MOÏSE FIGURE DE LA DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST
« Le Seigneur dit à Moïse : Je t'ai fait le Dieu de Pharaon, et Aaron sera ton prophète 2. » Le sauveur du peuple fidèle devait être un Dieu : Dieu même lui en donne le nom en singulier, ce qui n'a que cet exemple. 11 dit ailleurs : « Vous êtes des dieux ^; » ici : « Je t'ai fait » un <i Dieu. » Une marque de divinité, c'est d'avoir des prophètes, qui pour cela sont appelés les prophètes du Seigneur : Aaron est le prophète de Moïse : Moïse est revêtu de la toute-puissance de Dieu : il a en main la foudre, c'est-à-dire celte baguette toute-puissante qui frappe les fleuves et en change les eaux en sang : qui les frappe de nouveau, et les fait retourner à leur nature: qu'il étend vers le ciel, et répand partout des ténèbres épaisses et palpables: mais qui, comme un autre Dieu, les sépare d'avec la lumière, puisque le peuple juif demeure éclairé pendant que les Égyptiens enveloppés d'une ombi*e affreuse et profonde ne sauraient faire un pas. Cette puissante baguette fait bouillonner des grenouilles et des sauterelles ; change en mouches insupportables toute la poussière de la terre; envoie une peste inévitable sur les animaux de l'Egypte, et opère les autres prodiges qui sont écrits dans V Exode ^ . Voilà donc Moïse comme un Dieu qui fait ce qu'il veut dans le ciel et dans la terre,
* ^c^,vii, 25. — 2 Exod.f vn, 1. — 3 Psal. lxxxi, 6. — '^ Ejcod., iv, v, \l, vu et seq.
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et tient toute la nature en sa puissance. Il est vrai que Dieu limite son pouvoir: « Je t'ai fait, dit-il, le Dieu de Pharaon * : » ce n'est pas un Dieu absolument, mais le Dieu de Pharaon : c'est sur Pharaon et sur son royaume que tu pourras exercer cette puissance divine. Il n'en est pas ainsi du Sauveur du nouveau peuple, qui est appelé absolument « Dieu: par qui tout a été fait 2 ; » qui est appelé, « au-dessus de tout Dieu béni aux siècles des siècles ^ : » et ainsi du reste. Mais aussi ne fallait-il pas que le serviteur fût égal au maître. « Moïse était, » dit saint Paul, V comme un fidèle serviteur dans la maison de Dieu : mais Jésus était comme le fils dans sa propre maison, qui est à nous *. »
Mais s'il y a eu dans Moïse, qui devait sauver le peuple fidèle, une lumière si manifeste de divinité et une si haute participation du tilre de Dieu, faut-il s'étonner si la substance et « la plénitude de la divinité habite corporellement en Jésus Christ 5, >» qui en nous sauvant du péché devait nous sauver de tout mal? Pour achever la figure, Moïse qui était le Dieu de Pharaon, en était en môme temps le médiateur. Pharaon lui disait: « Priez pour moi^. » Et à la prière de Moïse, Dieu détournait ses fléaux et faisait cesser les plaies de l'Egypte : ainsi Jésus, qui est « notre Dieu, » est en même temps « notre médiateur'', » notre intercesseur tout-puissant, à qui Dieu ne refuse rien, « et il n'y a point d'autre nom par lequel nous devions être sauvés'. » Mettons donc notre confiance en Jésus, qui est tout ensemble et Dieu et médiateur, d'autant plus grand que Moïse, que Moïse n'est Dieu que pour envoyer des plaies temporelles, et qu'il n'est médiateur que pour les détourner: mais « Jésus passe en bienfaisant et guérissant tous les malades 3. » Il ne déploie sa puissance que pour montrer ses bontés, et les plaies qu'il détourne de nous sont les plaies de l'esprit. Mettons-nous entre ses mains salutaires ; il ne demande autre chose, sinon qu'on le laisse faire ; dès lors il nous sauvera, et « le salut est son œuvre : » Domini est salus ***.
1 Exod., VII, 1. — 2 Joan., i, 3. — 3 Rom., ix, 5. — * He/^r., m, .5, 6. — • Coloss., II, 9. — « Exod., viii, 8. — ' I Timoth., ii, 5; Hebr., ix, 13, 2 i - 8 Ad.j IV, \'l. — ^ Act. X, 38. — *o Psal. m, 9.
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IV^ ÉLÉVATION