LA MORT VRAIE PEINE DU PÉCHÉ
« Au jour que vous mangerez du fruit défendu, vous mourrez de mort^. » Dans Tinstant môme vous mourrez de la mort de l'âme, qui sera incontinent séparée de Dieu, qui est notre vie et l'âme de l'âme môme. Mais encore que votre âme ne soit pas actuellement séparée de votre corps à l'instant même du péché, néanmoins à cet instant elle mérite de l'être ; elle en est donc séparée quant à la dette, quoique non encore par l'effet : nous devenons mortels : nous sommes dignes de mort : la mort nous domine '. notre corps dès là devient un joug à notre âme, et nous
1 PsaL, u, 8,9. — 2 Matth., xxvii, 40, 42, 43. — a Gcnes., m, 23. * lùid., 24. — e Ibid., 11, 17.
accable de tout le poids de la mortalité et de l'infirmité qui l'accompagnent : justement, Seigneur, justement : car l'âme qui a perdu volontairement Dieu, qui était son âme, est punie de sa défection par son inévitable séparation d'avec le corps qui lui est uni ; et la perte que fait le corps par nécessité de l'âme qui le gouverne et le perfectionne, est le juste supplice de celle que l'âme a faite volontairement de Dieu, qui la vivifiait par son union.
Justice de Dieu, je vous adore ! il était juste que composé de deux parties dont vous aviez rendu l'union immuable, tant que je demeurerais uni à vous parla soumission que je vous devais, après que je me suis soulevé contre vos ordres inviolables, je visse la dissolution des deux parties de moi-même auparavant si bien assorties, et que je visse mon corps en état d'aller pourrir dans la terre et de retourner à sa première boue. 0 Dieu, je subis la sentence ; et toutes les fois que la maladie m'attaquera, pour petite qu'elle soit, ou que je songerai seulement que je suis mortel, je me souviendrai de cette parole : « Tu mourras de mort, » et de cette juste condamnation que vous avez prononcée contre toute la nature humaine. L'horreur que j'ai naturellement de la mort me sera une preuve de mon abandonnement au péché : car, Seigneur, si j'étais demeuré innocent, il n'y aurait rien qui pût me faire horreur. Mais maintenant je vois la mort qui me poursuit, et je ne puis éviter ses affreuses mains. 0 Dieu, faites-moi la grâce que l'horreur que j'en ressens et que votre saint Fils Jésus n'a pas dédaigné de ressentir m'inspire l'horreur du péché qui l'a introduite sur la terre. Sans le péché nous n'aurions vu la mort que peut-être dans les animaux : encore un grand et saint docteur * semble-t-il dire qu'elle ne leur serait point arrivée dans le paradis, de peur que les yeux innocents des hommes n'eussent été frappés de ce triste objet. Quoi qu'il en soit, ô Jésus, je déteste le péché plus que la mort, puisque « c'est par le péché que la mort a régné sur tout le genre humain, depuis Adam^ » notre premier père jusqu'à ceux qui vous verront arriver dans votre gloire.
« S. August., Contra JiiL, lib. III, n. 147. — 2 Rom., v, 12, 14.
Vr SEMAINE. — XVI' ÉLÉVATION. 109
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