‹ Elévations sur les mystèresChapitre 67 sur 229 · VII* SEMAINE. — VII' ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

VII* SEMAINE. — VII' ÉLÉVATION

cette race les filles commencent à se faire de nouveaux attraits : les enfants de Dieu s'y laissent prendre : le plaisir des sens l'emporle : et ce sont les filles de ceux qu'on appelait les enfants des hommes, c'est-à-dire les enfants delà chair, qui attirent dans la corruption par leur beauté, parleur mollesse, par leurs parures, par leurs caresses trompeuses, ceux qui vivaient selon Dieu et selon l'esprit. C'est dans cette race que l'on commence à avoir deux femmes : Lamech épousa Ada et Sella : le meurtre de Caïn s'y perpétua : Lamech dit à ses deux femmes, comme en chantant : « J'ai tué un jeune homme'. » Cette qualité et l'aveu qu'il fait à ses femmes de ce meurtre, font soupçonner que sa jalousie contre une jeunesse florissante avait donné lieu à ce meurtre. Quoi qu'il en soit, la race de Caïn continue à verser le sang humain : et non seulement cette race prévaut, mais encore elle entraîne l'autre dans ses désordres. Tout est perdu, et Dieu est contraint de noyer le monde dans le déluge.

Ainsi la piété n'eut rien de ferme. Avant que de mourir, Adam la vit périr en quelque façon dans toute sa race, et non seulement dans la postérité de Caïn, mais encore dans celle de Seth. Il est dit d'Enos, fils de Seth, « qu'il commença à invoquer le nom du Seigneur 2. » Dieu était en quelque sorte oublié : il fallut qu'Enos en renouvelât le culte qui s'affaiblissait même dans la race pieuse. Quelques-uns veulent entendre cette invocation d'Enos d'un faux culte; le premier sens est le plus naturel. Quoi qu'il en soit, il serait toujours vrai que le faux culte aurait bientôt commencé, même parmi les pieux et dans la famille de Seth.

Quelque temps après on remarque par deux fois comme une chose extraordinaire, môme dans la race de Selh, « qu'Hénoch, » un de ses petits-enfants, « marcha avec le Seigneur, » que tout d'un coup « il cessa de paraître parmi les hommes, parce que le Seigneur l'enleva ^ » d'un enlèvement semblable à celui d'Élie, et le retira miraculeusement du « monde » qui « n'était pas digne de l'avoir * : » tant la corruption était entrée dès lors même dans la race de Seth. Hénoch était le septième après Adam, et Adam vivait encore : et cependant la piété dégénérait à ses yeux, et la corruption devenait si universelle, qu'on regardait comme

i Gènes., iv, 23. — 2 loid., 2G. — 3 Ibid., v, 22, 2i. — * Hebr., xi, 5.

une merveille, môme parmi les enfants de Seth, qu'Hénoch inurcliât avec Dieu.

I/apôtre saint Jude, par inspiration particulière, nous a conservé une prophétie d'Hcnoch dont voici les termes : « Le Seigneur va venir avec des milliers de ses saints (anges), pour exercer son jugement contre tous les hommes, et reprendre tous les impies de toutes les œuvres de leur impiété, et de toutes les paroles dures et » blasphématoires u que les pécheurs impies ont proférées contre lui. C'est ainsi, » dit saint Jude, « que prophétisait Hénoch, le septième après Adam *. » Quoique les hommes eussent encore parmi eux leur premier père qui était sorti immédiatement des mains de Dieu, ils tombèrent dans une espèce d'impiété et d'athéisme, oubliant celui qui les avait faits, « et Hénoch commença » à leur dénoncer la vengeance prochaine et universelle que Dieu devait envoyer avec le déluge.

Les choses furent dans la suite poussées si avant, qu'il ne resta qu'une seule famille juste, et ce fut celle de Noé. Encore dégénéra-t-elle bientôt : Cham et sa race furent mandits : la famille de Japhet, comme Cham et ses enfants, fut livrée à l'idolâtrie : on la voit gagner peu à peu aussitôt après le déluge : la créature fut adorée pour le créateur : l'homme en vint jusqu'à adorer l'œuvre de ses mains : la race de Sem était destinée comme pour succéder à celle de Seth d'où elle était née : mais le culte de Dieu s'y affaiblit sitôt, qu'on croit même que Tharé, père d'Abraham, était idolâtre, et qu'Abraham fut persécuté parmi les Chaldéens d'où il était, parce qu'il ne voulut point adhérer à leur culte impie. Quoi qu'il en soit, pour le conserver dans la piété, Dieu le tira de sa patrie et le sépara de tous les peuples du monde, sans lui permettre ni de demeurer dans son pays, ni de se faire aucun établissement dans la terre où il l'appelait. La corruption s'étendait si fort, et l'idolâtrie devenait si universelle, qu'il fallut séparer la race des enfants de Dieu, dont Abraham devait être le chef, par une marque sensible. Ce fut la circoncision : et ce ne fut pas en vain que cette marque fut imprimée où l'on sait, en témoignage immortel de la malédiction des générations humaines, et du retranchement qu'il fallait faire des passions sensuelles que le péché avait introduites, et desquelles

« Ep. Judœ, n, 15.

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nous avions à naître. 0 Dieu, où en est réduit le genre humain ! Le sacrement de la sanctification a dû nous faire souvenir de la première honte de notre nature : on n'en parle qu'avec pudeur, et Dieu est contraint de flétrir l'origine de notre être. Il faut le dire une fois, et couverts de honte mettre nos mains sur uos visages.

VIll' ÉLÉVATION.

