‹ Elévations sur les mystèresChapitre 74 sur 229 · JÉSUS-CHRIST PLUS EXPRESSÉMENT PRÉDIT AUX PATRIARCHES · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST PLUS EXPRESSÉMENT PRÉDIT AUX PATRIARCHES

Tout le genre humain se corrompait : « Dieu laissa toutes les nations aller dans leurs voies, » comme dit saint Paul dans les Actes, ^ : chacune voulait avoir son Dieu et le faire à sa fantaisie : le vrai Dieu qui avait tout fait était devenu le « Dieu inconnu ^ ; et quoiqu'il fût si près de nous « par son opération et par ses dons, de tous les objets que nous pouvions nous proposer, c'était le plus éloigné de notre pensée. Un si grand mal gagnait et allait devenir universel. Mais pour l'empêcher, Dieu suscita Abraham, en qui il voulait faire un nouveau peuple, et rappeler à la fin tous les peuples du monde pour être en Dieu un seul peuple. C'est le

* Gcnes., ix, 36. — ^ Ihi^L, xn, 3.-3 Act., ii, 6. — * Coloss., ni, U, — 5 Ad., XIV, 15. — 6 lôid., xvH, 23, 27.

VIII* SEMAINE. — Vlir ÉLÉVATION. 137

sens de ces paroles : « Sors de ta terre et de ta parenté, et de la maison de ton père, et viens en la terre que je te montrerai : et je ferai sortir de toi un grand peuple, et en toi seront bénies toutes les nations de la terre ^ » Voilà donc deux choses : premièrement: « Je ferai sortir de toi un grand peuple, » qui sera le peuple hébreu; mais ma bénédiction ne se terminera pas à ce peuple : «Je bénirai, «je sanctifierai « en toi tous les peuples de la terre, » qui, participant à ta grâce comme à ta foi, seront tous ensemble un seul peuple retourné à son créateur, après l'avoir oublié durant tant de siècles.

Voilà le sens manifeste de ces paroles : « En toi seront bénies toutes les nations de la terre. » Dieu, seul interprète de soimôme, a expliqué ces paroles : In te benedicentur : « en toi seront bénis tous les peuples de la terre; » par celles-ci : In semine iuo : « dans ta semence 2; » c'est-à-dire comme l'explique doctement et divinement l'apôtre saint Paul : « dans un de ta race ; dans un fruit sorti de toi ^ : » au nombre singulier; en sorte qu'il y devait avoir un seul fruit, un seul germe, un seul fils sorti d'Abraham, en qui et par qui serait répandue sur toutes les nations de la terre la bénédiction qui leur était promise en Abraham. Ce fruit, ce germe béni, cette semence sacrée, ce fils d'Abraham, « c'était le Christ, » qui devait venir de sa race. C'est pourquoi, comme remarque saint Paul, l'Écriture parle toujours au singulier : Non in seminibus, sed in semine : « Non en plusieurs, mais dans un seul de ta race * : » et c'était aussi cette semence bénie, promise à la femme dès le commencement de nos malheurs, par qui la tête du serpent serait écrasée et son empire détruit.

La môme promesse a été réitérée à Isaac et à Jacob : c'est pourquoi après cela, Dieu a voulu être caractérisé par ce titre : « Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ^: » comme qui dirait, le Dieu des promesses, le Dieu sanctificateur de tous les peuples du monde, et non seulement des Juifs qui sont la race charnelle de ces patriarches, mais encore de tous les fidèles qui en sont la race spirituelle, et les vrais enfants d'Abraham « qui suivent les vestiges de sa foi ^. » Et tout cela ne s'est accompli qu'en Jésus-Christ, par qui seul le Dieu véritable,

» Gènes., xii, 1-3. — ^ Ibid. 3. — ■ ^Galat., m, 16. - '^ Ibid., 16. — *Exod,^ m, 0. — s Rom., iv, 12.

auparavant oublié parmi tous les peuples rju monde, sans que personne le servît, si ce n'était les seuls enfants d'Abraham, a été prêché aux gentils qu'il a ramenés à lui après tant de siècles.

C'est pourquoi, dans tous les prophètes, la vocation des gentils est toujours marquée comme le propre caractère du Christ qui devait venir pour sanctifier tous les peuples : et voilà cette promesse faite à Abraham, qui fait tout le fondement de notre salut.

Entrons donc dans cette divine alliance faite avec Abraham, Isaac et Jacob; et soyons les véritables enfants de la promesse. Entendons toute la force de cette parole : « Être enfants de la promesse, c'est être les enfants promis à Abraham. » Dieu nous a promis à ce patriarche : s'il nous a promis, il nous a donnés : s'il nous a promis, il nous a faits ; car, comme dit l'apôtre saint Paul : « 11 est puissant pour faire ce qu'il a promis : » non pour le prédire, mais pour l'accomplir, pour le faire. Nous sommes donc la race qu'il a faite d'une manière particulière : enfants de promesse, enfants de grâces, enfants de bénédiction, peuple nouveau et particulier que Dieu a créé pour le servir : non pour seulement porter son nom, mais pour être un vrai peuple, agréable à Dieu, sectateur des bonnes œuvres; et comme enfants de miséricorde, choisis et bienaimés, aimant Dieu de tout notre cœur et notre prochain comme nous-mêmes ; et étendant notre amour à toutes les nations et à tous les peuples, comme à ceux qui sont comme nous dans la destination de Dieu « enfants d'Abraham et héritiers des promesses ^ » Voilà les richesses qui sont renfermées dans ce peu de mots : « En toi, dans un de ta race, seront bénies toutes les nations de la terre. »

IX^ ÉLÉVATION

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