IX** SEMAINE. - ' VI' ÉLÉVATÏÏ I
qu'un seul rocher qui demeurait immobile* : mais les ondes qui en découlèrent suivaient partout un peuple qui jamais ne demeurait dans le môme lieu : d'où vient cela? dit saint Paul. C'est qu'il y avait « une pierre » invisible « et spirituelle » dont la corporelle était la figure, qui les suivait, les accompagnait, leur fournissait des eaux en abondance; « et cette pierre » invisible, « c'était Jésus-Christ 2. » Appuyons-nous sur cette pierre fondamentale, sur ce roc immobile : n'ayons de volonté que la sienne, ni de soutien que ses préceptes : un éternel rafraîchissement suivra notre foi.
Dans nos erreurs, nous avons pour guide cette colonne de lumière, ce Jésus qui dit : « Je suis la lumière du monde : qui me suit ne marche point dans les ténèbres ^. » Dans toutes nos actions ayons toujours Jésus-Christ en vue : songeons toujours à ce qu'il a fait, à ce qu'il a enseigné, à ce qu'il nous enseignerait à chaque pas, s'il était encore au monde pour y être consulté ; à ce qu'il enseigne à chaque moment par ses inspirations, par des reproches secrets, par les remords de la conscience, par je ne sais quoi qui nous montre secrètement la voie. Prends garde aux sens trompeurs : marche dans la voie nouvelle qui est Jésus-Christ.
Contre les serpents brûlants, Dieu a élevé dans le désert le serpent d'airain, qui est Jésus-Christ en croix, comme il l'explique lui-môme * ; Jésus-Christ qui se présente à nous « dans la ressemblance de la chair du péché ». » Qui le regarde à sa croix pour y croire, pour s'y appuyer, pour l'imiter et le suivre ne doit craindre aucune morsure du péché; « et élevé « de cette sorte, « il tire à lui tout le monde ^ » 0 Jésus exalté à la croix! tous les regards sont sur vous : le monde entier met en vous son espérance, le monde qui croit en vous et que vous avez attiré.
Outre la céleste nourriture de la manne, on trouve encore dans le désert une autre sorte de nourriture. Le peuple charnel se dégoûtait de la manne '', « et ne se contentait pas de ce pain du ciel : Dieu pouvait par une juste punition leur soustraire tout aliment et les laisser dans la faim : mais il a une autre manière
* Exof/., xvn, 6; Nutn., xx, 10, II. — 'I Coi\, x, 4. — '* Joan.^ vni, 12. — * Ibid.y ni, 14.— s i?om., vin, '6. — ^ Joan., xii, 32. — '' Exod.^ XVI, 12, 13; Num.f xi, 4-G.
156 ELEVATIONS SUR LES MYSTÉUES.
de punir les désirs charneLs, en y abandonnant ceux qui les suivent, conformémient à celle parole : Dieu les « livra aux désirs de leurs cœurs *, » à leur concupiscence déréglée. « Ainsi il fit souffler un vent impétueux, qui d'au delà de la mer porta des cailles au désert, et les fit comme pleuvoir dans le camp 2, » C'est Dieu qui envoie les biens temporels comme les autres, car il est l'auteur de tout; mais souvent les biens temporels sont un fléau qu'il envoie dans sa colère. C'est ce qui est écrit de ces cailles, nourriture agréable aux sens, mais dont il est dit : « Les chairs en étaient encore dans leurs bouches et entre leurs dents ; et voilà que la colère de Dieu s'éleva contre eux, et frappa le peuple d'une grande plaie ^. » Qu'avait-il fait pour être puni de cette sorte? 11 n'avait fait que se rassasier d'un bien que Dieu môme avait envoyé ; mais c'était un de ces biens corporels qu'il accorde aux désirs aveugles des hommes charnels pour les punir. Il punit ensuite cette jouissance déréglée : on ne voit de tous côtés que des sépulcres érigés à ceux qui ont satisfait leur concupiscence : ils en tirent leur nom : on les appelle « des sépulcres de concupiscence *, » parce qu'on y a été enterré en punition des concupiscences qu'on avait voulu contenter, en les rassasiant des biens que Dieu donne à la vérité aux sens avides: car tout bien, et petit et grand, et sensible et spirituel, vient de lui : mais dont il ne veut pas qu'on s'assouvisse.
Ne nous laissons pas repaître à ces biens trompeurs : vrais en eux-mêmes, bons en eux-mêmes, puisque tout ce que Dieu fait est vrai et bon ; mais trompeurs et empoisonnés par le mauvais usage que nous en faisons. Nourrissons-nous de la manne. Si toutefois il nous arrive de perdre durant quelque temps le goût de cette céleste nourriture; car Dieu le permet souvent pour nous exercer et éprouver notre foi; n'en revenons pourtant pas aux désirs charnels : mais en attendant que Dieu réveille ce goût céleste, demeurons en humilité et en patience.
4 Psal. Lxxx, 13. — 2 Num., xi, 31, 32. — 3 i^id,^ 33. « Jbid., U.