce qui lui plaît, parce qu'il n'a besoin de rien et qu'il est supérieur à tout son ouvrage : qu'il fasse cent mille mondes, il n'en est pas plus grand : qu'il n'en fasse aucun, il ne l'est pas moins. Au dehors le néant ou l'être lui est égal; et il est maître ou de ne rien faire, ou de faire tout ce qui lui plaît. Que l'âme raisonnable puisse aussi faire d'elle-même ou du corps qui lui est uni, ce qui lui plaît, c'est assurément un trait admirable et une admirable participation de l'être divin. Je ne suis rien; mais parce qu'il a plu à Dieu de me faire à son image et d'imprimer dans mon fond une ressemblance quoique faible de son libre arbitre, je veux que ma main se lève, que mon bras s'étende, que ma tête, que mon corps se tourne; cela se fait : je cesse do le vouloir, et je veux que tout se tourne d'un autre côlé; cela se fait de même. Tout cela m'est indifférent : je suis aussi bien d'un côté que d'un autre : et de tout cela il n'y en a aucune raison que ma volonté : cela est, parce que je le veux, : et je le veux parce que je le veux : et c'est là une dernière raison, parce que Dieu m'a voulu donner cette faculté ; et quand même il y a quelque raison de me déterminer à l'un plutôt qu'à l'autre, si cette raison n'est pas pressante, et qu'il ne s'agisse pour moi que de quelque commodité plus ou moins grande, je puis aisément ou me la donner, on ne me la donner pas : et je puis ou me donner ou m'ôter de grandes commodités, et si je veux des incommodités et des peines aussi grandes, et tout cela parce que j^ le veux, et Dieu a soumis cela à ma volonté : et je puis même user de ma liberté jusqu'à me procurer à moi-même de grandes souffrances, jusqu'à m'exposer à la mort, jusqu'à me la donner; tant je suis maître de moi-même par ce trait de la divine ressemblance qu'on appelle le libre arbitre. Et si je rentre au dedans de moi, je puis appliquer mon intelligence à une infinité d'objets divers, et à l'un plutôt qu'à l'autre, et à tout successivement, à commencer par où je veux : et je puis cesser de le vouloir, ou même vouloir le contraire; et d'une infinité d'actes de ma volonté, je puis faire ou celui-ci ou celui-là, sans qu'il y en ait d'autre
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raison, sinon que je le veux; ou s'il y en a d'autre raison, je suis le maître de cette raison pour nn'en servir ou ne nn'en servir pas, ainsi que je le veux. Et par ce principe de libre arbitre, je suis capable de vertus et de nnérites, et on m'impute à moi-môme le bien que je fais; et la gloire m'en appartient.
li est vrai que je puis aussi me détourner vers le mal, et mon œuvre m'est imputée à moi-même. Et je commets une faute dont je puis aussi me repentir ou ne me repentir pas; et ce repentir est une douleur bien différente des autres que je puis souffrir. Car je puis bien être fâché d'avoir la fièvre ou d'être aveugle, mais non pas me repentir de ces maux, lorsqu'ils me viennent malgré moi. Mais si je mens, si je suis injuste ou médisant, et que j'en sois fâché, cette douleur est un repentir que je puis avoir et n'avoir pas ; heureux si je me repens du mal, et que volontairement je persévère dans le bien.
Voilà dans ma liberté un trait défectueux, qui est de pouvoir mal faire : ce trait ne me vient pas de Dieu, mais il me vient du néant dont je suis tiré. Dans ce défaut je dégénère de Dieu qui m'a fait : car Dieu ne peut vouloir le mal; et le Psalmiste lui chante : « Vous être un Dieu qui ne voulez pas l'iniquité *. » Mon Dieu, voilà le défaut et le caractère de la créature : je ne suis pas une image et ressemblance parfaite de Dieu : je suis seulement fait à l'image : j'en ai quelque trait : mais par ce que je suis, je n'ai pas tout : et on m'a tourné à la ressemblance; mais je ne suis pas une ressemblance, puisqu'enfin je puis pécher. Je tombe dans le défaut par mille endroits : par la multiplicité, par la variabilité de mes actes ; tout cela n'est pas en Dieu, et je dégénère par tous ces endroits; mais l'endroit où je dégénère le plus, le faible et pour ainsi dire la honte de ma nature, c'est que je puisse pécher.
Dieu dans l'origine m'a donné un précepte; car il était juste que je sentisse que j'étais sujet. Je suis une créature à qui il convient d'être soumise : je suis né libre, Dieu l'a voulu; mais ma liberté n'est pas une indépendance : il me fallait une liberté sujette, ou si l'on aime mieux parler ainsi avec un Père de l'Église, une servitude libre sous un seigneur souverain : libéra sei^vitus : et c'est pourquoi il me fallait un précepte pour me faire sentir
4 Psal. V, 5.
que j'avais un maître. 0 Dieu, le précepte aisé que vous m'avez donné d'abord. Parmi tant d'arbres et de fruits, était-ce une chose si difficile de m'abstenir d'un seulVMais vous vouliez seulement me faire sentir par un joug aisé et avec une main légère que j'étais sous votre empire. 0 Dieu, après avoir secoué le joug, il est juste que je subisse celui des travaux, de la pénitence et de la mort que vous m'avez imposé. 0 Dieu, vous êtes mon roi ; faites-moi ce que vous voudrez par votre justice, mais n'oubliez pas .vos miséricordes.
1Y« ÉLÉVATION
SUR l'arbre DR LA SCIENCE DU BIEN ET DU MAL, ET SUR l'aRBRE DE VIE.
On peut entendre que « Dieu avait produit de la terre tout arbre beau à voir et agréable au goût : et il avait mis aussi dans le milieu du paradis l'arbre de vie et l'arbre de la science du bien et du mal ^ » Dieu pouvait annexer aux plantes certaines vertus naturelles par rapport à nos corps ; et il est aisé à croire que le fruit de l'arbre de vie avait la vertu de réparer le corps par un aliment si proportionné et si efficace, que jamais on ne serait mort en s'en servant. Mais pour l'arbre de la science du bien et du mal, comme c'était là un effet qui passait la vertu naturelle d'un arbre, on pourrait dire que cet arbre a été ainsi appelé par l'événement, à cause que l'homme en usant de cet, arbre contre le commandement de Dieu, a appris la malheureuse science qui lui fait discerner par expérience le mal que son infidélité lui attirait, d'avec le bien où il avait été créé, et qu'il devait savoir uniquement s'il eût persévéré dans l'innocence.
On peut encore penser que la vertu de donner à l'homme la science du bien et du mal, était dans cet arbre une vertu surnaturelle, semblable à celle que Dieu a mise dans les sacrements, comme dans l'eau la vertu de régénérer l'intérieur de l'homme et d'y répandre la vie de la grâce.
Quoi qu'il en soit, sans rechercher curieusement le secret de l'œuvre de Dieu, il me suffit de savoir que Dieu avait défendu absolument et dès l'origine l'usage de i'arbre de la science uu
* Gènes., ii, i>.