LA PAQUE ET LA DÉLIVRANCE DU PEUPLE
Dieu établit en même temps deux monuments immortels de la délivrance de son peuple, dont l'un fut la cérémonie de la Pâque, et l'autre la sanctification des premiers-nés qu'il voulut qu'on lui consacrât *.
C'est qu'il devait envoyer la nuit son ange exterminateur, qui devait remplir toutes les familles des Egyptiens de carnage et de deuil, (t en frappant de mort tous les premiers-nés, depuis celui du roi qui était assis sur le trône jusqu'à celui de l'esclave enfermé dans une prison, et de tous les animaux 2. » Après cette dernière plaie, les Égyptiens, qui craignirent leur dernière désolation, n'attendirent plus les prières des Israélites, mais les contraignirent à sortir. Pendant cette désolation des familles égyptiennes, auxquelles toutes l'ange vengeur coupait la tête comme d'un seul coup, les Israélites furent conservés, mais par le sang de l'agneau pascal. « Prenez, dit le Seigneur 2, un agneau qui soit sans tache, » en figure de la justice parfaite de Jésus: il faut que comme Jésus cet agneau soit immolé, soit mangé : « Trempez un bouquet d'hysope dans le sang de cet agneau » immolé : « frottez-en les poteaux et le chapiteau avec le seuil de vos portes : je passerai la nuit pour exterminer les premiersnés de l'Egypte : et je m'arrêterai où je verrai les marques du sang. » Dieu n'avait pas besoin de cette marque sensible, pour discerner les victimes de sa colère : elle n'était pas pour lui, mais pour nous ; et il voulait nous marquer que le sang du véritable Agneau sans tache serait le caractère sacré qui ferait la séparation entre les enfants de l'Egypte, à qui Dieu devait donner la mort, et les enfants d'Israël, à qui il devait sauver la vie.
« Portons sur nos corps avec saint Paul la mortification de Jésus* » et l'impression de son sang, si nous voulons que la colère divine nous épargne : tout est prophétique et mystérieux dans 1 agneau pascal. On n'en doit point briser les os en figure
« Exod., xii, et xni. — 2 Ibid., xn, 29. — 3 Ibld., 5, 7 et seq. ^ * li (Aj}\, IV, 10.
IX' SEMAINE. — IV' ÉLÉVATION. iSl
de Jésus-Christ, dont les os furent épargnés sur la croix, pendant qu'on les cassait à ceux qu'on avait crucifiés avec lui. 11 le faut manger en habit de voyageur, comme gens qui passent, qui ne s'arrêtent à rien, toujours prêts à partir au premier ordre: c'est la posture et l'état du disciple de Jésus : de celui qui mange sa chair, qui se nourrit de sa substance, dont il est la vie et selon le corps et selon l'esprit. « Mangez-le vite, car c'est la victime du passage du Seigneur^ : » il ne doit y avoir rien de lent ni de paresseux dans ceux qui se nourrissent de la viande que Jésus nous a donnée : il en faut dévorer la tête, les pieds et les intestins: il n'en faut rien laisser: tout y est bon et succulent ; et non seulement la tôte et les intestins, qui signifient ce qu'il y a en Jésus de plus intérieur et de plus sublime, mais encore les pieds, c'est-à-dire ce qui paraît de plus bas et de plus infime : ses souffrances, ses tristesses, ses frayeurs, les troubles de sa sainte âme, sa sueur de sang, son agonie: car tout cela lui est arrivé pour notre salut et pour notre exemple. N'ayez donc aucun doute sur sa faiblesse : ne rougissez d'aucune de ses humiliations : une ferme et vive foi dévore tout. Au reste, n'y cherchez point des douceurs sensibles : cet agneau doit être mangé avec des herbes amères et sauvages, avec un dégoût du monde et de ses plaisirs; et même, si Dieu le veut, sans ce goût sensible de dévotion, qui est encore impur et charnel. Tel est le mystère de la Pâque.
Faites encore en mémoire de votre éternelle délivrance une autre sainte cérémonie : « consacrez au Seigneur vos premiersnés 2, » qu'il vous a sauvés : offrez-lui les vœux, les prémices de votre jeunesse, chaque jour vos premiers désirs et vos premières pensées : car c'est lui qui les préserve de la corruption, et qui les conserve pures et entières ; et n'attendez pas la fin de l'âge ni de la force pour lui offrir de malheureux restes de votre vie et les fruits d'une pénitence stérile et tardive. C'est ce que demande le Seigneur : l'Éternel, le Tout-Puissant ne veut rien de faible ni de vieux.
» Exod., XII. 11. — 8 Ibid., x u, 2.
V ÉLÉVATION
LA MKR ROUOr;.
Le passage de la mer Bouge' nous fait voir à notre salut des oppositions qui ne peuvent être vaincues que par des miracles. On passerait aussitôt la mer à pieds secs qu'on surmonterait ses n>auvais désirs et son amour-propre : mer orageuse et profonde, où il y a autant de gouffres que de passions qui ne disent jamais : « C'est assez. ^ » L'Égygtien périt où l'Israélite se sauve : l'Kvangile « est aux uns une odeur de vie à vie, et aux autres une odeur de mort à mort ^ : » l'Église se sauve à travers la mer Rouge, quand elle arrive à la paix par les persécutions, qui loin de l'abattre, l'affermissent. Les méchants périssent sous les châtiments de Dieu, et les bons s'y épurent, comme dit saint Paul : pour les saints, la mer Rouge est un baptême: pour les méchants, la mer Rouge est un abîme et un sépulcre.
Délivrés des maux de cette vie et passés comme à travers d'une mer immense à la céleste patrie, nous chanterons avec les saints le « cantique de l'homme de Dieu Moïse *; » c'est-à-dire le cantique de la délivrance, semblable à celui que Moïse et tout Israël chantèrent après le passage de la mer Rouge ^, « et le cantique de l'agneau » qui nous a sauvés par son sang, « en disant, » comme il est écrit dans l'Apocalypse: « Vos œuvres sont grandes et admirables, Seigneur : vos voies sont justes et véritables. Roi des siècles. Qui ne vous craindra, Seigneur, et qui ne glorifiera votre nom, parce que vous êtes le seul Saint et le seul miséricordieux? Toutes les nations viendront, et vous rendront leurs adorations, parce que vos jugements sont manifestés ^ » dans la paix de votre Église, dans la punition exemplaire des tyrans ses ennemis, dans le salut de vos saints.
i Exod., XIV, 21-23. — 2 Prov., xxx, 15, 16. — 3 II Cor., 11, 16. — * Apoc.yXVf 3. — "^ Exod.t xv, 1. — ^Ajjoc.j xv, 3, 4.