‹ Elévations sur les mystèresChapitre 55 sur 229 · TOME Vil · texte numérisé non relu

TOME Vil

t>»« ÉLÉVATIONS sua LES MYSTÈRES.

mais pour leur malheur, à connaître le mal. En un mot, leur esprit qui s'est soulevé contre Dieu ne peut plus contenir le corps auquel il devait commander; et voilà incontinent après leur péché, la cause de la honte que jusqu'alors ils ne connaissaient pas. Achevons, pour ne pas revenir à ce désordre honteux. Nous en naissons tous, et c'est par là que notre naissance et noire conception, c'est-à-dire la source môme de notre être est infectée par le péché originel. 0 Dieu, où en sommes-nous, et de quel état sommes-nous déchus !

\\V ÉLÉVATION

ÉNORMITÉ DU PÉCHÉ d'aDAM.

Qui pourrait dire combien énorme a été le crime d'être tombé en sortant toutrécemment desmains de Dieu, dans une si grande félicité, dans une si grande facilité de ne pécher pas? Voilà déjà deux causes de l'énormité : la félicité de l'état d'où tout besoin était banni; la facilité de persévérer dans ce bienheureux état, d'où toute cupidité, toute ignorance, toute erreur, toute infirmité était ôtée. Le précepte, comme on a vu, n'était qu'une douce épreuve de la sujétion, un frein léger du libre arbitre, pour lui faire apercevoir qu'il avait un maître, mais le maître le plus bénin qui lui imposait par bonté le plus doux et le plus léger de tous les jougs. Il est tombé néanmoins et Satan en a été le vainqueur, quoiqu'on ait peine à connaître par où le péché a pu pénétrer. C'est assez qu'il ait été tiré du néant, pour en porter la capacité dans son fond ; c'est assez qu'il ait hésité pour en venir à l'efTet.

A ces deux causes de l'énormité du péché d'Adam, ajoutons-y l'étendue d'un si grand crime qui comprend en soi tous les crimes, en répandant dans le genre humain la concupiscence qui les produit tous : par lequel il donne la mort à tous ses enfants qui sont tous les hommes, qu'il livre tous au démon pour les égorger, et coopère avec celui-ci dont le Fils de Dieu a dit pour cette raison « qu'il a été homicide dès le commencement *. » Mais s'il a été homicide, Adam a été le parricide de soi-même et

* Joan.^ vui, '44.

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de tous ses enfants qu'il a égorgés, non dans le berceau, mais dans le sein de leur mère et môme avant la naissance: il a encore égorgé sa propre femme, puisqu'au lieu de la porter à la pénitence qui l'aurait sauvée, il achève de la tuer par sa complaisance. 0 le plus grand de tous les pécheurs, qui te donnera le moyen de te relever d'une si affreuse chute ! quel asile trouveras-tu contre ton vainqueur? A quelle bonté auras-tu recours? A la seule bonté de Dieu : mais tu ne le peux, et c'est là le plus malheureux effet de ta chute : tu ne peux que fuir Dieu comme on va voir, et augmenter ton péché. Craignons donc du moins dans notre faiblesse le péché qui nous a vaincus dans notre force.

Vlll« ÉLÉVATION.

PRÉSENCE DE DIKU REDOUTABLE AUX Pl'XHEURS I NOS PREMIERS PARENTS AUGMENTENT LEUR CRIME EN Y CHERCHANT DES EXCUSES.

« Comme Dieu se promenait dans le paradis » (car pour les raisons qui ont été dites, nous avons vu qu'il leur apparaissait sous des figures sensibles) : « ils en entendirent le bruit. Adam et Eve se cachèrent de devant la face du Seigneur, dans l'épaisseur du bois du paradis. Et le Seigneur Dieu appela Adam, el lui dit ; Où es-tu? et Adam lui répondit : J'ai entendu dans le paradis le bruit de votre présence, et je l'ai redoutée, parce que j'étais nu, et je me suis caché. Et Dieu lui dit : Mais qui t'a montré que tu étais nu, si ce n'est que tu as mangé du fruit que je t'avais défendu * ? »

Il est dit dans l'Écriture que « Dieu se promenait à l'air durant le midi. » Ces choses en elles-mêmes si peu convenables à la majesté de Dieu et à l'idée de perfection qu'il nous a donnée de lui-môme nous avertissent d'avoir recours au sens spirituel. Le midi, qui est le temps de la grande ardeur du jour, nous signifie l'ardeur brûlante de la justice de Dieu, lorsqu'elle vient se venger des pécheurs : et quand il est dit que Dieu dans cette ardeur se promène à l'air, c'est qu'il tempère par bonté l'ardeur intolérable de son jugement. Car c'était déjà un commencement de bonté de vouloir bien reprendre Adam : au lieu que sans le

« Gencs., m, 8-11.

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reprendre, il pouvait le précipiter dans les enfers, comme il a fait l'ange rebelle. Adam n'avait pas encore appris à profiler de ces reproches, et comme à respirer à cet air plus doux : plein des terreurs de sa conscience, il se cache dans la forôt, et n'ose paraître devant Dieu.

Nous avons vu l'homme pécheur qui ne se peut souffrir luimême : mais sa nudité ne lui est jamais plus affreuse que par rapport, non point à lui-môme, mais à Dieu, « devant qui tout est à nu et à découvert, » jusqu'aux replis les plus intimes de sa conscience : quia omnia nuda sunt et aperta oculis ejus *. Contre des yeux si pénétrants, des feuilles ne suffisent pas : Adam cherche l'épais des forêts, et encore n'y trouve-t-il pas de quoi s'y Tfiettre à couvert. Il ne faut pas s'imaginer qu'il crût se soustraire aux yeux invisibles de Dieu : il tâcha du moins de se sauver de sa présence sensible qui le brûlait trop, à peu près comme feront ceux qui crieront au dernier jugement : « Montagnes, tombez sur nous : collines, enterrez-nous 2. » Mais la voix de Dieu le poursuit : « Adam, où es-tu? » Combien loin de Dieu et de loi-même ! dans quel abîme de maux, dans quelles misères, dans quelle ignorance, dans quel déplorable égarement!

A cette voix, étonné et ne sachant où se mettre : « Je me suis caché, dit-il, parce que j'étais nu. — Mais qui t'a dit que tu étais nu, si ce n'est que lu as mangé du fruit défendu? — La femme que vous m'avez donnée pour compagne m'a présenté du fruit et j'en ai mangé ^. » C'est ici que les excuses commencent; vaines excuses qui ne couvrent pas le crime, et qui découvrent l'orgueil et l'impénitence. Si Adam, si Eve avaient pu avouer humblement leur faute, qui sait jusqu'où se serait portée la miséricorde de Dieu? Mais Adam rejette la faute sur la femme, et la femme sur le serpent, au lieu de n'en accuser que leur libre arbitre. De si frivoles excuses étaient figurées par les feuilles de figuier, par /épaisseur de la forêt dont ils pensaient se couvrir; mais Dieu fait voir la vanité de leur excuse. Que sert à l'homme de dire : « La femme que vous m'avez donnée pour compagne? » Il semble s'en prendre à Dieu même. Mais Dieu lui avait-il donné celle femme pour compagne de sa désobéissance? Ne devait-il pas la cégir, la redresser? C'est donc le comble du crime, loin de l'a-

* Hetr., IV, 13. — » Luc, xxiii, 30. —■^ Gènes., m, 10-12.

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