‹ Elévations sur les mystèresChapitre 50 sur 229 · V° SEMAINE. — IV^ ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

V° SEMAINE. — IV^ ÉLÉVATION

oien et du mal, et non pas l'usage de l'arbre de vie. Voici ses paroles : c( Mangez du fruit de tous les arbres du paradis, mais ne mangez point de celui de l'arbre de la science du bien et du mal ^ » Il n'y avait donc que ce seul fruit qui fût défendu, et celui de l'arbre de vie ne le fut qu'après le péché, conformément à cette parole : « Prenons garde qu'il ne mette encore la main sur l'arbre de vie, et qu'il ne vive éternellement 2. >>

0 Dieu, je me soumets à vos défenses : je renonce à toute science curieuse, puisque vous m'en défendez l'usage : je ne devais savoir par expérience que le bien : je me suis trop mal trouvé d'avoir voulu savoir ce que vous n'aviez pas voulu m'apprendre; et je me contente de la science que vous me voulez donner. Pour l'arbre de vie, vous m'en aviez permis l'usage, et je pouvais être immortel avec ce secours, et maintenant vous me le rendez par la croix de mon Sauveur. Le vrai fruit de vie pend à cet arbre mystérieux, et je le mange dans l'Eucharistie de dessus la croix, en célébrant ce mystère selon le précepte de Jésus-Christ en mémoire de sa mort, conformément à cette parole : « Faites ceci en mémoire de moi '; » et celle-ci de saint Paul : « Toutes les fois que vous mangerez de ce pain » céleste « et que vous boirez de cette coupe » bénite, « vous annoncerez, » vous publierez, vous célébrerez « la mort du Seigneur *. » C'est donc ici un fruit de mort et un fruit de vie : puisque Jésus-Christ a dit : « Vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts : mais quiconque mangera du pain que je vous donnerai, ne mourra jamais *. » L'Eucharistie est donc un fruit et un pain de vie : mais en même temps c'est un fruit de mort, puisqu'il fallait pour nous vivifier que Jésus « goûtât la mort pour nous tous ^: » et que rappelés à la vie par cette mort, « nous portassions continuellement en nos corps la mortification de Jésus '', » par la mort de nos passions et en mourant à nous-mêmes et à nos propres désirs, « pour ne vivre plus qu'à celui qui est mort et ressuscité pour nous ^. » Pesons ces paroles et vivons avec Jésus- Christ, comme lui « mortifiés selon la chair et vivifiés selon l'esprit 9, » ainsi que disait saint Pierre.

1 Gènes., 16, 17. — 2 ibid., m, n. — -^ Lîic.,\xu, 19. — M Cor., x[, 26. — 5 Joan., vi, ii), 50. — e Hebr., 11, 9. — MI Cor., iv, 10. — 8 lôiii., v, 15. — 9 I Petr., m, 18.

DERNIÈRE SINGULARITÉ DE LA CRKATION DK L'hOMMK DAM3 SON IMMORTALITÉ.

Nous ne comptons plus les admirables singularités de la créalion de l'homme, tant le nombre en est grand; mais la dernière est l'immortalité. 0 Dieu, quelle merveille I tout ce que je vois d'animaux autour de moi sont sujets à la mort; moi seul avec un corps composé des mêmes éléments, je suis immortel par mon origine.

Je pouvais mourir cependant, puisque je pouvais pécher : j'ai péché, et je suis mort : mais je pouvais ne pas mourir, parce que je pouvais ne pas pécher, et que c'est le péché seul qui m'a privé de l'usage de l'arbre de vie.

Quel bonheur ! quelle perfection de l'homme ! Fait à l'image de Dieu par un dessein particulier de sa sagesse; établi dans un paradis, dans un jardin délicieux où tous les biens abondaient, sous un ciel toujours pur et toujours bénin; au milieu des riches eaux de quatre fleuves ; sans avoir à craindre la mort, libre, heureux, tranquille, sans aucune difformité ou infirmité, ni du côté de l'esprit ni du côté du corps ; sans aucun besoin d'habits, avec une pure et innocente nudité; ayant mon salut et mon bonheur en ma main; le ciel ouvert devant moi pour y être transporté quand Dieu voudrait, sans passer parles ombres affreuses de la mort! Pleure sans fin, homme misérable qui as perdu tous ces biens et ne te console qu'en Jésus-Christ qui te les a rendus, et encore dans une plus grande abondance l

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