SUITE DES EXCUSES
•t Et Dieu dit à Eve : Pourquoi avez-vous fait cela ? Elle répon* dit : Le serpent m'a trompée 2. » — Mais pourquoi vous laissiezvous tromper? N'aviez-vous pas tout ensemble votre libre arbitre et ma grâce? Pourquoi avez-vous écouté ? La conviction était facile; mais Dieu en laisse l'effet à la conscience d'Eve; et se tournant vers le serpent dont l'orgueil et l'obstination ne lui permet-
* Psal. XXXI, I. — 2 Gènes. t m, 13.
tait pas (le s'excuser, sans lui demander de ■pourquoi, ainsi qu'il avait lait à Adann et à Eve, il lui dit déci.siveir»ent ('A tout court : « Parce que vous avez fait cela, vous serez maudit parmi tous les animaux : vous marcherez sur votre estomac : et lu terre sera votre nourriture '. » Voilà trois caractères du .serpent : d fttre en exécration et en horreur plus que tous les autres animaux; c'est aussi le caractère de Satan, que tout le monde maudit : de marcher sur son estomac, de n'avoir que des pensées basses, et ce qui revient à la môme chose, de se nourrir de terre, c'est-àdire de pensées terrestres et corporelles, puisque toute son occupation est d'être notre tentateur et de nous plonger dans la chair et dans le sang. La suite marque encore mieux le caractère du diable, qui le pousse à porter des plaies par derrière et par le bas; c'est ce que Dieu explique par ces paroles : « Tu lui dresseras des embûches et lui mordras le talon *. » Comme donc les caractères du diable devaient être représentés par ceux du serpent, Dieu qui le prévoyait le détermina à se servir de cet animal pour parler à Eve, afin qu'étant l'image du diable par ses embûches, il en représentât encore le juste supplice ; en sorte que ces caractères que nous venons de marquer convinssent au serpent erj parabole, et au diable en vérité.
Considérez un moment comment Dieu atterre cet esprit superbe, enflé de sa victoire sur le genre humain. Quel autre en a remporté une plus entière ? Par un seul coup tout le genre humain devient le captif de ce superbe vainqueur. Vantez-vous de vos conquêtes, conquérants mortels : Dieu, qui a humilié le serpent au miheu de son triomphe, saura vous abattre.
Xl° ÉLÉVATION.
LE SUPPLICE d'Eve et comment il est changé en remède.
« Le Seigneur dit à la femme : « Je multiplierai tes calamicés et tes enfantements ; tu enfanteras dans la douleur ^ » ; la fécondité est la gloire de la femme; c'est là que Dieu met son sup~ plice : ce n'est qu'au péril de sa vie qu'elle est féconde. Ce supplice n'est pas particulier à la lemme : la race humaine est
i Gènes., m, 14. — 2 Ibid., 15. — » Ibid., 16.
Vr SEMAmE. — XI' ÉLÉVATION. 103
maudite; pleine dès la conception et dès la naissance de confusion et de douleurs, et de tous côtés environnée de tourment et de mort, l'enfant ne peut naître sans mettre sa mère en péril; ni le mari devenir père sans hasarder la plus chère moitié de sa vie. Eve est malheureuse et maudite dans tout son sexe, dont les enfants sont si souvent les meurtriers : elle était laite pour être à l'homme une douce société, sa consolation, et pour faire la douceur de sa vie; elle s'enorgueillissait de cette destination : mais Dieu y môle la sujétion ; et il change en une amère domination cette douce supériorité qu'il avait d'abord donnée à l'homme. 11 était supérieur par raison; il devient un maître sévère par humeur; sa jalousie le rend un tyran; la femme est assujettie à cette fureur, et dans plus de la moitié de la terre les femmes sont dans une espèce d'esclavage. Ce dur empire des maris et ce joug auquel la femme est soumise est un effet du péché. Les mariages sont aussi souvent un supplice qu'une douce liaison ; et on est une dure croix l'un à l'autre, et un tourment dont on ne peut se délivrer; unis et séparés on se tourmente mutuellement. Dans le sens spirituel, on n'enfante plus qu'avec peine : toutes les productions de l'esprit lui coûtent : les soucis abrègent nos jours ; tout ce qui est désirable est laborieux.
Par la rédemption du genre humain, le supplice d'Eve se change en grâce. Sa première punition lui rendait sa fécondité périlleuse : mais la grâce, comme dit saint Paul, fait « qu'elle est sauvée par la production des enfants *. » Si sa vie y est exposée, son salut y est assuré, pourvu qu'elle soit fidèle à ce que demande son état; c'est-à-dire qu'elle demeure « dans la foi (conjugale), dans un amour » chaste de son mari, u dans la sanctification » et la piété, comme naturelle à son sexe ; bannissant les vanités de la parure et toute mollesse « par la sobriété », la modération et la tempérance, comme ajoute le même saint Paul.
* I Timotli.^ Il, ii>.
XIP ÉLÉVATION.
LE SUPPLICE d'aDAM, ET PREMIÈREMENT LE TRAVAIL.
«Ildilà Adam : Parce que tu as écouté la parole de ta femme'. » C'est par où commence l'accusation ; l'homme est convaincu d'abord d'une complaisance excessive pour la femme : c'est la source de notre perte, et ce mal ne se renouvelle que trop souvent. Continuons : « Parce que tu as mungé du fruit que je t'avais interdit, tu ne mangeras ton pain qu'avec la sueur de ton visage, etc. » C'est par où commence le supplice; mais il est exprimé par des paroles terribles : « La terre est maudite dans ton travail : « la terre n'avait point péché; et si elle est maudite, c'est à cause du travail de l'homme maudit qui la cultive : on ne lui arrache aucun fruit, et surtout le fruit le plus nécessaire, que par force et parmi des travaux continuels.
« Tous les jours de ta vie ^ : « la culture de la terre est un soin perpétuel qui ne nous laisse en repos ni jour ni nuit, ni en aucune saison : à chaque moment l'espérance de la moisson et le fruit unique de tous nos travaux peut nous échapper : nous sommes à la merci du ciel inconstant, qui fait pleuvoir sur le tendre épi, non seulement les eaux nourrissantes de la pluie, mais encore la rouille inhérente et consumante de la niellure.
« La terre te produira des épines et des buissons ^ : » féconde dans son origine et produisant d'elle-même les meilleures plantes, maintenant si elle est laissée à son naturel, elle n'est fertile qu'en mauvaises herbes : elle se hérisse d'épines : menaçante et déchirante de tous côtés, elle semble même nous vouloir refuser la liberté du passage, et on ne peut marcher sur elle sans combat.
« Tu mangeras 1 herbe de la terre * : » il semble que dans l'innocence des commencements, les arbres devaient d'eux-mêmes offrir et fournir à l'homme une agréable nourriture dans leurs fruits : mais depuis que l'envie du fruit défendu nous eut fait pécher, nous sommes assujettis à manger l'herbe que la terre ne roduit que par force; et le blé dont se forme le pain qui est
» Gènes,, m, 17-19. — 2 Ibid. — 3 laid., 18. — * Ibid.