LA LOI SUR LE MONT SINAÏ
Quand Dieu voulut donner la loi à Moïse sur le mont de Sinaï, il fit quatre choses importantes: il descendit au bruit du tonnerre et des trompettes; toute la montagne parut en feu, et on y vit éclater la flamme dans un tourbillon de fumée; Dieu grava le Décalogue sur deux tables de pierre ; il prononça les autres articles d'i la loi d'une voix haute et intelligible, qui fut entendue de tout le peuple *.
Pour publier la loi évangélique, il renouvela ces quatre choses, mais d'une manière bien plus excellente : l'ouvrage commença par « un grand bruit ; » mais ce ne fut ni la violence du tonnerre, ni le son aigu des trompettes, comme on l'entend dans un combat; le bruit que Dieu envoya « fut semblable à celui d'un vent impétueux, » qui figurait le Saint-Esprit : et qui sans être terrible ni menaçant, « remplit toute la maison ^, » et appela tout Jérusalem au beau spectacle que Dieu lui allait donner. « On vit un feu, » mais pur et sans fumée, qui ne parut pas de loin pour effrayer les disciples, mais dont la flamme innocente sans les brûler ni entamer leurs cheveux, « se reposa sur leur tête ^. » Ce feu pénétra le dedans, et par ce moyen la loi de rÉvangile fut doucement imprimée, non pas dans des pierres insensibles, mais dans un cœur composé de chair et ramolli par la grâce. 11 y eut une parole, mais qui se multipliait d'une manière admirable: au lieu que sur la montagne de Sinaï Dieu ne parla qu'une seule langue et à un seul peuple, dans la publication évangélique qui devait réunir en un tous les peuples de l'univers dans la foi de Jésus-Christ et la connaissance de Dieu, dans un seul discours on entendait toutes les langues, ftt « chaque peuple entendit la sienne *. » Ainsi Jésus établit sa loi bien autrement que Moïse. Croyons : espérons : aimons, et la loi sera dans notre cœur. Préparons-lui des oreilles intérieures, une attention simple, une crainte douce qui se termine en amour.
* ExocLy XIX, XX, XXIV, xxxi. — ^AcL, ii, 1, 2. —3 IbicL, 3. — ' Ibid., 4-3, etc.
VOS ÉLÉVATIONS SUIl LES MYSTÈRES.
De dessus du mont Sinaï iJieu criait: c N'approchez pas, ni hommes ni animaux : » il y va de la vie, « et tout ce qui approchera mourra de mort *. » Sur la sainte montagne de Sion, Dieu n'approche pas seulement sous la figure d'une flamme lumineuse, mais il entre au dedans du cœur : ce beau feu prend la figure d'une langue : Le Saint-Esprit vient parler au cœur des apôtres, et de leur cœur doit sortir la parole qui convertira tout l'univers.
VHP ÉLÉVATION.
l'arche d'alliance.
« Il n'y a point de nation qui ait des dieux s'approchant d'elle, comme notre Dieu s'approche de nous ^. Je serai au milieu d'eux, et j'y habiterai, et je m'y promènerai * » allant et venant, pour ainsi dire, et ne les quittant jamais. Ainsi le fruit de notre alliance avec Dieu et de notre union avec lui est qu'il soit et qu'il habite au milieu de nous : et j'ajoute qu'il y habite d'une manière sensible. Ainsi habitait-il dans le paradis terrestre, allant et venant, et comme se promenant dans ce saint et délicieux jardin. Ainsi a-t-il paru visiblement à nos pères, Abraham, Isaac et Jacob. Ainsi a-t-il paru à Moïse dans le feu du buisson ardent. Mais depuis qu'il s'est fait un peuple particulier, à qui il a donné une loi et prescrit un culte, sa présence s'est tournée en chose ordinaire, dont il a établi la marque sensible et perpétuelle dans l'arche d'alliance.
Par sa figure elle est le siège de Dieu : Dieu repose sur les chérubins et dans les natures intelligentes comme dans son trône : aussi y a-t-il dans l'arche deux chérubins d'or, qui couvrent de leurs ailes le propitiatoire *, c'est-à-dire la plaque d'or fin qui est regardée comme le trône de Dieu. Il n'y paraissait dessus aucune figure, marque de l'invisible majesté de Dieu, pur Esprit, qui n'a ni forme ni figure, mais qui est une vérité purement intellectuelle, où le sens n'a aucune prise. La présence de Dieu se rendait sensible par les oracles qui sortaient inteUigiblement du milieu de l'arche entre les deux chérubins :
1 Exod., XIX, 12, 13, 20, 21. — ^ Deuter., iv, 7. — 3 Levit., xxvi, 11, 12. — 4 Exod., XXV, 10, 11, 18, 22.