‹ Elévations sur les mystèresChapitre 75 sur 229 · LA. CIRCONCISION · texte numérisé non relu

LA. CIRCONCISION

On ne peut nier que la circonscision donnée à Abraham ce soit une grande grâce ^ : puisque c'est, comme dit saint Paul,

» Galat., m, 29.-2 i{o)n., irr, 2.

vIII» SEMAIME. — IX° ÉLÉVATION. 139

« le sceau de la justice^ » dans ce patriarche, le gage, et le sacrement de l'alliance de Dieu avec lui et toute sa race. Mais regardons toutefois ce que c'est que cette circoncision. C'est après tout une flétrissure, une marque dans la chair, telle qu'on la ferait à des esclaves. On ne marque pas ses enfants sur le corps : on n'y marque que les esclaves, comme une espèce d'animaux nés pour servir. « Vous porterez mon alliance dans votre chair 2, » disait Dieu à Abraham. Ecoutons : « dans votre chair : » c'est une marque servile et charnelle, plus capable de faire un peuple d'esclaves que de faire un peuple d'enfants, ou pour parler plus simplement, une famille. Sans doute Dieu destinait le genre humain à une plus haute alhance : et c'est pourquoi aussi il la commence avec Abraham avant la circoncision, quand il le tire de sa terre, et qu'il lui fait ses promesses : Abraham encore incirconcis « crut, et il lui fut imputé à justice ^. » Il n'était pas encore circoncis, et cependant il crut à Dieu, et il fut justifié par cette foi, et la circoncision lui fut donnée « comme le sceau de la justice de la loi qu'il avait reçue incirconcis*. « Les enfants de la promesse lui sont aussi donnés en cet état : « Je multiplierai ta postérité : en toi seront bénies toutes les nations, » ou si l'on veut, « toutes les familles de la terre ^; en prenant les nations pour des familles, puisqu'elles ne sont en efl'ei que la propagation d'un môme sang. Nous voilà donc tous ensemble et tant que nous sommes de fidèles, bénis dans Abraham incirconcis. Pourquoi? sinon pour montrer qu'Abraham justifié avant sa circoncision « est le père » dans ce même état « de tous ceux qui chercheront, » comme dit saint Paul, « dans notre père Abraham les vestiges de la foi qui l'a justifié, lorsqu'il était encore incirconcis : « vestigiafldei, qux estinprœputio patris nostri Abrahœ » ^, comme raisonne l'Apôtre.

Mais dans l'établissement de la circoncision que veut dire cette parole : « Si un enfant n'est pas circoncis au huitième jour, son âme périra et sera effacée du milieu de son peuple '' ? » Qu'a fait cet enfant de huit jours? et périrait-il sous un Dieu juste, si son âme était innocente? Race damnée et maudite, nous ne saurions recevoir aucune grâce du ciel, ni aucune

Rom., IV, 11. — 2 Gènes., xvii, 13. — '^ loid., xv, G. ^- '* liotn., iiv, 11. — 6 Gènes., xn, 3. — ^ Hom., iv, 10-12. — ^ Gènes., xvn, 14.

140 ÉLÉVATIONS SUH LES MYSTÉFiES.

nspôrance du salut, qui ne marque et ne présuppose noire perte. Nous recevons nnaintenant une nneilleure et plus sainte circoncision, nous qui sommes régénérés par le baptême. Mais la promesse est accompagnée de malédiction contre ceux qui n'en seront point participants : « Si vous ne renaissez de l'eau et du Saint-Esprit, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux*. » Confessons donc humblement que nous en étions naturellement exclus, et qu'il n'y a que la grâce qui nous y rétablisse. Recpnnaissons notre perte, si nous voulons avoir part à la bénédiction du fils d'Abraham : soyons, comme dit saint Paul, « la véritable circoncision, en servant Dieu selon l'esprit 2, )> et en retranchant non « la chair, » mais les cupidités charnelles, c'est-à-dire la sensualité en quelque endroit de notre âme et de notre corps qu'elle se rassemble. Car il nous est défendu « de vivre selon la chair. En la suivant nous mourrons : mais si nous en mortifions les désirs et les actes, nous vivrons*^. » Il faut donc non pas seulement les retrancher, mais les arracher et les déraciner à fond autant qu'il nous est possible : autrement, avec un cœur partagé entre les sens et l'esprit, nous ne pouvons aimer Dieu « de toute notre puissance, de toute notre pensée, de tout notre cœur *. »

X« ÉLÉVATION

LA. VICTOIRE d'aBRA.HAM, ET LE SACRIFICE DE MELCHISKDECH.

La figure de notre baptême a été donnée à Abraham : n'aurat-il point celle de notre sacrifice? Il revient victorieux d'une bataille, où il a défait quatre grands rois qui avaient enlevé Lot et tout son bien ^ : et au retour du combat il trouve Melchisédech dont l'Écriture, contre sa coutume, n'explique point « l'origine, » ni « la naissance, » ni « la mort : sans père et sans mère, et rendu semblable au Fils de Dieu ^, » qui est sans mère dans le ciel, et sans père sur la terre : sans naître ni sans mourir, il paraît éternel comme Jésus-Christ; il est roi et pontife tout ensemble du Dieu très-haut en figure du sacerdoce

1 Joan., ni, 5.-2 Philipp., ni, 2, 3. — 3 Rom., viii, 4, 12, 13 — * Luc, X, 27. — s Gènes:, xiv, 14. 15 et seq. — « lïebr., vu, 1,2, 3 et seq.

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