SDR LES HORREURS DE l'iDOLATRIE.

Lisons ici les chapitres xni et xiv du livre de la Sagesse sur l'idolâtrie. En voici un abrégé : Les sentiments des hommes sont vains parce que la connaissance de Dieu n'est point en eux : ils n'ont pu comprendre celui qui « était » par tant de beaux objets présentés à leur vue, et regardant les ouvrages il n'en ont pu comprendre le sage artisan ^ : appelant dieux et arbitres souverains du monde, ou le feu, ou les vents et l'air agité, ou l'eau, ou le soleil, ou la lune, ou les étoiles qui tournent en rond sur nos tôtes, sans pouvoir entendre ; que si touchés de leur beauté ils les ont appelés dieux, combien plus celle de leur créateur leur devait paraître merveilleuse. Car il est père du beau et du bon : la source de toute beauté et le plus parfait de tous les êtres. Et s'il y a de la force dans ces corps qu'ils ont adorés, combien doit être plus puissant celui qui les a faits? Car par la grandeur de la beauté de la créature, on pouvait voir et connaître intelligiblement le créateur. Mais encore ceux-là sontils les plus excusables, puis({u'ils se sont égarés peut-être en cherchant Dieu dans ses œuvres qui les invitaient à s'élever vers leur principe. Quoiqu'en effet ils soient toujours inexcusables, puisque s'ils pouvaient parvenir à connaître la beauté d'un si grand ouvrage, combien plus facilement en devaient-ils trouver l'auteur? Mais ceux-là sont sans comparaison plus aveugles et plus malheureux, et leur espérance est parmi les morts, qui trompés par les inventions et l'industrie d'un bel ouvrage, ou par les superbes matières dont on l'aura composé, ou par la vive ressemblance de quelques animaux, ou par l'adresse et le

* Sap.f XIII, 5, 34.

curieux travail d'une main antique sur une pierre inulile el insensible, ont adoré les ouvrages de la main des hommes. En dressant un bois pesant, reste du feu dont ils ont fait cuire leur nourriture, et le soutenant avec peine par des liens de fer dans une muraille, le peignant d'un rouge qui semblait lui donner un air de vie, à la fin vient à l'adorer, à lui demander la vie et la santé qu'il n'a pas, à le consulter sur son mariage et sur ses enfants, et lui fait de riches offrandes. Ou porté sur un bois fragile dans une périlleuse navigation, il invoque un bois plus fragile encore *■ : un père affligé fait une image d'un fils qui lui a été trop tôt ravi; et pour se consoler de celte perte, il lui fait offrir des sacrifices comme à un Dieu'-' (toute une famille entrait dans cette flatterie) : les rois de la terre faisaient adorer leurs statues; et n'osant se procurer ce culte à eux-mêmes à cause de leur mortalité trop manifeste de près, ils croient plus aisément pouvoir passer pour dieux de plus loin. Telle a été l'illusion de la vie humaine ; emportés par leurs passions et leur amour pour leurs rois, les hommes en ont adoré les statues et ont donné au bois et à la pierre le nom « incommunicable ^ : » ils ont immolé leurs enfants à ces faux dieux : il n'y a plus rien eu de saint parmi les hommes : les mariages n'ont pu conserver leur sainteté : les meurtres, les perfidies, les troubles et les parjures ont inondé sur la terre : l'oubli de Dieu a suivi : les joies publiques ont amené des fêtes impies : les périls publics ont introduit des divinations superstitieuses et fausses : on n'a plus craint de se parjurer, quand on a vu qu'on ne jurait que par un bois ou une pierre, et la justice et la bonne foi se sont éteintes parmi les hommes.

11 faut lire encore l'endroit de saint Paul *, où il dit que les invisibles grandeurs de Dieu, son éternelle puissance et sa divinité paraissent visiblement dans ses créatures : et que cependant les plus sages, ceux qui en étaient les plus convaincus, lui ont refusé le culte qu'ils savaient bien qu'on lui devait, et ont suivi les erreurs d'un peuple ignorant, qui changeait la gloire d'un Dieu immuable en la figure des reptiles les plus vils, laissant évanouir toute leur sagesse et devenus insensés, pendant qu'ils se glorifiaient du nom de sages. Ce qui aussi a obligé

* Sap.. XIV, 1 . — 2 lôid., 15 et seq. — 3 ItvJ., 21 et seq. — * Rom., I, 20, 21 et seq.

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Dieu à les livrer à des passions et à des désordres abominables contre la nature, et à permettre qu'ils fussent remplis de tou vice, impiété, médisance, perfidie, insensibilité ; en sorte qu'ils étaient sans compassion, sans affection, sans foi, parce que connaissant la justice el la vérité de Dieu, ils n'ont pas voulu le servir, et ont préféré la créature à celui qui était le créateur béni aux siècles des siècles.

Ce déluge d'idolâtrie s'est répandu par toute la terre. L'inclination qu'y avaient les Juifs, que tant de châtiments divins ne pouvaient en arracher, montre la pente commune et la corruption de tout le genre humain. Ce culte était devenu comme naturel aux hommes; et c'est ce qui faisait dire au Sage que les « nations » idolâtres « étaient méchantes par leur naissance : que la semence en était maudite dès le commencement : que leur malice était naturelle, et que leurs perverses inclinations ne pouvaient jamais être changées *. »

Un dérèglement si étrange et à la fois si universel devait avoir une origine commune : montrez-la-moi autre part que dans le péché originel, et dans la tentation, qui disant à l'homme : « Vous serez comme des dieux 2, » posait dès lors le fondement de l'adoration des fausses divinités.

Vlir SEMAINE

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